‹ Œuvres choisies;Chapitre 7 sur 64 · SCÈNE II SERISAY, GODEAU, COLLETET · texte numérisé non relu

SCÈNE II SERISAY, GODEAU, COLLETET

SERISAY, à Godeau.

Qu'avez-vous, monseigneur, je vous vois tout ému.

GODEAU

Colletet m'insulter ! qui l'aurait jamais cru ?

COLLETET

Traiter un vieil auteur avec cette infamie ! C'est affronter en moi toute l'Académie.

SERISAY.

Mais quelle est cette injure, et d'où vient tant de mal?

COLLETET

« Colletet, mon ami, vous ne faites pas mal : « Vous parlez un peu mieux qu'un homme de boutique. Et mieux que vous, Godeau ; car, enfin, je m'explique ; Et notre directeur le saura comme vous.

SERISAY.

Modérez, Colletet, modérez ce courroux.

Offenser un prélat à qui l'on doit hommage, C'est d'un homme insensé faire le personnage.

COLLETET

Je sais bien respecter Godeau comme prélat ; Mais Godeau comme auteur, je le trouve fort plat.

GODEAU

Ma colère se passe, et je veux sans murmure En prélat patient endurer cette injure.

COLLETET

Moi, je veux recevoir la satisfaction Du tort qu'a pu souffrir ma réputation. Oh ! d'un humble prélat patience parfaite ! Il parle d'endurer l'injure qu'il a faite ! Pardonner à des gens que l'on a maltraités, Ce sont du bon Godeau les générosités !

godeau.

Eh bien, cher Colletet, je ferai davantage : Vous serez reconnu pour un grand personnage. Soyons, je vous conjure, amis de bonne foi ; Et vous saurez écrire et parler mieux que moi.

COLLETET

Ordonnez, monseigneur, ce qu'il faut que je fasse : J'ai plus failli que vous, et je demande grâce. Que partout on exalte, et partout soit chanté De ce divin prélat le Benedicite.

« Oh ! l'ouvrage excellent ! oh ! la pièce admirable ! « Chef-d'œuvre précieux ! merveille incomparable ! f> Que partout on exalte, et partout soit chanté De ce divin prélat le Benedicite.

GODEAU

Qu'en tous lieux on exalte, et qu'en tous lieux on chante De notre Colletet la cane barbotante 1 :

1 Colletet ayant porté au cardinal le Monologue des Tuileries, il s'arrêta particulièrement sur deux vers de la description du Carré d'eau, en ce endroit :

La cane s'humecter de la bourbe de l'eau. D'une voix enrouée et d'un battement d'aile Animer le canard qui languit auprès d'elle. Et après avoir écouté tout le reste, il lui donna de sa propre main cinquante pisloles, avec ces paroles obligeantes, que c'était seulement pour ces deux

Ces beaux vers, que le temps ne saurait effacer. Et qu'un grand cardinal voulut récompenser. C'est là que Colletet si vivement explique Du canard amoureux la Vénus aquatique, Qu'au sens de Richelieu le roi ne pourrait pas De tout l'or du royaume en payer les appas.

SERISAY.

Nous sommes tous contents : la discorde est finie, Et la paix régnera dans notre compagnie.

Au reste, l'heure approche où se doit terminer La réforme des mots que nous allons donner, Et par qui nous aurons la gloire sans seconde D'établir le français en tous les lieux du monde. -

COLLETET

Monsieur le chancelier ne doit venir que tard.

SERISAY.

Donc, pour un peu de temps, allons quelque autre part.

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