‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 189 sur 274 · Libre, affranchi*. B. Molière · texte numérisé non relu

Libre, affranchi*. B. Molière

Sçachant que le beau temps long temps ne peut durer : Et ne vaut-il pas mieux quelque orage endurer, Que d'avoir tousjours peur de la mer importune ?

Par la bonne fortune on se trouve abusé, Par la fortune adverse on devient plus rusé ; L'une esteint la vertu, l'autre la fait paroistre :

L'une trompe nos yeux d'un visage mentem% L'autre nous fait l'ami cognoistre du flatteur. Et si nous fait encor à nous mesme cognoistre.

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Vivons, Gordes, vivons ; vivons, et pour le biniit Des vieillards ne laissons à faire bonne chère : Vivons, puis que la vie est si courte et si chère, Et que mesmes les rois n'en ont que l'usufruit.

Le jour s'esteint au soir et au matin reluit, Et les saisons refont leur course coustumiere ; Mais, quand l'homme a perdu ceste douce lumière, La mort luy fait dormir une éternelle nuict.

Donc imiterons-nous le vivre* d'une beste?

Non ; mais, devers * le ciel levant loujom^s la teste, ' Gousterons quelquefois la douceur du plaisir.

Celuy vrayment est fol, qui changeant l'asseurance Du bien qui est présent en douteuse espérance. Veut toujours contredire à son propre désir.

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Je hay du Florentin Tusuriere avarice, Je hay du fol Sienois le sens mal arresté ; Je hay du Genevois la rare vexnlé.

Et du Vénitien la trop caute ^ malice ;

Je hay le Ferrarois pour je ne sçay quel vice, Je hay tous les Lombards pour l'infidélité,

i. Infinitif pris substantive- 2. Vers*. R. B. ment, la manière de vivre. 3. Prudente, rusée*.

Le fior Napolitain pour sa gi*and vanité,

Et le poltron Romain pour son peu d'exercice ;

Je hay l'Anglais mutin et le brave Escossois, Le traistre Bourguignon et l'indiscret François, Le superbe Espagnol et l'y vrongne Tudesque :

Bref, je hay quelque vice en chasque nation, Je hay moymesme encor' mon imperfection, Mais je hay par sur tout un sçavoir pedantesque.

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Je ne descouvre ici les mystères sacrez Des saints prestres romains, je ne veux rien escrire Que la vierge honteuse ait vergongne de lire : Je veux toucher sans plus aux vices moins secrets.

Mais tu diras que mal je nomme ces regrets, Veu que le plus souvent j'use de mots pour rire ; Et je di que la mer ne bruit * tousjours son ire, Et que tousjours Phœbus ne sagette * les Grecs'.

Si tu rencontres donc ici quelque risée.

Ne baptise pourtant de plainte desguisée Les vers que je souspire au bord ausonien.

La plainte que je fais, Dilliers, est véritable : Si je ri, c'est ainsi qu'on se rit à la table, Car je ri, comme on dit, d'un ris sardonien.

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Je ne te conteray de Boulongne et Venise, De Padoue et Ferrare, et de Milan encor'.

De Naples, de Florence, et lesquelles sont or' ^ .

Meilleures pour la guerre ou pour la marchandise.

Je te raconleray du siège de l'Église, Qui fait d'oisiveté son plus riche thresor, Et qui, dessous l'orgueil des trois couronnes d'or,

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