‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 197 sur 213 · A L'AIMABLE V · texte numérisé non relu

A L'AIMABLE V

A moc départ de Dijon, en 1719.

Belle cl jeune Amarille, avant l'heure fatale Qui me va pour jamais arracher de ces lieux. Souffrez qu'un instant de morale Se mêle à mes derniers adieiux.

Pour enchaîner les cœurs, vous n'avez qu'à parailre, Et vous en avez un facile à s'endammer : Vous êtes telle qu'il faut être Pour être aimée et pour aimer.

Je ne bornerai point le pouvoir de vos charmes : Bientôt le temps rapide en saura disposer; Mais épargnez-vous les alarmes Que vous seule devez causer.

N'aimez jamais. Fuyez l'amour impitoyable ! Malheur au faible cœur qui s'y laisse eiiipurler ! Son joug est un fardeau qui nous semble agréable Tant qu'un autre avec nous se plaît à le porter ;

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Mais cet autre bientôt vient à se rebuter ; Tout le fardeau nous reste alors et nous accable.

Sous un air simple et doucereux, C'est un enfant malin dont le ris puérile Me promet rien d'abord que de doux et d'heureux j

Mais ce ris est plus dangereux

Que les larmes du crocodile.

C'est un monstre plein de venin,

Dont la seule approche empoisonne^

Et qui, sous un masque bénin.

Cache une face de Gorgone; Un barbare, un tyran, un traître, un séducteur, De l'aveugle jeunesse ardent persécuteur.

Pour Vous d'autant plus redoutable,

Que, rencontrant dans vos appas

De quoi se rendre inévitable,

11 est sans cesse sur vos pas.

Qu'est-ce au fond qu'une tendre llamme?

Tout en est vain, tout en est faux ;

Si vous en exceptez les maux, tlien de vrai, de réel, ne s'y présente à l'àme. Entretiens dérobés, ouvertures de cœurs

Contre des parents en furie.

Soupirs, complots secrets, doux baisers, tendres pleurs. Jalousie obligeante et sur-le-champ guérie :

Tout cela, source de malheurs !

C'est pour ces douceurs délicates Que le perfide amour nous mène à mille ennuis;

POÉSIES DIVERSES î>3i

Qu'il me parut charmant quand vous me l'inspirâtes I

Qu'il me Ta paru peu depuis!

Je ne fus pas longtemps paisible !

Tout me devint contraire après que tout m'eût ri .

Revers, en amour, infaillible!

Pensez-vous en être à l'abri?

N'est-il pas des ingrats comme il est des ingrates?

Votre cœur seul est-il léger ?

Peut-être le rival, pour qui vous me Totales,

Est sur le point de me venger.

Et qu'avez-vous qui vous réponde Que vous ne soyez pas, comme un autre, en danger? Est-ce sur vos attraits que votre espoir se fonde?

Inutile et faible raison !

Les bords de Naxe * ont vu les plus beaux yeux uu monde D'un fugitif ingrat pleurer la trahison. Le caprice est la loi qui seule est obéie; Tel adore aujourd'hui qui demain peut haïr. Vous n'aviez qu'un moyen de n'être point trahie :

C'était de ne me point trahir.

Vous l'avez fait : ma perte en rendra témoignage. C'est à moi d'en gémir, à vous d'en profiter; Heureux dans mes malheurs si, du moins, leur imago

Sert à vous les faire éviter !

I, L'ile de Naxos, où Ariane fut, dit-on, abandonnée par Thésée.

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