CHAPITRE II
Les débuts de Voltaire sous la Régence (1715-1719) Œdipe (18 novembre 1718).
Le 1" septembre 1715, Louis X.IV mourait, âge de soixantedix-sept uns. Sa disparition fut le signal d'une véritable effervescence des esprits et des nm'urs. l>ans cette orgie, les fêtes du Temple battaient leur plein el Voltaire y tenait joyeusement sa place.
Exil à Sully-sur-Loire. — Parmi les nombreuses pièces satiriques lancées contre Je Régent, dont les mesura prêtaient à la médisance une riche matière, deux, petites pièces coururent sous le nom d'Arouet '. Le duc d'Orléans aurait volontiers laissé dire. On lui lit comprendre la nécessité de sévir. 11 se contenta d'éloigner le poète de Paris. Sa première intention fut de le reléguer à Tulle, niais il accorda à la demande du père que son fils lut exilé à Sully-sur-Loire, « où il a, dit l'ordonnance, quelques parents dont les instructions elles exemples pourront corriger son imprudence et tempérer sa vivacité2 ».
Arouet fut l'hôte du duc de Sully lui-même. Ce seigneur était un habitué de la société du Temple, où il avait été introduit par son oncle l'abbé Servien, et où il avait pu apprécier notre jeune poète. « M. Ue Sully, dit le président llénault 3, était un homme aimable qui se ressentait d'avoir vécu avec des gens
(1) Il lès a toujours répudiées, mais son ami Cideville ne les lui attribue pas moins. Elles ont été réunies à ses œuvres. (Voltaire, éd. Beuchot, t. XIV, pp. 317, 318.)
(2) Revue rétrospective, 1S34 (t. II, p. 123), citée par DesnojRETEKRES, ii La Jeunesse de Voltaire »,
(3) Mémoires, p. 86.
d'esprit, comme un flacon où il y a eu de l'eau de Luce s'en ressent. » Il avait su s'arracher à la frivolité «le son milieu pour Ugurer brillamment auv combats de Victoria, de Luzzara, de Cassa no, pendant la guerre de la Succession d'Espagne. En 1712, parla mort de son frère aine, il héritait, à quarante-trois ans, du nom et des grands biens de la famille. Pour le moment il ne songeait qu'à se divertir.
Arouet ne s'ennuya pas à Sully, où il payait son écot en petits vêts, vu saillies, en bonne humeur, sans préjudice de la corresponifea.ee avec ses amis. Les lettres suivantes le montrent faisant les honneurs de sou esprit soit aux dames, soit aux poètes à la mode, qu'il proclame ses maîtres.
Un exil agréable.
A Mme la mauolisi-: lu: Mimkuke '.