A M. DE LA FAYE
La Faye, ami de tout le monde, Qui savez le secret charmant
(1) Voir plus haut, p. 6.
(2) Le prince de Vendôme, grand prieur de France.
(3) Fils du célèbre Bussy-Rabutin, fut évêque de Lu<;on et membre de l'Académie Irançaise.
(4) Œdipe, qui devait être joué en 1718.
(5) La Faye (1674-1730), poète aimable, avait écrit une épître sur les
De réjouir également Le philosophe, l'ignorant, Le galant à perruque blonde; Vous qui rimez comme Ferrand, Des madrigaux, des épigrammes, Qui chantez d'amoureuses flammes Sur votre luth tendre et galant ; Et qui même assez hardiment Osâtes prendre votre place Auprès de Malherbe et d'Horace, Quand vous alliez sur le Parnasse Par le café de la Laurent '.
Je voudrais bien aller aussi au Parnasse, moi qui vous parle ; j'aime les vers à la fureur ; mais j'ai un petit malheur, c'est que j'en fais de détestables ; et j'ai le plaisir de jeter tous les soirs au feu tout ce que j'ai barbouillé dans la journée.
Parfois je lis une belle strophe dé votre ami M. de La Motte2, et puis je me dis tout bas : « Petit misérable, quand feras-tu quelque chose d'aussi bien? » Le moment d'après, c'est une strophe peu harmonieuse et un peu obscure, et je me dis : « Garde-toi d'en faire autant. » Je tombe sur un psaume ou sur une épigramme ordurière de Rousseau3 ; cela éveille mon odorat ; je veux lire ses autres ouvrages, mais le livre me tombe des mains. Je vois des comédies à la glace, des opéras fort au-dessous de ceux de l'abbé Pic, une épître au comte d'Ayen qui est à faire vomir, un petit voyage de Rouen fort insipide, une ode à M. Duché fort au-dessous de tout cela; mais, ce qui mè révolte et ce qui m'indigne, c'est le mauvais cœur qui perce à chaque ligne. J'ai lu son épître à Marot, où il y a de très beaux morceaux ; mais je crois y voir plutôt un enragé qu'un
Avantages de la rime, en réponse à Houdard de. La Motte, qui avait prétendu que la tragédie gagnerait à s'exprimer en prose.
(1) Café où se réunissaient gens de lettres et artistes, nie Dauphine, au coin de la rue Christine.
(2) Houdard de La Motte, V. 575, n. 3.
(3) On verra un peu plus loin, p. 44, en quels termes bien différents le jeune Arouet s'adresse à Rousseau lui-même.