OBSERVATION DE QUELQUES MAIOERES DE PAHLER FRANÇOIS
J'ai déclaré en peu de paroles ce qui n'avait encore esté (que je sçache) touché de nos rhetoriqueurs françois. Quant aux coupes féminines, apostrophes, accens, l'^niaBculin, et l'e féminin, et autres telles choses vulgaires, nostre poète les apprendra de ceux qui en ont escrit.
Quant aux espèces de vers qu'ils veulent limiter, elles sont aussi diverses que la fantasic des hommes et que la mesme nature*. Quant aux vertus et vices du poëme si diligemment traictés par les anciens, comme Aristote, Horace et après eux Hieronyme Vide; quant aux figurés des sentences et des mots, et toutes les autres parties de Telocution, les lieux de commisération, de joye, de tristesse, d'ire, d'admiration et autres commotions de l'ame : je n'en parle point, après si grand nombre d'excellents philosophes et orateurs qui en ont traicté, que je veux avoir esté bien leus et releus de nostre poëte, premier qu'il * entreprenne quelque haut et excellent ouvrage. Et tout ainsi qu'entre les auteurs latins, les meilleurs sont estimez ceux qui de plus près ont imité les Grecs, je -— veux aussi que tu t'efforces de rendre, au plus près du-~ natm^el que tu pourras, la phrase et manière de parler-^ latine, en tant que la propriété de l'une et l'autre langue^^ le voudra permettre. Autant te dy-je de la grecque, dont les façons de parler sont fort approchantes de nostre vulgaire ', ce que mesme on peut cognoisti*e par les articles incogneus de la langue latine. Use donc hardiment de l'in- ^^ finitif pour le nom, comme V aller, le chanter, le vivre, le mourir : de l'adjectif substantivé, comme le liquide des — eaux, le vuyde de Vair, le frais des ombres, Vespais des forestSy V enroué des cimballes, pourveu que telle manière de parler adjouste quelque grâce et véhémence : et non pas, le chaud du feu, le froid de la glace, le dur du fer, et leurs semblables : des verbes et participes, qui de leur natm*e n'ont point d'infinitifs après eux, avec des infinitifs, comme tremblant de mourir, et volant d'y aller, pour craignant de ijiourir, et se hastant d'y aller : des noms pour les adverbes, comme ils combattent obstinez, pour obstinément : il vole léger, pour légèrement : et mille autres manières de parler, que tu poun^as mieux
i. La nature même. ne dans son livre De la confor-