‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 267 sur 274 · AU CARDINAL DU BELLAY · texte numérisé non relu

AU CARDINAL DU BELLAY

Monseigneur, Si mon indisposition et les Hffaires qui me tiennent par deçà pour la conservation de ma maison m'eussent permis de vous aller trouver pour me purger en vostre présence de ce qu'on m'a calonmieusemcnt imposé envers vous, comme j'ay veu par vos lettres que Mons' de Tolon m'a ces jours passés communiquées, je n'eusse esté contraint de vous ennuier do cette longue et farscheuse lettre, ny vous en peine de la lire, ce que je vous prie très humblement de faire tant pour la mémoire de ce peu de service que je vous ay fait que pour la révérence du lieu que vous tenés, qui vous oblige ce me semble d'ouïr un chacun en ses justifications. Ce que je doibs le plus craindre en ceci, ce seroit que l'opinion que vous pourries avoir conceu de moy et l'impression qu'on vous en auroit donnée m'eust entièrement fermé le passage; mais je ra'asseure tant de vostre accoutumée et naturelle bonté que ce préjudice ne me fera condamner iwrficf a causa. Et d'autant plus que je m'en asseuro que vous mesmes, Mon-

1. Fait partie des lettres con- villout et reproduites dans les servées à la bibliothèque de œuvres de du Bellay, par M. Mnr- Montpellier, publiées par M. Re- ty-Laveaux.

seigneur, avés sourent esprouvé et esprouvés cncorcs louts les jours les traicts de la calumnie, à vostre grand honneur et à la confusion de vos ennemis. Or, pour vemr au faict et afûn que, mettant toute opinion et toute la sion à part, vous puissiés juger si je suis digne d'une telle indignation que celle que vous montrés par vos dittes lettres, je vous supplie très humblement. Monseigneur, de lire patiemment tout ce discours, où si je vous ments d'un seul mot ni si par artifice je vous déguise rien de la vérité, je me soubmetz à estre estimé tel de tout le monde et pis encores, si pis se peust imaginer qu'il vous a pieu me despeindre par vos dites lettres. Vous entendrés donc, s'il vous plaist. Monseigneur, qu'estant à vostre service à Romme je passois quelquefois le temps à la poésie latine et françoise, non tant pour plaisir que j'y prisse que pour un relaschement de mon esprit occupé aux affaires que pouvés juger, et quelquefois passionné selon les occurences, comme se peust facilement descouvrir par la lecture de mes escrits, lesquels je ne faisois lors en intention de les faire publier, ains» me contentois de les laisser voir à ceux de vostre maison qui m'estoyent plus familiers; mais un escrivain breton que de ce temps là je tenois avec moy en faisoit des coppies secrettément, lesquelles, comme je descouvris depuis, il vendoit aux gentilshommes françois qui pour lors estoyent à Romme, et Mono' de S* Ferme mesme fut le premier qui m'en advertyt. Or, estant de retour en France, je fus tout esbahy que j'en trouvay une infinité de coppies* tant à Lyon que Paris, dont je mis de ce temps là quelques imprimeurs en procès qui furent condamnés en amendes et réparations, comme je puis monslrer par sentences et jugements donnés contre eux. Voyant donc qu'il n'y avoit autre remède et qu'il m'esloit impossible de supprimer tant de coppies publiées par tout, pource que le feu roy, que Dieu absolve, qui en avoit leu la plus grand part, m'avoit commandé de

\ Mais*. 2. Expmpîaires (Malherbe)

sa propre bouche d'en faire un recueil et les faire bien et correctement imprimer, je les baillay à un imprimeur sans autrement les revoir, ne pensant qu'il y eust chose qui deubt offencer personne et aussi que les affaires où de ce temps là j'estois empesché pour vostre service ne me donnoicnt beaucoup de loisir de songer en telles resveries, lesquelles toutefois je n'ay encores entendu avoir esté icy prises en mauvaise part, ains y avoir esté bien receues des plus notables et signalés personnages de ce royaume, dont me sufûra pour cette heure alléguer le tesmoignage do mons' le chancelier Olivier, personnage tel que vous mesmes cognoissés. Car ayant receu par les mains de mons' de Morel un semblable livre que celuy qu'on vous a envoyé, ne se contenta de le louer de bouche, mais encores me fist cette favem* de l'honorer par escript en une epistre latine qu'il en escrivit audit de Mortl. L'extrait de laditte epitre est imprimé audevant de quelques miennes œuvres latines que vous pourrés voir avec le temps. Et je l'ay bien voulu insérer en la pi^sente de mot à mot et que j'ay encloz ci-dedans. Par là. Monseigneur, vous poun*és juger si mon livre a esté si mal receu et interprété des personnages d'honneur comme de ceux qui le vous ont envoyé avec persuasion si peu à moi advantageuse. Je ne sçay à la vérité qui me peust avoir preste cette charité, et ne voudrois obliquement taxer personne, mais il me semble qu'en cela ils ont fort mal noté ce que dit Martial en une sienne epistre * : Absit db epigrammaiis meis malignus interpres ; et au mesme lieu : Pessime facit qui in alieno Hbro ingeniosus est» Or, ne voyant. Monseigneur, en toute cette belle accusation aliquod certum aut défini" tum crimen auquel je puisse respondre particulièrement, je me contenteray de dire généralement qu'en tout ce livre il ne se trouvera point expresse nec taciiè que j'aye en rien touché vostre honneur; au contraire se trouvera qu'en plusieurs endroicls je me suis mis en devoir de le

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