‹ Œuvres choisiesChapitre 395 sur 454 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

h. une grande dame, et, à moins qu'elle ne le permette, nous ne pou vons pas disposer du plus petit endroit; mais demain.... Adieu.

BLONDEL. — Allons, preHons patience. Antonio?

ANTONIO. — Plaît-il?

BLONDEL. — Va voir s'il n'y a pas d'autre retraite aux environs.

CÈNE VII.— MARGUERITE, comtesse de Flandre et d'artois; •

BLONDEL

■ Alors paroissent des gens de toute sorte , des domestiques , des chevaliers. Ils donnent le bras à Marguerite ; elle paroit descendre de son palefroi , et est accompagnée de femmes suivantes. Elle a l'air de donner des ordres.)

BLONDEL. — Ciel! que vois-je? c'est la comtesse de Flandre! c'est Marguerite; c'est le tendre et malheureux objet de l'amour de l'infortuné Richard! Ah! j'accepte le présage; sa rencontre ici ne peut être qu'un coup du ciel. Si le roi est ici , et si ces tours lui servent de prison.... Ah, dieux! mais, peut-être me trompé-je! Voyons si vraiment c'est elle. Si c'est Marguerite , son âme ne pourra se refuser aux douces impressions d'un air qu'en des temps bienheureux son amant a fait pour elle. {Il joue cet air sur son violon. Dès les premières phrases, Marguerite s'arrête, écoute, s'approche.)

MARGUERITE. — Oh, ciel , qu'euteuds-je... ! Bonhomme, qui peut vous avoir appris l'air que vous jouez si bien sur votre violon ?

BLONDEL. — Madame, je l'ai appris d'un brave écuyer qui venoit de la Terre-Sainte, et qui, disoit-il, l'avoit entendu chanter au roi Richard.

MARGUERITE. — Il VOUS a dit la vérité.

BLONDEL. — Mais, madame, vous qui avez la voix d'un ange, n'êtesvous pas cette grande dame qui doit occuper la maison qu'on m'a dit être ici tout près?

MARGUERITE. — OuI, bonhomme.

BLONDEL. — Ayez pitié, je vous prie, d'un pauvre aveugle, et permettez-lui d'y passer cette nuit, dans le lieu où il n'incommodera pas.

MARGUERITE. — Ah ! je le veux bien, pourvu que vous répétiez plusieurs fois l'air que vous venez de jouer.

BLONDEL. — Ah, tant qu'il vous plaira!

MARGUERITE, à ses gens. — Je vous recommande ce bon vieillard. {^Villiams donne la main à Marguerite, et la conduit dans sa maison.

SCÈNE VIII. — BLONDEL se met à jouer plusieurs fois ce même air, avec des variations. Pendant ce temps, tout le bagage se décharge : les gens de la Comtesse vont et viennent. On dresse une grande table à la porte : on y met du vin et des verres.

UN PREMIER DOMESTIQUE , à Blondel. — Allons , bonhomme, mettezvous là, vous boirez un coup avec nous. BLONDEL. — Antonio?

ANTONIO. — Me voilà.

BLONDEL, lui donnant son verre plein.— Tiens, bois, mon fils, bois. (On verse à Blondel un second verre, et il dit après avoir bu :) Eu vous remerciant, mes amis : mais je veux payer mon écot.

UN DOMESTIQUE. — Hé! Comment ça?

BLONDEL, — En vous disant une chanson, et vous ferez chorus.

UN AUTRE DOMESTIQUE. — AlloDs, c'est un boH vivant. Courage, père.

BLONDEL

Que le sultan Saladin Rassemble dans son jardin Un troupeau de jouvencelles, Toutes jeunes, toutes belles, Pour .s'amuser le matin ,

C'est bien, c'est bien.

Cela ne nous blesse en rien ; Mais je pense comme Grégoire J'aime mieux boire.

(Ces deux vers sont repris en chœur.)

BLONDEL

Qu'un seigneur, qu'un haut baron,

Vende jusqu'à son donjon

Pour aller à la croisade.

Qu'il laisse sa camarade

Dans la main des gens de bien,

C'est bien, c'est bien, Cela ne nous blesse en rien ; Mais je pense comme Grégoire, 'aime mieux boire.

UN OFFICIER DE LA COMTESSE. — Voilà Madame qui va se retirer dans son appartement.

UN DOMESTIQUE. — Rachevons : encore un couplet, père.

BLONDEL

Que le vaillant roi Richard Aille courir maint hasard Pour aller loin d'Angleterre Conquérir une autre terre , Dans le pays d'un païen,

C'est bien , c'est bien.

Cela ne nous blesse en rien ; Mais je pense comme Grégoire, J'aime mieux boire.

BÉATRix. — Finissez donc, Madame vous entend de son appartement. (Blondel feint de prendre Béatrix pour son petit garçon, Antonio lemmène.)

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