‹ Œuvres choisies;Chapitre 15 sur 64 · HABERT · texte numérisé non relu

HABERT

Condamner néanmoins ! d'où vient cette pensée? Colletet, avez- vous la cervelle blessée ? Néanmoins? qui remplit et coule doucement ; Qui met dans le discours un certain ornement. Pour casser nonobstant, c'est un méchant office Que nous nous rendrions dans les cours de justice*

DESMARETS

Puisque car est sauvé, laissons le reste en paix,

Et faisons une loi qui demeure à jamais.

(( Les auteurs assemblés pour régler le langage

DE SÀINT-ÉVREM01SD.

(( Ont enfin décidé dans leur aréopage :

« Voici les mots soufferts, voici les mots cassés... 3

Monsieur de Serisay, c'est à vous : prononcez.

SERISAY.

Grâce à Dieu, compagnons, la divine assemblée À si bien travaillé que la langue est réglée. Nous avons retranché ces durs et rudes mots Qui semblaient introduits par les barbares Goths : Et s'il en reste aucun en faveur de l'usage, 11 fera désormais un méchant personnage* « Or, qui fit l'important, déchu de tous honneurs, Ne pourra plus servir qu'à de vieux raisonneurs. Combien que, pour ce que, font un son incommode Et d'autant et parfois ne sont plus à la mode. Il conste, il nous appelât, sont termes de barreau. Mais le plaideur français aime un air plus nouveau ; Il appert était bon pour Gujas et Barthole1.

// conste ira trouver le parlement de Dole,

Où, malgré sa vieillesse, il se rendra commun,

Par les graves discours de l'orateur Le Brun2.

Du pieux Chapelain la bonté paternelle

Peut garder son tombeau pour sa propre Pucelle.

Aux stériles esprits, dans leur fade entretien,

On permet à ravir, lequel n'exprime rien.

Jadis est conservé, par respect pour Malherbe.

Dans l'ode il a marché, jadis , grave et superbe ;

Et de là s' abaissant, en faveur de Scarron,

Il a pris l'air burlesque et le comique ton ;

Mais il demeure exclu du discours ordinaire :

Vieux jadis, c'est pour vous tout ce que l'on peut fair^.

H faudra modérer cet indiscret pourquoi,

Et révérer le car pour l'intérêt du roi.

1 Deux célèbres jurisconsultes du siècle précédent.

2 M. Le Brun, procureur général au parlement de Dôle, s'en servait tou jours. (D. M.)

En toutes nations la coutume est bien forte; On dira cependant que Ton pousse la porte> Nous souffrons néanmoins, et, craignant le palais. Nous laissons nonobstant en repos pour jamais. Qu'au milieu des cités la vaine coterie, Au prodigue cadeau soit toujours assortie ; Et que dans le repas ainsi que dans l'amour Ils demeurent bourgeois, éloignés de la cour. )>

Auteurs mes compagnons, qui réglez le langage, Avons-nous assez fait? en faut-il davantage?

LA TROUPE

Voilà ce qu'à peu près nous pensions réformer Anathème sur ceux qui voudront le blâmer ; Et soit traité chez nous plus mal qu'un hérétique Qui ne reconnaîtra la troupe académique.

DESMARETS

A ce divin arrêt, des arrêts le plus beau,

Je m'en vais tout à l'heure apposer le grand sceau.

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