‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 191 sur 213 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

AU DOCTEUa PROCOPE*

Parfumé de l'encens du Pinde, Au sommet duquel on te guindé, Ami, ne te moques-tu pas De revendiquer l'aromate Dont notre sottise^ ici-bas, Suffumige un iils d'Hippocrate?

J, B. Roiisseaa. — Notre excellent guide et conseiller, M. Ravenel , nocs signale encore d'autres Misères , burlesquement parodiées sur les mêmes Stances : les Misères d'un livre, qui va finir chez l'épicier; — c'était bien la peine d'écrire... (Voir Discours en vers et autres poésies, Genève, Bousquet, 1749, in-18, page 11; et Œuvres en vers et en prose de M. Desforges-Mail' lard, Amsterdam, 1759, in-12; toinell, page 145.)

1. Procope-Couteanx, médecin, né à Paris en 1684, fils d'un limonadier qui s'établit en face de la Comédie française (alors dans le faubourg Saint-Germain), et fonda le célèbre café Procope, rendez-vous des auteurs et des beauiesprits pendant le dix-huitième siècle. Procope fils, qui étudia la médecine et prit le grade de docteur en 1708, n'eut donc qu'à uaitre dans le café de son père pour respirer l'esprit dès le berceau : il eu eut et prodigieusement. Mais la fée Carabosse le doua aussi de la façon la plus malheureuse à sa naissance, car il était contrefait, petit et d'un visage peu agréable : avec cela, grand coureur de ruelles. — Tous les instincts et les attributs des bossiy, dira-t-on. — Jl les avait tous, en effet, et jamais dicton ne fut mieux justiCc. Le docteur

Mais quelque injuste que puisse être Le chagrin que tu fais paraître.

Je ne m'en veux pas moins de mai.

Cliasse mon lort de ta mémoire :

A Sylva je te crois égal.

Si de l'égaler tu fais gloire.

Pour adoucir un peu le crime.

Un autre dirait que la rime Le conduisit à ce faux pas; Qu'elle en fait faire au plus habile; Que Boileau même, en pareil cas.

Bronche entre Quinault et Virgile.

Procot»e, tout contrefait qu'il était, fut très-aimé des belles et très-recherché, non comme médecin, mais pour ses qualiiés aimables, il n'eut pas besoin d'autre profession, et resta jusqu'à sa mort, qui arriva en 1753, un bel-espril et un homme à bonnes fortunes. Les médecins , ses confières , le priaient d'aller aux Eaux tenir compagnie à leurs malades de qualité. A Paris, il fréquentait les spectacles , donnait des conseils aux comédiens ; il fut auteur à ses moments et à ses heures. On a de lui des vers dans les mercures et gazettes de l'époque, des pièces de théâtre en collaboration avec Guyot de Merville, Romagnesi, La Grange; — en 1724, il donna au Théâtre-Français une comédie-prologue en un acte, l'Assemblée des Comédiens, qui n'a pas été imprimée. Il exerça aussi sa spirituelle verve sur des sujets de médecine, qu'il fit semblant de traiter sérieusement et qui soulevèrent des polémiques et des discussions. Tel qu'il est, c'est une figurine spirituelle et originale du dixhuitième siècle ; je la recommande à M. Mouselet, pour une galerie prochaine à.'Oiibliés et de Dédaignés. — Piron le piqua un joxir à un endroit faible et sensible, dans une Épigramme contre des médecins célèbres; il fit rimer Procope avec hysope, — mais tout le monde pensait à Ésope. Le docteur Procope ne prit pas, à ce qu'il parait, la plaisanterie en riant, et Piron lui adressa, en manière d'excuses, les Stances qu'on va lire, et qui peuvent ne

Mais la rime est-elle une excuse Que puisse alléguer une muse Pour qui l'honneur a des appas ?

Non, non, aisée ou difficile.

Cent Richelet ne valent pas La civilité puérile.

Je n'ai voulu, je le déclare, Noter le docte ni l'ignare.

Que fait l'ignare ou le savant A qui se rit de l'art funeste Où le plus versé, très-souvent, Est le plus semblable à la peste?

semble.- eUes- mêmes qu'uue demi -réparation. Mais lisons d'abord l'Épi- Rramme; elle est intitulée Beati pauperesl

Un pauvre hère, enfant de l'Hélicon, Gisait mourant, à peu près, sur la paille; Et, pour payer casse ou calliolicon.

Dan» son coffret n'avait denier ni maille. Un gros banquier, regorgeant de mitraille, En même temps était malade aussi :

• Gnéritsei-moi ! s'écriait celui-ci ,

. Voilà de Tor.. — • Chers enfants d'Esculap«, . S'écriait l'autre, en cas que j'en réchappe,

• Je vous promets au Pinde un beau lojer! •

La Faculté vers ce lieu ne galope :

En l'antre parc, elle aime à giboyer;

Si que bientôt, de Vernage à Procope ,

D'Isez & Pousse et d'Astruc à Boyer,

Depuis le cèdre enfin jusqu'à l'bysope,

A son chevet, notre veau d'or eut tout.

L'art s'étala pour lui de bout en bout.

Le pauvret n'eut pour lui que la nature. •

Qu'en advint-il? Le pauvret est deboot.

Et le richard est dans la sépulture.

4yC ODES

Des trois filandières sinistres Je voulais nommer les minislrc.?.

Sans songer au point décisif; Et seulement dans l'apologue.

Citer d'entre eux le plus oisif, En l'opposant au plus en vogue.

Or, je te sais l'ami des belles, Le favori des neuf Pucelles, Le charme de tes auditeurs; Un Catulle, un Alcibiade; Je te sais mille admirateurs.

Et ne te sais pas un malade.

L'honneur du Pinde et de Cythère, J'ai cru que tu ne songeais guère A l'emploi de docte assassin; Que tu te piquais peu de l'être ; Enfin, je t'ai cru médecin Comme plus d'un évêque est prêtre.

C'est là l'esprit de l'antithèse; Mais, pour peu qu'elle te déplaise.

Publie à tous mon repentir !

Je publierai mon témoignage.

Et ne craindrai plus de mentir En te comparant à Ver nage.

Outre cette palinodie.

Eu cas de grave maladie, Dont on pourrait mal augurer.

Le coupable avec diligence T'appellera, pour assursr Sa guérison ou ta i?engeanc^.

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