Plainte, querela (L., hist, 3. Manque
ex. de Marot; Joinville). i. Et je ne suis. Inversion
2. Eli. du prou, person. après après si du sujet du verbe*. R. faire (Godef., Lex. de Corn., II, 5. Cbaiigemtnl (Malb., p. 88, p. 186). 90).
Bien que de tels karnois le soldat n*ait besoin, Bien que Tambition tels honneurs ne désire :
Bien que ce soit aux grands un argument de rire, Bien que les plus rusez s'en tiennent le plus loin, Et bien que Du Beûay soit suffisant tesmoin Combien est peu prisé le meslier de la lyre :
Bien qu'un art sans profit ne plaise au couiiisan, Bien qu'on ne paye en yers l'œuvre d'un artisan, Bien que la Muse soit de pauvreté suyvie :
Si ne veux-je pourtant délaisser de chanter.
Puis que le seul chant peut mes ennuis enchanter, Et qu'aux Muses je doy bien six ans de ma vie.
•oo
Veu le soin mesnager ^, dont ti'avaiUé je suis, Veu l'importun souci, qui sans fin me tourmente, Et veu tant de regrets, desquels je me lamente. Tu t'esbahis souvent comment chanter je puis :
Je ne chante, Magny, je pleure mes ennuis, Ou, pour le dire mieux, en plem'ant je les chante. Si bien qu'en les chantant, souvent je les enchante : Yoila pourquoy, Magny, je chante jours et nuicts.
Ainsi chante l'ouvrier * en faisant son ouvrage. Ainsi le laboureur faisant son labourage.
Ainsi le pèlerin regrettant sa maison,
Ainsi l'advenlmûer en songeant à sa dame, Ainsi le marinier en tirant à la rame.
Ainsi le prisonnier maudissant sa prison.
f^Maintenant je pardonne à la douce Auteur, Qui me fait consumer le meilleur de mon aage,
1* Du ménage* AUu»ion à ses Voy. plus loin p. 211. occupations auprès du Cardinal. % Yoy» p. 174*
Sans lirer autre finiict de mon ingrat ouTrage, Que le vain passe-temps d'une si longue erreur.
Maintenant je pardonne à ce plaisant labeur, Puis que seul il endort le souci qui m*outrage, Et puis que seul il fait qu'au milieu de l'orage, Ainsi qu'auparavant je ne tremble de peur.
Si les Ters ont esté l'abus de ma jeunesse, Les vers seront aussi l'appuy de ma vieillesse : S'ils furent ma folie, ils seront ma raison.
S'ils furent ma blessure, ils seront mon Acbille, S'ils furent mon venin, le scorpion utile Qui sera de mon mal la seule guarison.
•oo
Si rimportunité d'un créditeur * me fasche.
Les vers m'ostent Tennuy du fascheux créditeur : Et si je suis fascbé d'un fascbeux serviteur. Dessus les vers, Boucber, soudain je me desfasche.
Si quelqu'un dessus moy sa colère deslache Sur mes vers je vomis le venin de mon cœur :
Et si mon faible esprit est recreu* du labeur, Les vers font que plus frais je retourne à ma tasche.
Les vers chassent de moy la molle oisiveté, Les vers me font aymer la douce liberté, "^
Les vers chantent pour moy ce que dire je n'ose. -"^^
Si donc j'en recueillis tant de profits divers, Demandes-tu, Boucher, de quoy servent les vers Et quel bien je reçoy de ceux que je compose ?
-oo-
' Panjas, veux-tu sçavoir quels sont mes passe-temps? Je songe au lendemain, j'ay soin de la despense'
1. Créancier (L., élym.; les 2. Fatigué*. R. B. deux dans N.). 3. Voy. p, 208 et p. 211.
Qui se fait chacun jour, et si faut que je pense A rendre sans argent cent créditeurs contens.
Jo vays, je viens, je cours, je ne perds point le temps Je courtise un banquier, je prens argent d'arance : Quand j'ay despesché l'un, un autre recommence, Et ne fais pas le quart de ce que je pretens.
Qui me présente un compte, une lettre ; un mémoire, Qui me dit que demain est jour de consistoire, Qui me rompt le cerveau de cent propos divers :
Qui se plaint, qui se deult *, qui murmure, qui crie, Avecques tout cela, dy, Panjas, je te prie, Ne t'esbahis-tu point comment je fais des vers?
-oo
Ce pendant que Magny suit son grand Avanson, Panjas son cardinal, et moy le mien encore.
Et que l'espoir flatteur, qui nos beaux ans dévore Apaste nos désirs d'un friand hameçon.
Tu courtises les roys, et d'un plus heureux son Chantant l'heur de Uenry, qui son siècle décore, Tu t'honores loy mesme, et celuy qui honore L'honneur que tu luy fais par ta docte chanson.
Las ! et nous ce pendant nous consumons nostre aage Sur le bord incognu d'un estrange* rivage, Où le malheur nous fait ces tristes vers chanter :
Comme on voit quelquefois, quand la mort les appelle. Arrangez flanc à flanc parmy l'herbe nouvelle, Bien loin sur un estang trois cygnes lamenter.
-oo-
Après avoir long temps erré sur le rivage.
Où l'on voit lamenter tant de chetifs de court',
\. Ind. prés, du verbe se dou- 2. Étranger*, loir, se lamenter*. R. B. 3. Voy. ci-dessus, p. 120.
Tu as attaint le bord, où tout le monde court, Fuyant de pauvreté le pénible servage.
Nous autres ce pendant, le long de ceste plage. En vain tendons les mains vers le nautonnier sourd, Qui nous chasse bien loin : car, pour le faire court, Nous n'avons un quatrain pour payer le naulage.
Ainsi donc tu jouys du repos bienheureux, Et conune sont là bas ces doctes amoureux.
Bien avant dans un bois te perds avec ta dame :
Tu bois le long oubli de tes travaux passez.
Sans plus penser en ceux que tu as délaissez. Criant dessus le port ou tirant à la rame.
-oo-
Si tu ne sçais, Morel, ce que je fais ici.
Je ne fais pas l'amour, ni autre tel ouvrage ; Je courtise mon maistre, et si fais davantage, Ayant de sa maison le principal souci *.
Mon Dieu (ce diras-tu), quel miracle est-ce ci Que de voir Du Bellay se mesler du mesnage.
Et composer des vers en un autre langage !
Les loups et les aigneaux s'accordent tout ainsi.
Yoyla que ' c'est, Morel : la douce poésie M'accompagne partout, sans qu'autre fantasie Et si plaisant labeur me puisse rendre oisif.
Mais tu me respondras : Donne, si tu es sage, De bonne heure congé au cheval qui est d'aage. De peur qu'il ne s'empire et devienne poussif.
•oc»
Ce pendant que tu dis ta Cassandre divine.
Les louanges du roy, et l'héritier d'Hector,