‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 196 sur 213 · LE PIGEON ET L'HIRONDELLE · texte numérisé non relu

LE PIGEON ET L'HIRONDELLE

Jadis un pigeon ramier S'entêta d'une hirondelle.

Il ne fut pas le premier. Ni le dernier épris d'elle.

Elle éfait jeune, était belle (On pen s'en était fallu), Et ce peu la laissait telle, Qu'une pins belle eût moins plu.

Bref, le fuyard, dit l'histoire, S'empêtra dans le lien :

Pigeon n'aime que trop bien, N'étant pas, comme on peut croire, L'oiseau de Vénus pour rien.

On l'aimait, en récompense, Peut-être au fond, presque point, Mais assez en apparence ; Et c'est toujours un grand point Pour l'amant en défiance.

Déjà, cependant, en l'air Régnait Torageux Borée :

Déjà s'approchait l'hiver.

Au voyage d'outre-mer,

I/hirondelle est préparée :

Ne plus vivre en même lieu t

0 disgrâce sans égale !

Arriva l'heure fatale,

Qu'il fallut se dire adieu.

Quand ce mot des bouches tomlie.

Malheur aux cœurs de colombe I

0 Consolez- vous, mon ami.

Lui répétait riiirondelle : •

C'est trop pleuré, trop gémi.

Je vaux une tourterelle.

Je retournerai fidèle, Et sans déchet, ni demi. »

A ces mots, la favorite

Passe au pays tempér<5;

Et par un bras d'Amphitritc,

Le couple est tôt séparé.

L'oiseau reste, se désole.

Eh ! pourquoi ces ciîs perçants?

Le voyage, pour qui vole,

Ne paraît pas des plus grands.

Trois mois ne sont pas mille ans.

Surtout trois mois d'espérance.

Non; mais, pour un tendre amant, Fut-il jamais courte absence.

Ni petit éloignement?

A chaque moment qui passe, L'amour, en cas pareil, fait Compter plus d'un siècle, et met, Entre l'un et l'autre objet.

Les deux pôles pour espace.

Enfin le printemps paraît,

Et ramène l'hirondelle :

Le pigeon la voit, l'appelle,

Et Progné le reconnaît.

« Que me voulez-vous? » dit-elle.

— « Ce que je vous veux, cruelle !

Quoi! vous!... » Mais sourde à ses cris.

L'infidèle vole et passe;

Le pigeon meurt sur la place;

Et je n'en suis pas surpris.

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