‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 182 sur 274 · Voy. les sonnets précéd. 1. Ce que, quod*. R. B · texte numérisé non relu

Voy. les sonnets précéd. 1. Ce que, quod*. R. B

Et ce Montmorancy, nostre françois Nestor, Et que de sa fayeur Henry t*estime digne ;

Je me pourmeine ' seul sur la riye latine, La France regrettant, et regrettant encor Mes antiques amis, mon plus riche thresor, Et le plaisant séjour de ma terre Angevine.

Je regrette les bois et les champs blondissans, Les vignes, les jardins et les prés verdissans. Que mon fleuve traverse : ici pour recompense

Ne voyant que Torgueil de ces monceaux pierreux, Où me tient attaché d'un espoir malheureux Ce que possède moins celuy qui plus y pense.

oo-

Ueureux de qui la mort de sa gloire est su y vie, Et plus heureux celuy dont Tiounortalité Ne prend conunencement de la postérité, Mais devant que la mort ait son ame ravie !

Tu jouys, mon Ronsard, mesme durant ta vie, De l'immortel honneur que tu as mérité :

Et devant que mourir, rare félicité, Ton heureuse vertu triomphe de l'envie.

Courage donc, Ronsard, la victoire est k toy. Puis que de ton costé est la faveur du roy :

Jà du laurier vainqueur tes tempes ses couronnent.

Et jà la tourbe espaisse à l'entour de ton flanc Ressemble ' ces esprits qui là bas environnent Le grand prestre de Thrace au long sourpeli ' blanc

€omte, qui ne fit onc compte de la grandeur.

Ton Du Bellay n'est plus : ce n'est plus qu'une souche,

1. Promène*. II. Prou eipour t. Verbe actif*. R. Permutant ensemble; voy. Baïf, 5. Surplis (L., hisl.; N.; Ro- Tabl. de la pron., p. 382. quef.).

Qui dessus un ruisseau d'un dos courbé se couche, Et n'a plus rien de vif qu'un petit * de verdeur.

Si j'escri quelquefois, je n'escri point d'ardeur, J'escri naifvement tout ce qu'au* cœur me touche. Soit de bien, soit de mal, comme il vient à la bouche. En un stile aussi lent que lente est ma froideur.

Vous autres ce pendant, peintres de la nature. Dont l'art n'est pas enclos dans une portraictui*e. Contrefaites des vieux les ouvrages plus beaux.

Quant à moy, je n'aspire à si haute louange.

Et ne sont mes portraicts auprès de vos tableaux, Non plus qu'est un Janet auprès d'un Michel-Ange.

■oo-

Ores, plus que jamais, me plaist d'aimer la musc, Soit qu'en françois j'escrive ou langage romain. Puis que le jugement d'un prince tant humain De si grande faveur envers les lettres use.

Donc le sacré mestier, où ton esprit s'amuse. Ne sera désormais un exercice vain, Et le tardif labeur que nous promet ta main Désormais pour Francus n'aura plus nulle excuse :

Ce pendant, mon Ronsard, pour tromper mes ennuis. Et non pour m'enrichir, je suyvray, si je puis. Les plus humbles chansons de la muse lassée.

Aussi chacun n'a pas mérité que d'un roy La libéralité lui face, comme à toy.

Ou son archet doré, ou sa lyre crossée.

-oo

Ne lira-t-on jamais que ce dieu rigoureux?

Jamais ne lira-t-on que cesle Idaliene ?

Page 1