SCÈNE vm
lui dirais : tt Tiens, un tel (son nom), je Tois toute ta manigance, etjo te prie de ne plus faire comme cela, parce que cela me déplaît. D'a- Dord, ma fille n'est pas pour toi, parce que tu es un libertin, parce que tu es (enfin ce qu'il seroit). j> S'il y revenoit, je me mettrois en colère, je battrois la fille, je battrois le garçon, je....
MATHUBiN. — Oui, VOUS battriez tout le monde. Mais si le garçon TOUS convenoit?
PIERRE. — S'il me convenoit.... (Il rêve.) Ah, ah.... pour lors.... j'enverrois chercher le père, ou j'irois le trouver moi-même, Mathurin; car c'est à ceux qui ont affaire à aller trouver. Mais ne parlons pas de ça. Je dirois au père tout ce qui se passe , et : a Que votre fils se tienne chez vous, ou je l'assomme. — Mais mon fils aime votre fille, mais ils se conviennent, mais ils sont d'âge, mais voulez-vous la lui donner?
— Ah! parlons, parlons; » et nous parlerions.
MATHURIN. — Hé bien! Pierre Leroux, ce que vous dites qu'il faut que le père fasse, je le fais. Hier, nous nous sommes quittés tard, je suis rentré ici. On ne voyoit pas bien clair; j'ai vu quelque chose là du long, là, entre la table et la muraille. Cela marchoit à quatre pattes; j'ai cru que c'étoit un chien, j'y ai donné un coup de pied. Haut, pataud, à la cour! Ma fille s'est jetée à mon cou. « An, mon père! vous revenez bien tard! ah, mon père! j'étois inquiète! ah, mon père....
— Donne-nous de la lumière, » lu; ai-je dit. PirRRE. — Hé bien?
MATHURIN. — Hé bien! pendant qu'elle alloit en chercher, j'ai trouvé cet arc-là sous mes pieds.
PIERRE. — Ici?
MATHURIN. — Là.
PIERRE. — Ah, ah!
MATHURIN. — Ainsi je suis sûr que ce qui marchoit à quatre pattes n'est autre que votre fils. Il est inutile, je crois, de vous dire que cela ne me platt pas : ainsi, recommandez-lui bien de ne plus venir ici : ou si je l'y trouve, il s'en repentira. Il m'a joué un tour de chien; et moi, je pourrois lui en jouer un qui ne lui feroit pas plaisir.
PIERRE. — Mais si nos jeunes gens s'aiment, et que nous puissions....
MATHURIN. — Ah! parlons, parlons; je ne demande pas mieux.
PIERRE, après avoir rêvé. — Que donnez-vous à votre fille en mariage?
MATHURIN. — Tout, et rien : et vous, à votre fils?
PIERRE. — Tout, et rien. Je n'ai que lui.
MATHURIN. — Je n'ai qu'elle.
PIERRE. — Je lui donne d'abord mes premiers attelages, mes premières charrues.
MATHURIN. — C'est-à-dire vos anciennes.
PIERRE. — Oui; ils les renouvelleront.
MATHURIN. — Et moi, je lui donne le trousseau qu'elle a filé, tous les joyaux de sa mère, ses hardes, son linge, ses garnitures, ses coiffes, sa croix d'or, ses boucles d'or (elle les a déjà), les gants de sois, 1b collier, le ruban. Je veux qu'elle paroisse.
PIERRE. — J'entends : nous leur donnerons peu de chose, que nous voudrons faire valoir beaucoup.
MATHURiN. — Comme ça se pratique.
PIERRE. — Vous ressouvenez-vous de notre vieux bailli? a Mes enfants, mes enfants, disoit-il, avec sa petite canne, le hasard commence les mariages, et la vanité les finit.
MATHURIN. — Vanité, si vous voulez; mais je les associerai à ma ferme.
PIERRE. — Et moi, à la mienne.
MATHURIN. — A la fin de mon bail.
PIERRE. — Et moi aussi. Et combien avez-vous encore à aller?
MATHURIN. — Trois ans. Et vous?
PIERRE. — Et moi, cinq.
MATHURIN. — Il faut Cependant qu'ils vivent.
PIERRE. — N'avez-vous pas peur qu'ils manquent de quelque chose? Mais il faut d'abord faire connoître aux jeunes gens ce que c'est que la dépense d'un ménage.
MATHURIN. — J'entends : oui, leur rendre la vie un peu difficile.
PIERRE. — Moi, ce qui m'inquiète, c'est que je ne sais comment ils se tireront de cet embarras-là : ils sont encore trop jeunes.
MATHURIN. — Trop jeunes ! Pierre Leroux, nature, jeunesse et santé.... Vous vous souvenez de la chanson.
PIERRE. — C'est sur moi qu'elle a été faite, et sur feu ma femme.
MATHURIN. — Je le sais bien.
PIERRE. — Je ne sais si je m'en souviendrois. Il y a, ma foi, longtemps.
MATHURIN. — Oui, il y a longtemps . je n'étois pas plus haut que ça.
PIERRE
CHANSON
Avez-vous connu Jeannette?
Avez-vous connu Jeannot?
L'un et l'autre étoit plus sot
Qu'un mouton qui paît l'herbette.
Un beau jour que dans les champs
Ils alloient tous deux cherchant
Leurs moutons qui vont paissants, Ils s'accostent en dandinant, Ils se parlent en ricanant; Rien n'étoit si drôle.
Hé bien! dans le même été, Ce fut le couple le plus futé :
L'esprit, le bon sens, la parole.
Nature, jeunesse et santé
Sont trois bons maîtres d'école.
MATHURIN. — Comme on a chanté cela dans le village! Hé bien! cet embarras-là vous a-t-il fait mourir? Vous étiez ccoendant bien jeunes, tous les dnuy