‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 186 sur 274 · Cf. Jean D'Âurat, Carmen Uellay, îh. pp. 45o · texte numérisé non relu

Cf. Jean D'Âurat, Carmen Uellay, îh. pp. 45o

Et puis est retourné, plein d'usage et raison. Vivre entre ses parens le reste de son aage !

Quand reverra y-je, helas ! de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverray-je le clos de ma pauvre maison.

Qui m'est une province *, et beaucoup d'avantage?

Plus me plaist le séjour qu'ont basty mes ayeux, Que des palais romains le front audacieux ; Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine ;

Plus mon Loyre gaulois que le Tybre latin, Plus mon petit Lire que le mont Palatin, Et plus que l'air marin la douceur angevine.

« Je me feray sçavant en la philosophie, « En la mathématique et médecine aussi ; « Je me feray légiste et d'un plus haut souci f Apprendray les secrets de la théologie ;

« Du luth et du pinceau j'en esbatroy ma vie, « De l'escrime et du bal ! » Je discourois ainsi Et me vantois en moy d'apprendre tout ceci, Quand je changcay la France au séjour d'Italie.

beaux discours humains ! je suis venu si loin Pour m'enrichir* d'ennuy, de vieillesse et de soin, Et perdre en voyageant le meilleur de mou aage.

Ainsi le marinier souvent pour tout thresor Rapporte des harans au lieu de lingots d*or, Ayant fait, comme moy, un malheureux voyage.

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Que feray-je, Morel? dy-moy, si tu l'entens, Feray-je encore ici plus longue demeurance, Ou si j'iray revoir les campaignes de France,

1; Une patrie \ t* Cfi La Font., Fab., Vil, t.

Quand les neiges fondront au soleil du printemps ?

Si je demeure ici, helas ! je perds mon temps, A me repaislre en vain d'une longue espérance ! Et si je veux ailleurs fonder mon asseurance, Je fraude mon labeur du loyer quej'attons.

Mais faut-il vivre ainsi d'une espérance vaine ? Mais faut-il perdre ainsi bien trois ans de ma peine? Je ne bougeray donc ; non, non, je m*en iray.

Je demourray pom'tant, si tu me le conseilles. Helas ! mon cher Morel, dy-moy que* je feray, Car je tiens, comme on dit, le loup par les oreilles «.

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Comme le marinier que le cruel orage A long temps agité dessus la haute mer, Ayant finabïement à force de ramer Garanty son vaisseau du danger du naufrage,

Regarde sur le port, sans plus craindre la rage Des vagues ni des vents, les ondes escumer :

Et quelqu'au(re bien loin, au danger d'abysmer. En vain tendre les mains vers le front du rivage;

Ainsi, mon cher Morel, sur le port arresté Tu regardes la mer, et vois, en seureté.

De mille tom*billons son onde renversée :

Tu la vois jusqu'au ciel s'eslever bien souvent, Et vois ton Du Bellay, à la merci du vent.

Assis au gouvernail dans une nef percée.

La nef qui longuement a voyagé, Dillier, Dedans le sein ^ du port à la fin on la serre : Et le bœuf qui long temps a renversé la terre, Le bouvier à la fin luy este le collier :

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