‹ Œuvres choisiesChapitre 156 sur 199 · CHAPITRE IV Jeannot et Colin. L'homme aux quarante écus · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Jeannot et Colin. L'homme aux quarante écus

Nous réunissons dans ce chapitre les extraits de deux petits ouvrages publiés à quatre ans de distance : Jeannot el Colin, V Homme aux quarante écus

Ce qui leur est commun^x'est le ton plaisant et badin dans lequel Voltaire excellait. « Je me suis mis à être un peu gai, écrivait-il, parce qu'on m'a dit que cela est bon pour la santé '. »

L'histoire de Jeannot el Colin (1764), est un petit récit moral, des plus édifiants. La malice de l'auteur y est toute souriante et cemme désarmée. On y voit deux amis de collège, un instant séparés par les préjugés sociaux, fruit d'une fortune trop rapidement acquise, bientôt réunis par l'écroulement subil de cette même fortune et par la générosité de celui des deux qui était resté un travailleur modeste et utile. Bien que contenant quelques traits particuliers à l'époque, cette leçon est de tous les temps. --

L'homme aux quarante écus (176S) est un ouvrage plus important et plus complexe, écrit « dans un moment d'humeur 2 ... Une foule de systèmes venaient d'éclore sur l'agriculture et l'économie politique, deux matières auxquelles Voltaire s '«intéressai! vivement, car il estimait qu'il en est peu qui touchent d'aussi près au bonheur des hommes. Impatienté de voir l'esprit de système s'introduire dans des recherches qui exigent surtout de l'expérience, de l'observation et du bon sens, il écrivit celte fantaisie, qui est beaucoup moins un roman qu'une suite de propos, souvent peu liés, sur des questions de finances, d'impôts, de gouvernement, de science aussi et de religion, voire de littérature, et même d'hygiène... Dans un cadre commode il fait entrer toutes sortes d'objets, les uns sérieux, d'autres plaisants.

Il suppose un homme dont la propriété pourrait l'apporter 40 ifus, soit 120 livres, il le met en scène avec son caractère naïf et raisonneur. Il lui fait rechercher el dire ce qu'il pourra devenir avec les différents systèmes que l'on propose. Sa conversation avec le géomètre sur les conditions moyennes de la fortune et de la vie humaine est aussi vive et gaie dans la forme que sombre et douloureuse pour le fond. Les aventures se succèdent. Notre homme se rencontre avec un carme, il obtient une audience de M. le Coritrô-

(1) Lettre à l'abbé Trublet, 27 avril 1761. V. plus bas, p. 832.

(2) Avertissement des éditeurs de l'édition de Kehl

Page 1