‹ Œuvres choisies;Chapitre 6 sur 64 · GODEAU, COLLETER · texte numérisé non relu

GODEAU, COLLETER

Eh quoi ! chers nourrissons des filles de Mémoire.

Qui sur les temps futurs obtiendrez la victoire,

Beaux mignons de Pallas, vrais favoris des dieux,

Vous n'êtes pas encore arrivés en ces lieux !

Seriez-vous bien si tard assis encore à table ?

Non; les plus grands festins n'ont pour vous rien d'aimable...

Mais voici Golletet, qui hâte un peu le pas :

Je l'ai toujours connu sobre dans ses repas ii

Bonjour, cher Colletet.

COLLETET se jette à genoux.

Grand évêque de Grasse, Dites-moi, s'il vous plaît, comme il faut que je fasse : Ne dois-je pas baiser votre sacré talon?

GODEAU

Nous sommes tous égaux, étant fils d'Apollon. Levez-vous, Colletet.

COLLETET

Votre magnificence Me permet, monseigneur, une telle licence ?

GODEAU

Rien ne saurait changer le commerce entre nous : Je suis évêque ailleurs, ici Godeau pour vous.

COLLETET

Très-révérend seigneur, je vais donc vous complaire.

Attendant nos messieurs, que nous faudra-t-il faire?

COLLETET

Je suis prêt d'obéir à votre volonté.

commodité de son nom, qui rimait à cabaret, était en partie cause de ce bruit que M. de Saint- Amant lui avait donné. (Histoire de V Académie française.)

1 Guillaume Colletet, peu accommodé des biens de la fortune

GODEAU

parlons comme autrefois, avecque liberté : Vous savez, Colletet, à quel point je vous aime.

COLLETET

Seigneur, votre amitié m'est un honneur extrême.

GODEAU

Oh bien ! seul avec vous, ainsi que je me voi, Je vais prendre le temps de vous parler de moi. Â.vez-vous vu mes vers?

COLLETET

Vos vers, je les adore :

Je les ai lus cent fois, et je les lis encore. Tout en est excellent, tout est beau, tout est net. Exact et régulier, châtié tout à fait.

Manqué-je en quelque endroit à garder la césure ? Y peut-on remarquer une seule hiature ? Suis-je pas scrupuleux à bien choisir les mots ? Nefais-je pas parler chacun fort à propos? Le décorum latin, en français bienséance, N'est si bien observé nulle part, que je pense. Colletet, je me loue, il le faut avouer ; Mais c'est fort justement que je me puis louer.

COLLETET

Vous êtes de ceux-là qui peuvent dans la vie Mépriser tous les traits de la plus noire envie. Vous n'aviez pas besoin de votre dignité Pour vous mettre à couvert de la malignité.

GODEAU

On se flatte souvent ; mais si je ne m'abuse, S'attaquer à Godeau, c'est se prendre à la muse ; Et le plus envieux se verrait transporté S'il lisait une fois mon Benedicite l.

Oh ! l'ouvrage excellent !

1 Godeau a paraphrasé en vers le cantique des trois enfants, Benedicite omnia opéra Domini etc. C'est une de ses meilleures pièces.

COLLETET

Oh ! la pièce admirable

GODEAU

Chef-d'œuvre précieux !

COLLETET

Merveille incomparable

Que peut-on désirer après un tel effort?

COLLETET

Qui n'en sera content aura, ma foi, grand tort. Mais sans parler de moi trop à mon avantage, Suis-je pas, monseigneur, assez grand personnage.

GODEAU

Golletet, mon ami, vous ne faites pas mal.

COLLETET

Moi ! je prétends traiter tout le monde d'égal, En matière d'écrits ; le bien est autre chose : De richesse et de rang la fortune dispose. Que pourriez-vous encor reprendre dans mes vers ?

GODEAU

Colletet, vos discours sont obscurs et couverts.

COLLETET

Il est certain que j'ai le style magnifique.

GODEAU

Colletet parle mieux qu'un homme de boutique.

COLLETET

Ah ! le respect m'échappe : et mieux que vous aussi.

GODEAU

Parlez bas, Colletet, quand vous parlez ainsi.

COLLETET

C'est vous, monsieur Godeau, qui me faites l'outrage.

Voulez-vous me contraindre à louer votre ouvrage?

COLLETET

J'ai tant loué le vôtre!

GODEAU

Il le méritait bien.

COLLETET

Je le trouve fort plat, pour ne vous celer rien.

GODEAU

Si vous en parlez mal, vous êtes en colère.

COLLETET

Si j'en ai dit du bien, c'était pour vous complaire.

GODEAU

Colletet, je vous trouve un gentil violon.

COLLETET

Nous sommes tous égaux, étant fils d'Apollon.

GODEAU

Vous enfant d'Apollon ! vous n'êtes qu'une bête.

COLLETET

Et vous, monsieur Godeau, vous me rompez la tête

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