I. Si elle*. B
Fors que l'on trouve en luy je ne sçay quoy,
Qui à l'aimer par force nous incite,
Comme le fer qui suit la calamité.
Je parlcrois d'autres sortes d'amours,
Mais ce propos est de trop long discours,
Et me suffit vous avoir fait cognoistre
Que par le temps mon amour ne peut croislre *
Quant à vouloir faire preuve de moy.
Si vous vouliez pour gage de ma foy
Ma propre vie, ayant receu tel gage
Vous auriez fait k vous mesme dommage,
Perdant en moy un fidèle servant,
Qui ne vous peut servir, s'il n'est vivant.
Je suis content d'endurer mile peines.
Mile souspirs, mile complaintes vaines, Mile desdains et refus rigoureux.
Si autrement on n'est point amoureux :
Mais s'il vous plaist imiter la clémence De cestuy-là dont la bonté immense Ayant esgard à nostre infirmité Nous donne plus que n'avons mérité, Vous me ferez de vous mesme la grâce Que sans mérite envers vous je pourchasse :
Sans qu'avec peine et longue passion J'îiye vers vous moindre obligation, Comme j'aurois, et telle jouissance Ne seroit grâce, ains ^ plus tost recompense.
Quant à vouloir en herbe moissonner Ce qu'en espic vous me pourriez donner Avec le temps, si j'avois la science De le gaigner avecques patience.
Je ne voudrois qu'on me peust reprocher Que les fruicts verds je voulusse arracher.
Ne que si fol ou si hastif je feusse.
Que les saisons attendre je ne peusse :