‹ Œuvres choisiesChapitre 153 sur 454 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Que le soleil dans la plaine Brûle troupeaux et bergers, Qu'une tempête soudaine Vienne inonder nos vergers; Près de l'objet qui nous enchaîne, Et qui nous lie à son désir Rien n'est peine, Tout est plaisir.

Que le cours de la semaine Nous ravisse le repos, Qu'une saison incertaine Augmente encor nos travaux; Près de l'objet, etc.

Que la brûlante jeunesse Enflamme et trouble nos sens, Que la tremblante vieillesse Rende nos pas languissants!

Près de l'objet, etc.

tE ROI. — Fort bien, Jenny.

RICHARD. — Ce n'est pas celle-là que je voulois dire; c'est celle sur le bonheur.

JENNY. — Hé bien! dites, vous la savez.

RICHARD. — Soit.

ARIETTE

Ce n'est qu'ici.

Oui, Ce n'est qu'au village Que le bonheur a fixé son séjour.

Loin de la ville, loin de la cour, C'est à l'ombrage D'un vert feuillage Qu'on trouve ensemble et la paix et l'amour.

lorsque le soleil lance ses traits Sur nos têtes profanes, La foudre frappe les palais, Elle respecte les cabanes.

Ce n'est qu'ici, Oui, Ce n'est qu'au village Que le bonheur a fixé son séjour.

LE ROI. — Richard, votre chanson est fort bien; mais elle n'est pas tout à fait juste.

SÉDAI5E. 8

\ïk LE ROI ET LE FERMIER.

RICHARD. — En quoi donc?

LE ROI. — Le tonnerre ne tombe sur les palais que parce qu'ils sont plus 61ev6s que les cabanes.

RICHARD. — C'est vrai, mais ce n'est pas moi qui ai fait la chanson : n'importe; le bonheur n'en est pas moins ici. Mais vous, monsieur, faites-nous le plaisir de nous chanter quelque chose sur le bonheur de la cour.

tE ROI. — J'entends souvent chanter, mais je ne chante point.

KNNY. — Ah, monsieur! quelques chansons de la cour.

LE ROI. — Jti vous assure qu'on ne m'a jamais prié de chanter.

RICHARD. — Hé bien I nous vous en prions.

JENNY. — Ah, monsieur!

LE ROI. — Je le veux bien, pour la singularité du fait.

JENNY. — Ah! écoute, Richard.

LE ROI. — Je vais vous dire un fragment d'opéra que j'ai vu représenter. Vous savez ce que c'est qu'un opéra?

RICHARD. — Oui, monsieur; j'y ai été souvent, et je l'ai expliqué à Jenny.

LE ROI. — Un jeune prince, destiné au trône, demande par quel moyen un roi peut parvenir au plus haut degré de bonheur. Voici la réponse de son gouverneur.

ARIETTE

Le bonheur est de le répandre, De le verser sur les humains.

De faire éclore de vos mains Tout ce qu'ils ont droit d'en attendre.

Est-il une félicité

Comparable à la volupté

D'un souverain qui peut se dire :

Tout ce que le ciel m'a soumis,

Tous les sujets de mon empire

Sont mes enfants, sont mes amis?

Ahl quel plaisir, quel plaisir de lire Dans les yeux d'un peuple attendri

Tout ce qu'inspire La présence d'un roi chéril

Le bonheur est de le répandre, De le verser sur les humains, De faire éclore de mes mains Tout ce qu'ils ont droit d'en attendre.

Richard, — Ah, monsieur 1 sans le respect que je me sens pour vous, je vous embrasserois do bon cœur. Monsieur, le gouverneur de ce prince-là no lui vole pas ses gages.

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