SCÈNE V.— CLÉMENTINE, LAURENCE, ALIX
LAURENCE. — La fille de notre maître ? qu'elle est belle ! qu'elle est grande! Ah, belle odalisque! vous ne reconnoissez pas Laurence?
CLÉMENTINE. — Ma boune, c'est votre mari ?
ALIX. — Hé oui, c'est lui; hé oui, c'est lui.
CLÉMENTINE. — Mou père est-il vivant?
LAURENCE. — Oui , saus doute , il l'est, et en bonne santé.
CLÉMENTINE. — Mou père est vivant! ah, ciel! Est-il ici? est-il à Florence ?
LAURENCE. — Oui , il Bst chez le seigneur Octave, qui nous a rachetés, qui est bien le plus digne seigneur.... qui est bien le plus brave homme....
CLÉMENTINE. — Et counoît-il mon père? sait-il que c'est à lui qu'il a rendu service?
LAURENCE. — Paix, chut!
CLÉMENTINE. — Quoi ?
LAURENCE. — C'est que , s'il le sait, il ne le sait que de moi ; c'est que je ne sais comment cela s'est fait : je le lui ai dit imprudemment, pat ma faute; je ne croyois pas faire mal en le lui disant, et mon maître ne me l'a défendu que depuis que je l'ai dit.
CLÉMENTINE. — Et le seigneur Octave a-t-il paru surpris?
LAURENCE. — Sa joie a été si grande, qu'il m'a donné sa bourse <?t tout l'or qui étoit dedans.
CLÉMENTINE. — Sa joie.... Il falloit refuser cet argent.
LAURENCE. — Il uous a tant accoutumés à ses bienfaits, que je n'ai pas osé; et vous parlez de sa joie, l'argent qu'il m'a donné n'est rien : il a sur-le-champ ordonné une fête superbe pour célébrer ce soir le retour de mon maître.
CLÉMENTINE. — Et mon père sait-il qu'il en est connu?
LAURENCE. — Non , il ne s'en doute pas. Il ne faut pas non plus dire au seigneur Aldobrandin que mon maître est arrivé, il l'a défendu : prends-tu garde, toi, qu'il ne vienne?
200 LE MAGNIFIQUE
AUX. — Ahl que oui , jY-coiite.
CLÉMENTINE. — Laurencc , dites à mon père, témoîgnez-Uii combien je désire de me jeter dans ses bras, combien j'ai d'impatience do le vrir et de l'embrasser.
LAURENCE. — Je vais le lui dire. Qu'il va être content de se voir tout fl'un coup une fille si belle, si aimable! Mais regarde donc, c'e.st tout I;; portrait de madame.
ALIX. — Hé, vite! hé, vite! sauve-toi, j'ai cru entendre le seigneur Aidobrandin; il ne manquera pas d'aller à la course des chevaux, je vous ferai entrer; je dirai au portier que vous venez par son ordre, et puis je mettrai une corbeille de fleurs sur la fenêtre par oii je t'ai vu passer; ce sera le signal, cela voudra dire qu'il est parti.
LAURENCE. — Mais si tu envoyois....
ALIX. — Pars vite, pars.
CLÉMENTINE. — A mou père, je vous en prie.
LAURENCE. — Oui.... OUÏ.... la Corbeille de fleurs.
ALIX. — Oui, oui.