AU SEIGNEUR PIERRE DE RONSARD
Nul, tant^ qu'il ne meure, Heureux ne demeure :
Le sort inconstant Or* se hausse, et ores S'abbaisse et encores Au ciel Ya montant.
La nuict froide et sombre Couvrant d'obscure ombre La terre et les cieux, Aussi doux que miel, Fait couler du ciel Le sommeil aux yeux.
Puis le jour luisant Au labeur duisant *■ Sa lueur expose.
Et d'un tein divers Ce grand univers Tapisse et compose.
Quand l'hyver tremblant, Les eaux assemblant
i. Qui convient, part, du verbe duire*. R. 6»
De glace polie, Des austres * puissans, De dueil gemîssans, La rage deslie.
La terre, couverte De sa robbe verte, Devient triste et nue.
Le vent furieux Vulturne en tous lieux Les forests denue.
Puis la saison gaye A. la terre essaye Rendre sa verdure.
Qui ne doit durer.
Las, mais endiu'er Une autre froidure.
Ainsi font retour D'un successif tour Le jour et la nuict :
Par mesme raison Chacune saison L'une Fautre suit.
Le puéril aage*,
Lubric et volage.
Au prin-temps ressemble :
L'esté vient après,
Puis l'automne est près.
Puis l'hyver qui tremble.
que peu durable
(Chose misérable)
Est l'humaine vie,
ijui, sans voir le jour.
De ce clair séjour
Est souvent ravie!... [72]
1. Des vents austraux, de l'aus- 2. Pron. âge. C'est l'ortholer, graphe habituelle de du Bellay.
VEilS LVWQUËS ET I^OÉSIËS MeHSÊS. 109