‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 184 sur 274 · Varquc» iudice (L · texte numérisé non relu

Varquc» iudice (L

210 ŒUVRES CHOISIES h'ù DU DELLAY.

Poiu* voir ces mons couvers d'une neige éternelle Et par mille dangers ma fortune quérir.

Le vray honneur, qui n'est coustumier de périr, Et la vraye vertu, qui seule est inunortclle, Ont comblé mes désirs d'une abondance telle, Qu'un plus grand bien aux dieux je ne veux requeri:

L'honneste servitude où mon devoir me lie M'a fait passer les mons de France en Italie, Et demeurer trois ans sur ce bord estranger,

Où je vy languissant. Ce seul devoir encore Me peut faire changer France à l'Inde et au More, Et le ciel à l'enfer me peut faire changer.

oo-

Quand je te dis adieu pour m'en venir ici.

Tu me dis, mon Lahaye*, il m'en souvient encore : Souvienne-loy, Bellay, de ce que tu es ore, Et comme tu t'en vas, retourne-t'en ainsi.

Et tel comme je vins, je m'en retourne aussi ; Hors mis ua repentir qui le cœur me dévore, Qui me ride le front, qui mon chef décolore.

Et qui me fait plus bas enfoncer le sourci.

Ce triste repentir, qui me ronge et me lime.

Ne vient (car j'en suis net) pour sentir* quelque crime. Mais pour m'estre trois ans à ce bord arresté :

Et pour m'estre abusé d'une ingrate espérance. Qui, pour venir ici trouver la pauvreté.

M'a fait (sot que je suis) abandonner la France.

oo-

Je hay plus que la mort un jeune casanier, Qui ne sort jamais hors, sinon aux jours de feste,

Page 1