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Ne verra-t-on jamais Mars sans la Cypriene?
Jamais ne verra-t-on que Ronsard amoureux?
Retistra-lon * tousjours, d'un tour laborieux, Geste toile, argument d une si longue peine ? Reverra-t-on tousjours Oreste sur la scène?
Sera tousjours Roland par amour furieux?
Ton Francus, ce pendant, a beau bausser les voiles, Dresser le gouvernail, espier les estoiles, Pour aller où il deust estre ancré désormais :
Il a le vent à gré, il est en equippage, 11 est encor pourtant sur le troyen rivage, Aussi croy-je, Ronsard, qu'il n'en partit jamais.
Qu'heureux tu es, Baïf, heureux et plus qu'heureux, De ne suyvre abusé ceste aveugle déesse, Qui d'un tour inconstant et nous hausse et nous baisse. Mais cest aveugle enfant qui nous fait amoureux !
Tu n'esprouves, Baïf, d'un maistre rigoureux Le severe sourci : mais la douce rudesse D'une belle, courtoise, et gentile*maistresse, Qui fait languir ton cœur doucement langoureux.
Moy chetif ce pendant, loin des yeux de mon prince, Je vieillis malheureux en estrange province s. Fuyant la pauvreté : mais, las ! ne fuyant pas
Les regrets, les ennuis, le travail et la peine, liC tardif repentir d'une espérance vaine.
Et l'importun souci qui me suit pas à pas.
^ Malheureux l'an, le mois, le jour, l'heure et le poincl. Et malheureuse soit la flatteuse espérance,
1. Retissera-l-on *. Yoy. p. 49 2. Yoy. p. 1(U. et p. 104. 3. En pays étranger".
Quand pour venir icy j'abandonnay la France, La France et mon Anjou dont le désir me poingt.
Vrayment d'un bon oyseau guidé je ne Tus point, Et mon cœur me donnoit assez signiOance ' Que le ciel estoit plein de mauvaise influence, Et que Mars estoit lors à Saturne conjoint.
Cent fois le bon advis lors m'en voulut distraire, ilais tousjoui's le destin me tiroit au contraire : Et si mon désir n'eust aveuglé ma raison,
N'estoit-ce pas assez pour rompre mon voyage, Quand sur le seuil de l'huis, d'un sinistre présage, Je me blessay le pied sortant de ma maison ?
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Si celuy qui s'appreste k faire un long vovage Doit croire cestuy-là qui a jà voyagé, Et qui des flots marins longuement outragé, Tout moite et dégouttant, s'est sauvé du naufrage,
Tu me croiras, Ronsard, bien que tu sois plus sage, Et quelque peu encor (ce croy-je) plus aagé.
Puis que j'ay devant toy en ceslc mer nagé, Et que desja ma nef descouvre le rivage.
Doncques je t'advertis que ceste mer romaine, De dangereux escueils et de bancs toute pleine, Cache mille périls, et qu'ici bien souvent
Trompé du chant pipeur des monstres de Sicile Pour Charvbde éviter tu tomberas en Scvle, Si tu ne sçais nager d'une voile à tout vent.
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Ce n'est l'ambition, ny le soin daquerir, Oui m'a faict délaisser ma rive paternelle,