‹ Œuvres choisiesChapitre 109 sur 199 · VOLT M RE · texte numérisé non relu

VOLT M RE

Mai;; dans quel lit oouchez-vous, vous autres? Est-ce auprès du Bois de Boulogne? est-ce à Plombières? est-ce à Paris? Mme d'Argental a-t-elle besoia des eaux? Il y a un mois que j'ignore ce que j'ai le plus envie de savoir. On m'a mandé que l'Esprit et le Sentiment de Mme de Graffigny1 avait réussi. Ma troupe a joué chez moi Jules César. Mais je ne sais point ce que font mes anges; j*ai attendu, pour leur écrire que je fusse un peu stable, et que je pusse recevoir de leurs nouvelles. J'en attends avec la double impatience de l'absence et de l'amitié.

Adieu, mes anges ; mon Frédéric le Grand fait un peu de tort à Aurélie. il prend mon temps et mon âme. La caverne d'Euripide vaut mieux, pour faire une tragédie, que les agréments d'une cour. Les devoirs et les plaisirs sont les ennemis mortels d'un si grand ouvrage.

Conservez-moitous des bontés qui me feront adorer votre société, et chérir poemata tragica et omrtes lias nugas*, jusqu'au dernier moment de nia vie.

Il fallait bien finir par ce mariage.

A Mme Dkms.

A Polsdam, le -13 octobre 1750.

Nous voilà dans la retraite de Polsdam; le tumulte des fêtes est passé, mon âme en est plus à son aise. Je ne suis pas fâché de me trouver auprès d'un roi qui n'a ni cour ni conseil. 11 est vrai que Polsdam est habité par des moustaches et des bonnets de grenadier ; mais, Dieu merci, je ne les vois point. Je travaille paisiblement dans

(1) Françoise d'Happoncourt de Graftîgny (1695-1758) avait épousé un chambellan du duc de Lorraine; venue à Paris en 1743. elle publia, en 1746, un roman, les Lettres d'une Péruvienne et, en 1750, une comédie, Génie, à laquelle Voltaire fait ici allusion.

(2) « Les poème* tragiques et toutes ces bagatelles. »

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mon appartement, au son du tambour. Je me suis retranché les dîners du roi ; il y a trop de généraux et de princes. Je ne pouvais m'accoutumer à être toujours visà-vis d'un roi en cérémonie, et à parler en public. Je soupe avec lui eu plus petite compagnie. Le souper est plus court, plus gai et plus sain. Je mourrais au bout de trois mois de chagrin el d'indigestion, s'il fallait dîner tous les jours avec un roi en public.

On m'a cédé, ma chère enfant, en bonne forme, au roi de Prusse *. Mon mariage est donc fait ; sera-t-il heureux ? Je n'en sais rien. Je n'ai paspu m'empècher de dire oui. 11 fallait bien finir par ce mariage, après des coquetteries de tant d'années2. Le cœur m'a palpité à l'autel. Je compte venir cet hiver prochain, vous rendre compte de tout, et peut-être vous enlever. Il n'est plus question de mon voyage d'Italie ; je vous ai sacrifié sans remords le Saint- Père 3 et la ville souterraine4; j'aurais dû peut-être vous sacrifier Potsdàm. Qui m'aurait dit, il y a sept ou huit mois, quand j'arrangeais ma maison avec vous, à Paris, que je m'établirais à trois cents lieues dans la maison d'un autre? et cet autre est un maître ! 11 m'a bien juré que je ne m'en repentirais pas ; il vous a comprise, ma chère enfant, dans une espèce de contrat'' qu'il a signé

(1) Frédéric avait demandé Voltaire à Louis XV. qui avait répondu qu'il autorisait volontiers le séjour en Prusse «lu grand écrivain; il lui garda le titre de gentilhomme ordinaire avec 2.000 livres de pension, mais il lui ôta sa charge d'historiographe, qui fut confiée à Duclos.

(2) Voltaire s'était déjà rendu deux fois ;i Berlin, en 1740 et [743. Sa correspondance avec Frédéric datait de 1736.

(3) Benoit XIV, a qui Voltaire avait dédié son Mahomet en 1745.

^4) Ftercutanum, où l'on avait commencé des fouilles depui* quelques années.

(5) Voltaire aurait bien voulu que sa nièce vint le retrouver à Berlin et Frédéric y consentait, mais Mme Denis, qui avait désapprouvé ce voyage, ne se souciait pas de partir.

Kn date du 23 aoiit 1750, Frédéric avait écrit à Voltaire une lettre où il s'efforçait de répondre aux inquiétudes de Mme Denis. « J'ai lu la lettre que voire nièce vous a écrite de Paris; l'amitié qu'elle ;i pour vous, lui attire mon estime... Non, mon cher Voltaire, si je pouvais prévoir que votre transplantation pût tourner le moins du monde à votre désavantage, je serais le premier à vous en dissuader. ..^uel esclavage, quel malheur, quel changement, quelle inconstance de fortune y a-t-il à craindre dans un pa.vs où on vous estime autant que

LE VOYAGE ËIS PftUSSË 479

avec moi et que je vous enverrai ; mais viendrez- voua

gagner voire douaire de quatre mille livres?

J'ai bien peur que vous ne fassiez comme Mme de. Rottembourg l, qui a toujours préféré les opéras de Paris à ceux de Berlin. O destinée, comme vous arrangez les événements et comme vous gouvernez les pauvres luimains !

11 est plaisaut que les mêmes gens de lettres de Paris t[iii auraient voulu m'exterminera il y a un an, crient actuellement contre mon éloignement et l'appellent déserlion. il semble qu'on soit fâché d'avoir perdu sa victime. J'ai très mal fait de vous quitter, mon cœur me le dit tous les jours plus que vous ne pensez, mais j'ai très bien fait de m'éloigner de ces messieurs-là.

Je vous embrasse avec tendresse et avec douleur.

On ne peut servir deux maîtres.

A Mme Denis.

A Potsdam, le 28 octobre 1750.

Je ne sais pas pourquoi le roi me prive de la place d'historiographe de France, et qu'il3 daigne me conserver le brevet de son gentilhomme ordinaire: c'est précisément parce que je suis en pays étranger que je suis plus propre à être historien ; j'aurais moins l'air de la flatterie ; la liberté dont je jouis donnerait plus de poids à la vérité. Ma chère enfant, pour écrire l'histoire de son pays, il faut être hors de son pays.

Me voilà donc à présent à deux maîtres. Celui qui a dit

• tre patrie... ? Quoi ! parce que vous vous retirez dans ma maison, il >era dit que cette maison devient une prison pour vous ? Quoi ! parce que je suis votre ami, je serais, votre tyran ?... » Il sera fait' plusieurs fois allusion a cette lettre dans la suite.

(1) Femme d'un ancien ministre de Prusse à Paris, qui avait refusé de revenir a Berlin avec son mari

(2) Exterminer. V. Lex.

~:s) Et qu'il Y Notes gramm., p. 988, Vil, \.

qu'on ne peut servir deiiv. maîtres1 à la fois avait assurément bien raison ; aussi, pour ne point le contredire, je n'en sers aucun. Je vous jure que je m'enfuirais, s'il me fallait remplir les fonctions de chambellan comme dans les autres cours. Ma fonction est.de ne rien faire. Je jouis de mon loisir. Je donne une heure par jour au roi de Prusse pour arrondir un peu ses ouvrages de prose et de vers; je suis son grammairien, et point son chambellan. Le reste du jour est à moi, et la soirée finit par un souper agréable. Il arrivera qu'en dépit des titres, dont je ne fais nul cas, je n'exercerai point du tout la chambellanie2, et que j'écrirai l'histoire.

J'ai apporté ici heureusement tous mes extraits sur Louis XIV. Je ferai venir de Leipsick les livres dont j'aurai besoin, et je finirai ici ce Siècle de Louis XIV, que peut-être je n'aurais jamais fini a Paris. Les pierres dont j'élevais ce monument à l'honneur de ma patrie auraient servi à m'écraser. Un mot hardi eût paru une licence effrénée; on aurait interprété les choses les plus innocentes avec cette charité qui empoisonne tout. Voyez ce qui est arrivé à Duclos3, après son Histoire de Louis XI. S'il est mon successeur en historiographerie4, comme on le dit, je lui conseille de n'écrire que quand il fera, comme moi, un petit voyage hors de France.

Je corrige à présent la seconde édition que le roi de Prusse va faire deV Histoire5 de son pays. Un auteur comme celui-là peut dire ce qu'il veut sans sortir de sa patrie. Il use de ce droit dans toute son étendue. Figurez-vous que, pour avoir l'air plus impartial, il tombe sur son grand-père1', de toutes ses forces. J'ai rabattu les coups tant que j'ai pu. J'aime un peu ce grand-père parce qu'il était magnifique, et qu'il a laissé de beaux monuments. J'ai eu bien de la

(1) Évangile (Matth. VI, 24; Luc. xvi, 13).

(2) Chambellanie. V. Lex.

(3) Duclos (1704-1772). V. plus loin, p 790, u. 3.

(4) Historiographerie . V. Lex.

CS) Mémoires pour servir à l'Histoire du Brandebourg. (6) Frédéric 111(1657-1713). électeur de Rrandebourg'depuis 1688 et roi de Prusse à partir de 1702. sous le nom de Frédéric I".

peine à faire adoucir les termes dans lesquels le petit-fils reproche à son aïeul la vanité de s'être fait roi : c'est une vanité dont ses descendants retirent des avantages solides, et le titre n'en est point du tout désagréable. Enfin je lui ai dit : » C'est votre grand-père el ce n'est pas le mien, faitës-en tout ce que vous voudrez » ; et je me suis réduit à éplucher des phrases. Tout cela amuse et rend la journée pleine ; mais, ma chère enfant, ces journées se passent loin de vous. Je ne vous écris jamais sans regrets, sans remords et sans amertume.

La lettre des... « mais »...

A Mme Dicnis.

A Potsdam, le 6 novembre 1750.

On sait donc à Paris, ma chère enfant, que nous avons joué à Potsdam la Mort de César, que le prince Henri * est bon acteur, n'a point d'accent, et est très aimable, et qu'il y a ici du plaisir ? Tout cela est vrai ; mais... Les soupers du roi sout délicieux, on y parle raison, esprit, science ; la liberté y règne ; il est l'âme de tout cela; point de mauvaise humeur, point de nuages, du moins point d'orages. Ma vie est libre et occupée; mais... mais... Opéras, comédies, carrousels, soupers à Sans-souci, manœuvres de guerre, concerts, études, lectures; mais... mais... La ville de Berlin, grande, bien mieux percée que Paris, palais, salles de spectacle, reines affables, princesses charmantes, filles d'honneur belles et bien faites, la maison de Mme de Tyrcounell 2 toujours pleine, et souvent trop; mais... mais..., jna chère enfant, le temps commence à se mettre à un beau froid.

Je suis eu train de dire des mais, et je vous dirai : mais il est impossible que je parle avant Je 15 de décembre. Vous ne doutez pas que je ne brûle d'envie de vous voir,

(1) Frère de Frédéric II.

(2) Lord Tyrconnell, irlandais, était ministre de France à Berlin.

Voi.TAinE. Pi

de vous embrasser, de vous parler. Ma rage de voir l'Italie n'approche pas des sentiments qui me rappellent à vous ; mais, mon enfant, accordez-moi encore un mois, demande/ cette grâce pour moi à M. d'Argental ; car je dis toujours au roi de Prusse que, quoique je sois son chambellan, je n'en appartiens pas moins à vous et à ce M. d'Argental. Mais est-il vrai que notre Isaac d'Argens 1 est allé se confiner à Monaco avec sa femme, qui est une grande virtuose ? Il y a là un petit grain de folie ou une grande dose de philosophie. Il ferait bien devenir ici augmenter notre colonie.

Maupertuis 2 n'a pas les ressorts bien liants : il prend mes dimensions durement avec son quart de cercle 3 On dit qu'il entre un peu d'envie dans ses problèmes. 11 y a ici en récompense un homme trop gai; c'est La Mettrie4. Ses idées sont un feu d'artifice toujours en fusées volantes. Ce fracas amuse un demi-quart d'heure, et fatigue mortellement à la longue. Il vient de faire, sans le savoir, un mauvais livre5, imprimé à Potsdam, dans lequel il proscrit la vertu et les remords, fait l'éloge des vices, invite son lecteur à tous les désordres, le tout sans mauvaise intention. Il y a dans son ouvrage mille traits de feu et pas une demi-page de raison ; ce sont des éclairs dans une nuit. Des gens sensés se sont avisés de lui remontrer rénormité de sa morale. Il a été tout étonné ; il ne savait pas ce qu'il avait écrit ; il écrira demain le contraire, si on veut. Dieu me garde de le prendre pour mon médecin ! il me donnerait du sublimé corrosif au lieu de rhubarbe, très innocemment et puis se mettrait à rire.

(1) V. plus haut, page 443, note 44.

(2) Maupertuis (169S-1759), savant français que Voltaire connaissait de longue date. (V. page 321 et la note 1.) Président de l'Académie de Berlin depuis 1740, il résidait dans cette ville depuis 1745. Il devait avoir avec Kœnig une retentissante querelle, dans laquelle Voltaire prit parti. (V. p. 498.)

(3) Quart de cercle. V Lex.

(4) La Mettrie (1709-1751), médecin et philosophe français, chassé de Hollande à cause de ses opinions matérialistes et réfugié en Prusse. Frédéric II le protégea et, après sa mort, écrivit son Eloge

(5) \Àhomme-machine, 1748.

le \ i»\ w;e EU Prusse is:*

Adieu, ma chère enfant, on veut donc jouer à Paris Rome sauvée ? mais... mais... Adieu ; je vous embrasse de tout mon cœur.

Envoi de « Rome sauvée ».

A Mme Denis.

A Berlin, au château, le 26 décembre 1750.

Je vous écris à côté d'un poêle, la tète pesante et le cœur triste, en jetant les yeux sur la rivière de la Sprée, parce que la Sprée tombe dans l'Elbe, l'Elbe dans la mer, et que la mer reçoit la Seine, et que notre maison de Paris est assez près de celte rivière de Seine ; et je dis : « Ma chère enfant, pourquoi suis-je dans ce palais, *ians ce cabinet qui donne sur cette Sprée, et non pas au coin de notre feu ? » Rien n'est plus beau que la décoration du palais du soleil dansPhaéton '. Mlle Astrua2 est la plus belle voix de l'Europe ; mais fallait-il vous quitter pour un gosier à roulades et pour un roi? Que j'ai de remords, ma chère enfant! que mon bonheur est empoisonné ! que la vie est courte ! qu'il est triste de chercher le bonheur loin de vous ! el que de remords si on le trouve !

Je suis à peine coiwalescent ; comment partir ? Le char d'Apollon s'embourberait dans les neiges détrempées de pluie qui couvrent, le Brandebourg. Attendez-moi, aimezmoi, recevea-môi, consolez-moi, et ne me grondez pas. Ma destinée est d'avoir affaire à Rome, de façon ou d'autre. Ne pouvant y aller, je vous envoie Rome en tragédie, par le courrier de Hambourg, telle que je l'ai retouchée; que cela serve du moins à amuser les douleurs communes de notre éloignement. J"ai bieiwpeur que vous ne soyez pas trop contente du rôle d'Aurélie. Vous autres femmes vous êtes accoutumées à être le premier mobile

(1) 11 existe vous ce nom un opéra de Quinault et de Lulli. Voltaire dit, ailleurs, que l'opéra en question est « un peu Phaèton travesti ». \2) Cantatrice italienne, morte on 1758.

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des tragédies, comme vous l'êtes de ce monde. Il faut que vous soyez amoureuses comme des folles, que vous fassiez des rivaux ; il faut qu'on vous adore, qu'on vous lue, qu'on vous regrette, qu'on se tue avec vous. Mais, mesdames, Cicéron et Caton ne sont pas galants; César et Catilina n'étaient pas gens à se tuer pour vous. Ma chère enfant, je veux que vous vous fassiez homme pour lire ma pièce. Envoyez prier l'ahbé d'Olivet de vous prêter son bonnet de nuit, sa robe de chambre, et son Cieéron et lisez Ruine sauvée dans cet équipage.

Pendant que vous vous arrangerez pour gouverner la république romaine sur le théâtre de Paris, et pour travestir en Caton et en Cicéron nos comédiens, je continuerai paisiblement à travailler au Siècle de Louis XIV, et je donnerai à mon aise les batailles de Nervinde * et d'Hochsledt. Variété, c'est ma devise. J'ai besoin de plus d'une consolation. Ce ne sont point les rois, ce sont les belles lettres qui la donnent.

Apologie.

A M. LE MARÉCHAL DUC DE RlCHELIEL 2.

A Berlin, le 31 août 1751.

Mon héros, un domestique de ma nièce m'apporta hier deux lettres de vous, qui m'ont fait tant de plaisir, qui m'ont pénétré de tant de reconnaissance, que moi, qui suis prime-saulier, comme dit Montaigne, je partirais surle-champ pour venir vous remercier, si je pouvais partir. Vous avez les mêmes bontés pour mes musulmans3 que

(1) Neryoinde, village des Pays-Bas. près de Liège, où Luxembourg battit Guillaume ifl, en 1093. — Hochstae&t, ville de Bavière, où Yiilars délit les Impériaux, en 1-703. L'année suivante, le prince Eugène et Marlborongli y furent vainqueurs à leur tour

(2) Armand do Pi.essis, duc de Richelieu i'1690-178S). petit neveu du cardinal, ami et protecteur de Voltaire, grand seigneur des plus brillants, mais des plus débauche^ On sait la part qu'il avait prise ;i la bataille de Fontenoy. (V. p. 397, note 3.)

(3) Richelieu voulait faire jouer Mahomet à Paris

LE \ i>\ V.GE L\ l'HUSSE 485

pour vos calvinistes des Cévennes. Dieu vous bénira d'avoir protégé la liberté de conscience.

Si vous permettez que je raisonne ici littérature avec vous, j'aurai l'honneur de vous dire que ma pièce aurait été bien reçue, courue, mise aux nues du temps de la Fronde. Heureusement, les conspirations sont passées de mode ; heureusement pour l'État s'entend, et très malheureusement pourde théâtre. Il n'y a guère que des jeunes gens et de belles dames bien mises, très françaises, et peu romaines, qui aillent à nos spectacles; il faut leur parler de ce qu'elles font, et sans amour point de salut. Je ne peux pas réformer ma nation, mais il faut dire pourtant à son honneur qu'il y a des ouvrages qui ont réussi sans être fondés sur une intrigue amoureuse. Je ne dis pas que ma Rome sauvée fût1 jouée aussi souvent que Zaïre; mais je crois que, si elle était bien représentée, les Français pourraient se piquer d'aimer Cicéron et César ; et je vous avoue que j'ai la faiblesse de penser qu'il y a dans cet ouvrage je ne sais quoi qui ressent- l'ancienne Rome. Je l'ai travaillé de mon mieux. Je n'entrerai ici dans aucune discussion, quoique j'en aie bien envie. J'ai envoyé ma Rome par milord Maréchal*., ancien conjuré d'Ecosse, tout propre à se charger de ma conspiration de Catilina ; vous en jugerez ; ainsi je laisse là tous les raisonnements que je voulais faire, et je m'en rapporte à vos lumières et à vos bontés.

J'aimerais bien mieux vous amuser, en vous envoyant quelques petits morceaux du Siècle de Louis XIV. C'est ce Siècle qui me prive à présent du bonheur de vous faire ma cour. J'ai commencé l'édition; je ne peux l'abandonner. Je travaille comme un bénédictin. Une édition du Siècle, une autre de mes anciennes sottises, qu'on réimprime et que je dirige ', des Rome sauvée à la traverse,

■Ti F>'i. v. Noirs graitun:, p. 9S5, V, 111,3°.

(2) Ressentir. V. Lex.

-13) Georges Keith, dit Milord Maréchal (1685-1778), avaii dû quitter l'Ecosse, sa patrie, après l'avènement de Georges I", contre lequel il avait cherché a taire proclamer Jacques II. II trouva un asile auprès de Frédéric.

(\) Le Siècle de Louis XIV fui en effel imprimé pour la première fois

i,M'. . voi.-r.ViAE

voyez si je peux quitter, et. si j'ai un instant dont je puisse disposer. Vous me direz que je suis un franc pédant, et vous aurez raison; mais il ne faut jamais abandonner ce qu'on a commencé, et peut-être ne serezvous p<ts fâché de voir mon Siècle.

Dites-moi, je vous en prie, monseigneur, si je me trompe l. J'ai pensé qu'il était fort difficile de faire imprimer dans son pays l'histoire de son pays. M. d'Aguesseau2 tyrannisait la littérature quand je quittai Paris; et vous sentez bien qu'il n'y avait pas un petit censeur de livres qui ne se fût fait un mérite et un devoir de mutiler mon ouvrage, ou de le supprimer. Vous ne savez pas la centième partie des tribulations que j'a'r éprouvées de la part de mes chers confrères les gens de lettres, et de ceux qui se mettent à persécute]- quand on n'implore pas leur protection.

Je vous avouerai encore ingénument que j'avais le malheur de déplaire beaucoup à Boycr3, frèsvénérable d'ailleurs, mai> qui a très peu chrétiennement donné d'assez méchantes idées de mon style à Monsieur le Dauphin et à Madame la Dauphine. Je vous écrirais sur tout cela des volumes, si je voulais, ou plutôt si vous vouliez; mais venons à mon Siècle. Je me suis constitué, de mon autorité privée, juge des rois, des généraux, des parlements, de L'Église, des sectes qui la partagent : voilà ma charge. Tout barbouilleur de papier qui se fait historien, en use ainsi. Ajoutez à ce fardeau celui d'être obligé de rapporter des anecdotes très délicates qu'on ne peut supprimer.

Comment imprimer à Paris tout ce qui regarde Mme de Montespan, et Mme de Maintenon, et son mariage ? Il faut pourtant ou renoncer à l'histoire, ou ne rien supprimer

à Berlin et»une nouvelle édition des (ouvres de Voltaire allait paraître en sept vol. in-12, à Dresde, chez Walter, en 1752.

(1) Voltaire aborde le point délicat. Il lui faut se justifier de sa présence à Berlin. 11 choisit pour arbitre le maréchal de Richelieu, son héros, dont il sait l'ascendant à la cour et sur l'opinion. On remarquera le ton de cette apologie.

(2) Henri- François d'Aguesseau (1668-1751), magistrat célèbre par son éloquence et son caractère, garde des sceaux.

{3)Boyer. V plus haut. p. 339. note 1.

f,E VOYAGE E>T PRCSSB 187

des faits, il faut faire sentir ce que les suites très mal ménagées «le la Révocation de l'édit de Nantes ont coûté à la France ; il faut avouer la mauvaise condition du ministère dans la guerre de 1701. J'ai dû et j'ai osé remplir Ions ces devoirs, peut-être dangereux; mais, en disant ainsi la vérité, j'ose me flatter jusqu'à présent (car je peux me tromper,) que. j'ai élevé à la gloire de Louis XIV un monument plus durable que toutes les flatteries dont il a été accablé pendant sa vie. On a fait beaucoup d'histoires de lui ; peut-être ne le trouvera-t-on véritablement grand que dans la mienne.

\ ous dirai-je encore que j'ai poussé l' Histoire du Siècle jusqu'au temps présent, dans un Tableau raccourci de VEurope, depuis la paix d'Utrecht jusquen 1750 ? Vous dirai-je que j'ai peint le cardinal de Fleury comme je crois, en ma conscience, qu'il doit l'être ? Vous sentez que tout cela est à vue d'oiseau l, presque point de détails ; j'ai voulu seulement montrer comme on a, ou suivi, ou changé les Mies dé Louis XIV, perfectionné ce qu'il avait établi, on réparé les malheurs qu'il avait essuyés sur la fin de sa vie ; et, comme j'ai commencé son Siècle par un portrait de l'Europe, je le finis de même.

Aucun contemporain vivant n'est nommé, excepté vous et M. le maréchal de Bclle-lsle, mais sans aucune affectation. Encore une fois, je peux me tromper; mais je me flatte que, si le roi avait le temps de lire cet ouvrage, il n'en serait pas mécontent.

Enfin, malgré tous mes soins et malgré celui de plaire, la nature de l'ouvrage est telle que, malgré mon zèle pour ma patrie, j'ai cru devoir imprimer cette histoire en pays étranger. Un historiographe2 de France ne vaudra jamais rien en France.

J'ajouterai encore que peut-être les éloges que je donne à ma patrie acquerront plus de poids lorsque je serai loin d'elle, et que ce qui passerait pour adulation, s'il était

■ (î) A vue d'oiseau. V. Lex.

(2) Voltaire disait lui-même que le titre d'historiographe était fort différent de celui d'historien.

d'abord imprimé à Paris, passera seulement pour vérité quand il sera dit ailleurs.

S'il arrivait, après tous les ménagements et toutes les précautions possibles, que je parusse trop libre en France, jugez alors si ma retraite en Prusse n'aura pas été heureuse; mais je me flatte de ne point déplaire, surtout après avoir sondé les esprits et préparé l'opinion publique par le commencement de cet Essai, sur Louis XIV, et par les anecdotes où je dis des choses très fortes, et où je n'ai nullement ménagé la conduite inexcusable du Parlement dans la régence d'Anne d'Autriche.

Je vais actuellement répondre à la question que vous me faites, pourquoi je suis en Prusse £ ; et je répondrai avec la même vérité que j'écris l'histoire, dussent tous les commis de toutes les postes ouvrir ma lettre.

J'étais parti pour aller faire ma cour au roi de Prusse,, comptant ensuite voir l'Italie, et revenir après avoir fait imprimer le Siècle de Louis XIV en Hollande2, J'arrive à Potsdam : les grands yeux bleus du uoi, et son doux sourire, et sa voix de sirène, ses cinq batailles 3, son goût extrême pour la retraite et pour l'occupation, et pour les vers et pour la prose, enfin des bontés à tourner la tète, une conversation délicieuse, de )a liberté, l'oubli de la royauté dans le commerce, mille attentions qui seraient séduisantes dans un particulier, tout cela me renverse la cervelle. Je me donne à lui par passion, par aveuglement, et sans raisonner. Je m'imagine que je suis dans une province de France. 11 me demande au roi son frère ', et je crois que le roi son frère le trouvera fort bon. Je vous le jure, comme si j'allais mourir, il ne m'est pas entré dans la tèle que ni le roi, ni Mine de Pompadour prissent seuil) On . voil que Richelieu lui-même s était' f;iit l'interprète d'une partie du public, qui ne comprenait. pas que Voltaire se fût installé a Berlin.

(2) Malgré la protestation que Voltaire vient de faire, de répondre avec la même vérité qu'il écrit l'histoire, on est obligé de reconnaître qu'il arrange ici les faits pour le besoin de la cause.

(3) Mollwitz, 10 avril 17i0 ; Chotusitz, 10 mai 1742; Friedberg, 4 juin 1745; Sorr, 30 septembre 1745; Kesseldorf, 12 décembre 1745.

(4) Le roi de France, le* rois s'appelant entre eux frères ou cousins.

lement garde à moi, et qu'ils pussent être piqués le moins du monde. Je me disais : « Qu'importe à un roi de France un atome comme moi de plus ou de moins? » J'étais en France harcelé, ballotté, persécuté depuis trente ans. Je me trouve ici tranquille ; je mène une vie entièrement convenable à ma mauvaise santé ; j'ai tout mon temps à moi, nul devoir à rendre ; le roi me laisse dîner toujours dans ma chambre, et souvent y souper. Voilà comme je vis depuis un an; et je vous avoue que, sans l'envie extrême de venir vous faire ma cour, qui me trouble sans cesse, et sans une nièce que j'aime de tout mon cœur, je serais trop heureux.

Il serait impertinent à moi de vous parler si longtemps de moi-même, si vous ne me l'aviez ordonné ; ainsi, encore un petit mot, je vous en prie. Vous me demandez pourquoi j'ai pris la clef de chambellan, la croix, et vingt mille francs de pension ? Parce que je croyais alors que ma nièce viendrait s'établir avec moi; elle y était toute préparée '• ; mais la vie de Potsdam. qui est délicieuse pour moi, serait affreuse pour une femme ; ainsi me voilà malheureux dans mon bonheur, chose fort ordinaire à nous autres hommes. Mais, ce qui augmente à la fois mon bonheur, ma sensibilité et mes regrets, ce qui me ravit et ce qui me déchire, c'est cette bonté avec laquelle vous daignez entrer dans mes erreurs et dans mes misères. Vous me dites que vous devenez vieux : vous ne le serez jamais ; la nature vous a donné ce feu avec lequel on ne sent jamais la langueur de l'âge. C'est moi, indigne, qui le suis devenu terriblement, et j'ai bien peur d'être dans peu hors d'état de profiler des charmes des rois et des maréchaux de Richelieu. Il faut au moins avoir des jambes pour marcher, et des dents pour parler. Le roi de Prusse tn'assure qu'il me trouvera fort bien sans dents ; mais voyez la belle conversation quand on ne peut plus articuler! On meurt ainsi en détail, après avoir vu mourir presque tous ses .uni-, et le songe pénible de la vie est bientôt fini.

1 G est beaucoup dire.

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L'orange etl'écorce.

A Mme Denis.

A Berlin, le 2 septembre 1761,

J'ai encore Je temps, ma chère enfant, de vous envoyer un nouveau paquet. Vous y trouverez une lettre de La Meltrie pour M. le maréchal de Richelieu: jl implore sa protection. Tout lecteur qu'il est du roi de Prusse, il brûle de retourner en France. Cet homme si gai, et qui passe pour rire de tout, pleure quelquefois comme un enfant d'être ici. Il me conjure d'engager M. de Richelieu à lui obtenir sa grâce1. En vérité, il ne faut jurer de rien sur l'apparence. La Meltrie, dans ses préfaces, vante son extrême félicité d'être auprès d'un grand roi qui lui lit quelquefois ses vers, et en secret il pleure avec moi. Il voudrait s'en retourner à pied; mais moi !... pourquoi suis-je ici ? Je vais bien vous étonner.

Ce La Mellrie est un homme sans conséquence qui cause familièrement avec le roi, après la lecture. Il me parle avec confiance ; il m'a juré que en parlant au roi, ces jours passés, de ma prétendue faveur et de l'a petite jalousie qu'elle excite, le roi lui avait répondu : « J'aurai besoin de lui encore un an, tout au plus; on presse l'orange, et on en jette l'écorce*. »

Je me suis fait répéter ces douces paroles; j'ai redoublé mes interrogations ; il a redoublé ses serments. Le croirez-vous ? dois-je le croire ? Cela est-il possible? Quoi ! après seize ans de bontés, d'offres, de promesses ; après

(1) La Mettrie avait été banni de France pour avoir écrit contre les médecins. (V. plus haut, p. 482, n. 4.)

(2) Ce n'était pas la première lois que Frédéric s'exprimait durement sur son hôte. Au mois de janvier, Voltaire avait eu un procès avec le banquier Hirsch. Le roi écrivait à ce propos à sa sœur, la- margrave de Bayreuth : « Vous me demandez ce que c'est que le procès de Voltaire avec un juif. C'est l'affaire d'un fripon, qui veut tromper un filou... .l'attends que cette affaire soit finie pour lui laver la tête et pour voir si, h l'âge de cinquante-six ans, on ne pourra pas le rendre, sinon raisonnable du moins moins fripon » (22 janvier 1751).

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la lettre ' qu'il a voulu que vous gardassiez comme un gage inviolable de sa parole ! et dans quel temps encore, s'il vous plaît ? Dans le temps que je lui sacrifie tout pour le servir, que non seulement je corrige ses ouvrages, mais que je lui fais à la marge une rhétorique, une poétique suivie, composée de toutes les réflexions que je fais sur les propriétés de notre langue, à l'occasion des petites fautes que je peux remarquer; ne cherchant qu'à aider son génie, qu'à l'éclairer et qu'à le mettre en étal de se passer en erïVl de mes soins.

.le me faisais assurément un plaisir et une gloire de cultiver son génie ; tout servait à mon illusion. Un roi qui a gagné des batailles et des provinces, un roi du Nord qui a l'ait des vers en notre langue, un roi enfin que je n'avais pas cherché, et qui me disait qu'il m'aimait, pourquoi- m'aurait-il fait tant d'avances ? Je m'y perds ! je n'y conçois rien. J'ai fait ce que j'ai pu pour ne point croire La Met trie.

Je ne sais pourtant. En relisant ses vers, je suis tombé sur une épître à un peintre nommé Pesne, qui est à lui 2 ; en voici les premiers vers :

« Quel spectacle étonnant vient de frapper nies yeux ! Cher Pesne, ton pinceau te place au rang des dieux. »

Ce Pesne est un homme qu'il ne regarde pas. Cependant c'est le cher Pesne, c'est un dieu. Il pourrait bien en être autant de moi, c'est-à-dire pas grand'chose. Peut-être que dans tout ce qu'il écrit, son esprit seul le conduit, et le cœur est bien loin. Peut-être que toutes ces lettres, où il me prodiguait des bontés si vives et si touchantes, ne voulaient rien dire du tout.

Voilà de terribles armes que je vous donne contre moi. Je serais bien condamné d'avoir succombé à tant de

(l)Celle du 23-août 1750 (Voir p. 47S, la lettre du 13 octobre 1750 et la note 4L

[2] Antoine Pesne, membre de l'Académie française de peinture, né à Paris en 1683, mort à Berlin en 1757. Il était neveu du célèbre graveur Jean Pesne(lG23-170Û).

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caresses. Vous me prendriez pour M. Jourdain1, qui disait : (i Puis*-je rien refuser à un seigneur de la cour qui m'appelle son cher ami? » Mais je vous répondrai : « C'est un roi raisonnable. »

Vous imaginez bien quelles réflexions, quel retour, quel embarras, et, pour tout dire, quel ch-agrin l'aveu de La Mettrie l'ait naître. Vous m'allez dire : « Partez »; mais moi je ne peux pas dire : « Partons. » Quand on a commencé quelque chose, il faut le finir ; et j'ai deux éditions- sur les bras, et des engagements pris pour quelques moi». "Je suis en presse de tous côtés. Que faire? Ignorer que La Mettrie m'ait parlé, ne me confier qu'à vous, tout oublier, et attendre. Vous serez sûrement ma consolai ion. Je ne dirai point de vous : « Elle m'a trompé en me jurant qu'elle m'aimait. » Quand vous seriez reine, vous seriez sincère.

Mandez-moi, je vous en prie, fort au long, tout ce que vous pensez par le premier courrier qu'on dépêchera à milord Tyrconnell.

Envoi du « Siècle de Louis XIV ».

A Mme Denis.

A Potsdam, le 24 décembre 1751.

Je ne vous écris plus, ma chère enfant, que par des courriers extraordinaires, et pour cause3. Celui-ci vous remettra six exemplaires complets du Siècle de Louis XIV, corrigés à la main. Point de privilège, s'il vous plaît ; on se moquerait de moi. Un privilège n'est qu'une permission de flatter, scellée en cire jaune. Il ne faudrait qu'un privilège et une approbation pour décrier mon ouït) M. Faguet (Dix-huitième siècle, Etudes littéraires), compare un peu irrévérencieusement Voltaire au Bourgeois gentilhomme. Il est piquant que l'idée de ce rapprochement soit venue à Voltaire luimême.

1.2) V. plus haut, p. 485 et la note 4. (3) Frédéric ouvrait les lettres échangées entre Voltaire et sa nièce.

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vrage. Je n'ai fait la cour qu'à la vérité, je ne dédie le livre qu'à elle. L'approbation qu'il nie faut est celle des honnêtes gens et des lecteurs désintéressés.

Est-il possible qu'on crie toujours contre moi dans Paris, et qu'on me prenne pour un déserteur qui est allé servir en Prusse? je vous répète que cette clef de chambellan, que je ne porte jamais, n'est qu'un bénéfice simple; que'je n'ai point de serment; que ma croix est un joujou auquel je préfère mou écritoire ; en un mot, je ne suis point naturalisé Vandale, et j'ose croire que ceux qui liront l'Histoire de Louis XIV verront bien que je suis Français '. Cela est étrange qu'on ne puisse avoir un titre inutile chez un roi de Prusse, qui aime les belles-lettres, sans soulever nos compatriotes ! Je désire plus mon retour que ceux qui me condamnent de na'ètre en allé, et vous savez que ce ne sera pas pour eux que je reviendrai. Le Meunier, son fils el Vdne- n'ont pas essuyé plus de contradictions que moi.

On voit de loin les objets bien autrement qu'ils ne sont. Je reçois des lettres de moines qui veulent quitter leur couvent pour venir auprès du roi de Prusse, parce qu'ils ont fait quatre vers français. Des gens que je n'ai jamais connus m'écrivent : « Comme vous êtes l'ami du roi de Prusse, je vous prie de faire ma fortune. » Un autre m'envoie un paquet de rêveries ; il me mande qu'il a trouvé la pierre philosophale3, et qu'il ne veut dire son secret qu'au roi. Je lui renvoie son paquet, et je lui mande que c'est le roi qui a la pierre philosophale. D'autres, qui vivaient avec moi dans la plus parfaite indifférence,me reprochent tendrement d'avoirquiltémesamis. Ma chère enfant, il n'y a que vos lettres qui me plaisent et qui me consolent, elles font le charme de ma vie.

(1) En effet, cet ouvrage est pour son auteur la meilleure garantie,

(2) La Fomaine, livre III, fable i.

(3) V. Lcx.

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Présentation du « Siècle de Louis XIV ».

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