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DISCOURS EN VËKS SUR L'HOMME

Un avertissement de l'édition de 1748 donne la date de composition de ces discours et montre le lien qui les réunit :

« Les trois premiers sont de l'année 1734; les quatre derniers 3 de l'année 1737.

Le premier prouve l'égalité des conditions, c'est-à-dire qu'il y a dans chaque profession une mesure de biens et de maux qui les rend toutes égales;

Le second, que l'homme est libre, et qu'ainsi c'est à lui à faire son bonheur;

(1) Rameau (1683-1764), compositeur français, auteur d'un grand nombre d'opéras. Il a réalisé une révolution dans la musique de son temps. Voltaire est le premier qui lui ait confié un poème, l'opéra de Stewjson, 1731.

(2) Huet (1630-1721), évêque d'Avranches en 1689, érudit qui dirigea la collection des classiques Ad asum Delphini — Calmet (1672-1757), bénédictin érudit, auteur de savantes recherches sur la Bible.

(3) Ils ne parurent qu'en 1738. Les deux premiers portaient le titre d'Epitres sur le bonheur. Tous ces discours furent l'un après l'autre adressés à Frédéric.

Le troisième, que le plus grand obstacle au bonheur est l'envie ;

Le quatrième, que, pour être heureux, il faut être modéré en tout ;

Le cinquième, que le plaisir vient de Dieu;

Le sixième, que le bonheur parfait ne peut être le partage de l'homme en ce monde, et que l'homme n'a point à se plaindre de son état;

Le septième, que la vertu consiste à faire du bien à ses semblables, et non pas dans de vaines pratiques de mortification. »

PREMIER D1SCOUUS

De l'égalité des conditions.

h bien ! jeune Herniotime, en province

[élevé, Avec un cœur tout neuf à Paris

[arrivé, Tu ne sais pas encor quel parti tu [dois suivre ?

Tu voudrais des leçons sur le grand [art de vivre ; 11 faut prendre un état. Incertain [dans tes vœux, 5 Tu veux choisir, dis-tu, le sort le plus heureux: Mais ce sort, quel est-il ? Tu ne sais.Tupeux être Magistrat, financier, courtisan, guerrier, prêtre. Ton goût doit décider ; cl* n'est pas ton emploi Ouidoit te rendre heureux, ce bonheur est dans toi. 10 Les états sont égaux, mais les hommesditlerent *... Sur les énormes tours de notre Observatoire, 45

Lu jour, en consultant leur céleste grimoire, Des enfants d'Uranie un essaim curieux, D'un tube de cent pieds braqué contre les cieux, Observait les secrets du monde planétaire. Un rustre s'écria . « Ces sorciers oïd beau faire, 50 Les astres sont pour nous aussi bien que pour eux. » Un tu peut dire autant du secret d'être heureux: Le simple, l'ignorant, pourvu d'un instinct sage

Hérodv et Marianne,

(1) La forme de ce début a été plusieurs fois remaniée : nous donnons ici la première leçon.

En est tout aussi près au fond de son village

Que le fat important qui pense le tenir, 55

Et le triste savant qui croit le définir.

On dit qu'avant la boîte apportée à Pandore

Nous étions tous égaux ; nous le sommes encore.

Avoir les mêmes droits à la félicite,

C'est pour nous la parfaite et seule égalité. 60

Vois-tu dans ces vallons ces enclaves champêtres

Qui creusent ces rochers, qui vont fendre ces hêtres,

Qui détournent ces eaux, qui, la bêche à la main,

Fertilisent la terre en déchirant son sein ?

Ils ne sont point formés sur le brillant modèle 65

De ces pasteurs galants qu'a chantés Fontenelle ' :

Ce n'est point Timaretle et le tendre Tyrcis,

De roses couronnés, sous des myrtes assis,

Entrelaçant leurs noms sur 1'écorce des chênes,

Vanlant avec esprit leurs plaisirs et leurs peines : 70

C'est Pierrot, c'est Colin, dont le bras vigoureux

Soulève un char tremblant dans un fossé bourbeux ;

Perrette au point du jour est aux champs la première.

Je les vois, haletants et couverts de poussière,

Braver, dans ces travaux chaque jour répétés, 75

Et le froid des hivers, et le feu des étés.

Ils chantent cependant ; leur voix fausse et rustique

Gaîmentde Pellegrin détonne un vieux cantique 2.

La paix, le doux sommeil, la force, la santé

Sont le fruit de leur peine et de leur pauvreté. 80

Si Colin voit Paris, ce fracas de merveilles,

Sans rien dire à son cœur, assourdit ses oreilles :

11 ne désire point les plaisirs turbulents.

11 ne les conçoit pas ; il regrette ses champs... :i

(1) Allusion aux Eglogues, qui sont la partie la plus faible de l'u'uvre de Fontenelle. V. p. 180, n. 1.

(2) L'abbé Pellegrin avait fait sur des airs du Pont-Neuf, des cantiques qui étaient chantés à la campagne et dans des couvents de province. — Détonner. V. Lex.

(3) Cette peinture simple et naturelle des paysans est une heureuse réaction contre les conventionnelles paysanneries du dix-huitième siècle.

La joie est passagère et le rire est trompeur. 151

Hélas ! où donc chercher, où trouver le bonheur?

En tous lieux, en tous lemps, dans toute la nature,

Nulle part tout entier, partout 'avec mesure,

Et partout passager,- hors dans son seul auteur. 155

... Le Ciel, en nous formant, mélangea notre vie 10 1

De désirs, de dégoûts, de raison, de folie,

De moments de plaisirs et de jours de tourments :

De notre être imparfait voilà les éléments ; [ce, 165

Ils composent tout l'homme, ils forment son essen-

Et Dieu nous pesa tous dans la même balance l.

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