‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 97 sur 213 · JUPITER, JUNON · texte numérisé non relu

JUPITER, JUNON

JUPITER, à BOD aigle.

Va, mon ami, va chercher Ganymède ; et dis-lui qu'il apporte du nectar. Je veux prendre ici du poil de la bête. Eh bien ! ne voilà-l-il pas ma diable de femme qui est encore sur mes talons ! Je méritais bien quelque moment de liberté, pour la peine de n'avoir pas découché; et le pis que j'y trouve, c'est qu'il faut encore lui faire bonne mine. Ah ! le maudit meuble, qu'une femme immortelle!

JUNON

J'aurais été bien étonnée que le jour v^s eût retrouné à mes côtés. Oh ça ! pour combien de .«^iècles en voilà-t-ilî

JUPITER

Junon, vous grondez toujours. Cependant vous devriez, pour celte fois-ci, être assez contente.

JUNON

Voilà de nos gens qui font rarement leur devoir. Ils «ont si fiers, quand il leur arrive d'être une fois dans les règles, qu'ils m cessent pas de s'en targuer.

JUPITER

Bon ! montons déjà sur nos grands chevaux.

AlK : De quoi vous plaignez-^ous?

De quoi vous plaigne2J-vous ?

Ah ! vous me rompez la tête !

Morbleu! défaites-vous

De cet esprit jaloux!

Peut-on rien de plus honnête !

Quoique je sois votre époux,

Nous soupons tête à tête,

Et je couche avec vous.

N'allez pas vous en vanter. Je serais au désespoir qu'on le sût dans l'Olympe. De l'amour, entre des époux de notre condition ! Fi ! des bourgeois même en auraient honte. Cependant je brave la mode : j'ai des complaisances ; je vous donne le mouchoir, et vous murmurez ! Oh !... quelles preuves encore voulez-vous d'un feu conjugal ?

JUNON

Le beau feu d'étoupes ! vantez-vous-en bien : vous avez

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bonne grâce. îl en faudrait bien comme celui-là pour éteindre ceux des gourgandines après qui vous courez. Ivlais on les chauffe de gros bois, celles-là, pendant que d'honnêtes femmes sont régalées d'une diligence.

Air : De la jalousie.

Siiis-je une femme sans cervelle?

Pensez -vous que je sois sans yeux?

Si le jour vous étiez fidèle, La nuit, les choses iraient mieux, Si vous m'aimiez constamment...

( Jupiter rit )

Bon , bon ! riez bien maintenant !

Ah! je veux qu'un jour

Vénus vous attrape :

Vous aurez un jour

Besoin d'Esculape; Nous rirons à notre tour.

JUPITER

Ah! belle Junon, ne m'accusez point de libertinage. Avez^ vous oublié déjà les serments que je viens de faire d'une inviolable fidélité ?

JDNON.

Non ; mais c'est vous qui les aurez bientôt oubliés. Preuve de cela, c'est que vous n'avez eu garde de juror par le Styx. Voyons, faites ce serment-là : vous n'osez ?

Il faudrait aimer avec moins de délicatesse que je n'en ai.

Vous croiriez ne plus devoir ma fidélité qu'à ce terrible serment, et vous ne la tiendrez que de mon cœur. Mais, ma petite femme, ne t'ai-je prouvé ma tendresse que par des serments ? heim !

JUNONé

Encore ! nous y revenons toujours. Eh ! ne vous faites pas tout blanc de cette épée de chevet ! Nous savons bien à qui nous en avons TobUgalion.

JUPITER

Et à qui, si ce n'est à moi ?

JUNON

Aux fumées du nectar, dont vous vous étiez fait verser plus qu'à votre ordinaire.

JUPITER

Eh ! ma pleine lune ! canne de sucre ! âme de mon âme ! angle de mon foyer !

JDNON.

Tenez, l'animal, avec ses douceurs orientales!

JUPITER

En voulez-vous du ponant ? Ma poulette ! mon cœur ! mon petit nez! ma reine !...

JUNON

Portez plus loin vos fadeuïs.

Attendez. Vous voulez peut-être des mignardises à la Suisse ? Parti, par mon foi, moi li être toute prête d'en fournir à fous.

Allons, mondame, un petit débauche encore. Reconinieiiçoiis le trinauemane, et fumons chacun son pipe.

GANYMÈDE, en vendeur de titane , enlranl

A la fraîche ! qui veut boire ?

JUPITER

Holà ! petit garçonne, à boire pour moi et mon choli diablesse.

J D N G N j donnant un soufflet à Ganymède.

Retirez-vous, petit coquin : je vous trouve encore bien hardi de me rire au nez ! Mais voyez ce petit insolent ! Ote-toi de mes yeux I

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