SCÈNE IV. - ALEXIS
ARIETTE
Ahf je respire : il faut que je reprenne.
Haleine.
(Il jette à terre son habit, son sabre, son havre-sac.) Oui, le voici cet orme heureux.
Où Louise a reçu mes vœux.
Je vais la voir, ah, quel plaisir!
La voir, lui parler, être ensemble!
De quel bonheur \e vais jouir!
Mais.... mais.... je frissonne, je tremble, L'amour.... la joie t arrêtons un moment Ah, quel moment! ah, que! moment charmant
Mais pourquoi ne l'ai-je pas vue?
Pourquoi sur le chemin n'est-elle pas venue? Elle a craint de céder à trop d'empressement ;
Trop de pudeur l'aura déçue.
Ne sait-on pas que je suis son amant?
Allons... mais que dirai-je? Ah, ciel! ah! quel martyre! Ils vont tous être là, nous ne saurons que dire : La tante, les amis, son père, son voisin. Et le grand cousin.
Quelle contrainte! Quel dommage!
Ah! si quelque enfant du village Paroissoit.... Quoi, Louise, amour ne te dit pas : «Va donc, va donc, il t'attend?» Ah! je gage Que quelqu'un arrête ses pas.
Je vais la voir, ah, quel plaisir!
Mais j'entends des musettes, des violons. Voici tout le village; c'est une noce : cachons-nous. Qu'ils sont heureux ceux-là!
SCÈNE V.— TOUTE LA NOCE. (AUxis est caché. Des violons en tête, une musette, une cornemuse. La mariée est triste : le reste a wne gaieté feinte. Le marié a l'air sot et niais. Le père donne la main à sa fille.)
JEAN-LOUIS, à Louise. — Bon, il est caché : ne retourne pas la tête, il regarde.
LOUISE. — Ah! que cela me fait de peine! Laissez-moi le voir.
JEAN-LOUIS. — Tu le verras assez. Bon, bon, courage. Jeannette, reste là.
SCÈNE VI. — ALEXIS, JEANNETTE. {Elle a sa quenouille.] ALEXIS. — Parlez donc, la jeune fille !
JEANNETTE chaute.
J'avois égaré mon fuseau, etc.
ALEXIS. — Parlez donc, parlez donc. (Jeannette veut chanter ; mais il la prend par le bras. Elle veut reprendre son couplet; il ne veut pas la laisser continuer.)
JEANNETTE. — Laisscz-moi donc, laissez-moi donc : je vous répondrai {.u troisième couplet.
ALEXIS. — Répondez-moi tout à l'heure.
JEANNETTE, à part. — Ah l ciel! je ne pourrai jamais....
ALEXIS. — Hé bien, répondez donc!
JKANNETTE. — Ah ! VOUS me faites peur.