‹ Œuvres choisiesChapitre 41 sur 199 · ZAÏRE, NÉRESTAN · texte numérisé non relu

ZAÏRE, NÉRESTAN

NÉRESTAN

•Ma sœur, je puis donc vous parler; Ah! dans quel temps le ciel nous voulut rassembler! 770 Vous ne reverrez plus un trop malheureux père.

ZAÏRE

Dieu ! Lusignan ?...

NÉRESTAN

Il touche à son heure dernière.

Sa joie, en vous voyant, par de trop grands efforts,

ZAÏRE 153

De ses sens affaiblis a rompu les ressorts * ;

Et celte émotion, dont son âme est remplie, 775

A bientôt épuisé les sources de sa vie.

.Mais, pour comble d'horreurs, à ses derniers moments,

Il doute de sa fille et de ses sentiments;

11 meurt dans l'amertume, et son âme incertaine

Demande en soupirant si vous êtes chrétienne. 780

ZAÏRE

Quoi! je suis votre sœur, et vous pouvez penser Qu'à mon sang, à ma loi j'aille ici renoncer?

RÉRKSTAN

Ah! ma sœur! cette loi n'est pas la vôtre encore;

Le jour qui vous éclaire est pour vous à l'aurore;

Vous n'avez point reçu ce gage précieux 785

Qui nous lave du crime, et nous ouvre les cieux2.

Jurez par nos malheurs, et par votre famille,

Par ces martyrs sacrés de qui vous êtes fille,

Que vous voulez ici recevoir aujourd'hui

Le sceau du Dieu vivant qui nous attache à lui. 790

ZAÏIÏE

Oui, je jure en vos mains, par ce Dieu que j'adore, Par sa loi que je cherche, et que mon cœur ignore, De vivre désormais sous cette sainte loi... Mais, mon cher frère... hélas! que veut-elle de moi? Que faut-il?

NÉRESTAW

Détester l'empire de vos maîtres, 795

Servir, aimer ce Dieu qu'ont aimé nos ancêtres, Qui, né près de ces murs, est mort ici pour nous, Qui nous a rassemblés, qui m'a conduit vers vous. Est-ce à moi d'en parler? Moins instruit que fidèle, Je ne suis qu'un soldat, et je n'ai que du zèle. 800

Un pontife sacré viendra jusqu'en ces lieux Vous apporter la \ie, el dessiller vos yeux.

I Ressorts. V. Lex.

(2) Périphrase pour désigner le baptême.

Songez à vos serments et que l l'eau du baptême

Ne vous apporte point la mort et l'anathème.

Obtenez qu'avec lui 2 je puisse revenir. 805

Mais à quel litre, ô ciel I faut-il donc l'obtenir?

A qui le demander dans ce sérail profane?...

Vous, le sang de vingt rois, esclave d'Orosmane !

Parente de Louis, fille de Lusignan !

Vous chrétienne, et ma sœur, esclave d'un Soudan ! 810

Vous m'entendez... je n'ose en dire davantage :

Dieu, nous réserviez-vous à ce dernier outrage?

ZAÏUE

Ah ! cruel ! poursuivez ; vous ne connaissez pas

Mon secret, mes tourments, mes vœux, mes attentats.

Mon frère, ayez pitié d'une sœur égarée, 815

Qui brûle, qui gémit, qui meurt désespérée.

Je suis chrétienne, hélas!... j'attends avec ardeur

Cette eau sainte, cette eau qui peut guérir mon cœur.

Nou, je ne serai point indigne de mon frère,

De À\es aïeux, de moi, de mon malheureux père. 820

Mais parlez à Zaïre, et ne lui cachez rien ;

Dites... quelle est la loi de l'empire chrétien?...

Quel est le châtiment pour une infortunée

Qui, loin de ses parents, aux fers abandonnée,

Trouvant chez un barbare un généraux appui, 82o

Aurait louché son âme, et s'unirait à lui?

1SÉRESTAN

O ciel! que dites-vous? Ah! la mort la plus prompte Devrait...

ZAÏUE

C'en est assez ; frappe, et préviens la bonté. NÉHE6TAH

Qui ? vous? ma sieur !

(1) Que, ne dépend pas de songez. La phrase exprime un souhait, une recommandation.

(2) Lui désigne le pontife. Obtenez, sans complément, parait un peu vague. Mais quand Nérestan cherche à préciser sa pensée, il rougit pour sa sœur.

ZAÏRE 15

zaïhi:

C'est moi que je viens d'accuser.

Orosmane m'adore... et j'allais l'épouser1. £30

NÉRESTAN

L'épouser! est-il vrai, ma sœur? est-ce vous-même ? Vous, la fille des rois?

ZAÏRE

Frappe, dis-je; je l'aime.

Page 1