‹ Œuvres choisiesChapitre 87 sur 199 · OI.T \ I III · texte numérisé non relu

OI.T \ I III

voir gré de son zèle pour faire servir aux intérêts de la France l'amitié dont l'honorait le Salomon du Nord?

Les lettres au président Ilénault, académicien, lecteur de la reine et ami de Mme du Deffand, relèvent encore de la diplomatie. On y voit avec quel art on dose des compliments entre gens de lettres, quand il s'agit de se ménager l'amitié d'une puissance.

Cependant lalongue patience de Voltaire est récompensée; ses amis, les frères-d'Argenson, entrent au ministère : le marquis remplace M. Amelot aux Affaires étrangères, le comte obtient le portefeuille de la Guerre. Tout de suite Voltaire devient leur collaborateur, bientôt il est investi de la fonction d'historiographe et au même moment, par une coïncidence des plus heureuses, l'armée française remporte la victoire de Fonlenoy. Voltaire ne perd pas l'occasion; il « embouche la trompette ». 11 travaille « moins en poète qu'en bon citoyen ».

On applaudit à ces vers, qui célèbrent un autre roi que le roi de Prusse. L'auteur de la Hehriade a retrouvé une inspiration nationale.

Enfin le voici à l'Académie. Au lieu du discours banal que . l'on entendait presque toujours, il présente à ses nouveaux confrères des considérations des plus intéressantes sur la langue française et sur les titres qui la recommandent aux nations étrangères. Effectivement, à partir de celte époque, notre langue devint une langue universelle et personne peut-être n'y contribua plus que Voltaire.

Humble démarche de candidat.

\ M ***, de l'Académie khançaise *.

Mars 1743.

'ai l'honneur de vous envoyer les premières feuilles d'une seconde édition des Eléments de Newton, dans lesquelles j'ai donné un extrait de sa métaphysique, .le vous adresse cet hommage connue à lin juge de la vérité. Vous

J verrez que Newton était, de tous les philosophes, le plus persuadé de l'èxis-

L Enfant prodigue, 1738

lence de Dieu et que j'ai eu raison de dire qu'un pa- (1) Cette lettre était elle adressée à l'abbé de Rotbelin, ou à l'arche

téchisle iiniiotice Dieu aux enfants, et qu'un Newton le démontre aux sages.

Je compte dans quelque temps avoir l'honneur de vous présenter l'édition complète qu'on commence du peu d'ouvrages qui sont véritablement de moi. Vous verrez partout, monsieur, le caractère d'un bon citoyen. C'est par là seulement que je mérite votre suffrage, et je soumets le reste à votre critique éclairée. J'ai entendu de votre bouche, avec une grande consolation, que j'avais osé peindre, -dans lu Henrinde, la religion avec ses propres couleurs, et que j'avais même eu le bonheur d'exprimer le dogme avec autant de correction que j'avais fait avec sensibilité l'éloge de la vertu. Vous avez daigné même approuver que j'osasse, après nos grands maîtres, transporter sur la scène profane l'héroïsme chrétien 1. Enfin, monsieur, vous verrez si, dans celte édition, il y a rien dont un homme qui fait comme vous tant d'honneur au mor.de et à l'Église puisse n'être pas content. Vous verrez à quel point la calomnie m'a noirci. Mes ouvrages, qui sont tous la peinture de mon cœur, seront mes apologistes.

J'ai écrit contre le fanatisme qui, dans la société, répand tant d'amertumes, et qui, dans l'Étal politique, a excité tant de troubles. Mais, plus je suis ennemi de cet esprit de faction, d'enthousiasme, de rébellion, plus je suis l'adorateur2 d'une religion dont la morale fait du genre humain une famille, et dont la pratique est établie sur l'indulgence et sur les bienfaits. Comment ne l'aimeraisje pas, moi qui l'ai toujours célébrée? Vous, dans qui elle est si aimable, vous suffiriez à me la rendre chère. Le stoïcisme ne nous a donné qu'un Épiclète, et la philosophie chrétienne forme des milliers d'Épictèles qui ne savent pas qu'ils le sont, et dont la vertu est poussée jusqii i ignorer leur vertu même. Elle nous soutient surtout

vêque de Sens. Languet, tous deux Je l'Académie? Elle était surtout destinée au public, du moins à une partie du public, auprès duquel elle devait soutenir la candidature de Voltaire a l'Académie.

(1) Dans Zaïre et dans TLlzire.

l*2)-U y a i'-i s légère impropriété on n'adore pas une religion,

h, .11-. le Dieu qu elle enseigne.

dans le malheur, dans l'oppression, et dans l'abandonnement1 qui la suit; et c'est peut-être la seule consolation que je doive implorer, après trente années de tribulations et de calomnies qui ont été le fruit de trente années de travaux.

J'avoue que ce n'est pas ce respect véritable pour la religion chrétienne qui m'inspira de ne faire jamais aucun ouvrage contre la pudeur2; il faut l'attribuer à l'éloignement naturel que j'ai eu, dès mon enfance, pour ces sottises faciles, pour ces indécences ornées de rimes qui plaisent par le sujet à une jeunesse effrénée. Je fis à dix-neuf ans une tragédie d'après Sophocle, dans laquelle il n'y a pas même d'amour. Je commençai à vingt ans un poème épique dont le sujet est la vertu qui triomphe des hommes et qui se soumet à Dieu. J'ai passé mon temps dans l'obscurité à étudier un peu de physique, à assembler des mémoires pour l'histoire de l'esprit humain 3, pour celle d'un siècle4 dans lequel l'esprit humain s'est perfectionné. J'y travaille tous les jours, sinon avec succès, au moins avec une assiduité que m'inspire l'amour de la patrie.

Voilà peut-être, monsieur, ce qui a pu {n'attirer, de la part de quelques-uns de vos confrères, des politesses qui auraient pu m'encourager à demander d'être admis dans un corps qui fait la gloire de ce même siècle dont j'écris l'histoire. On m'a flatté que l'Académie trouverait même quelque grandeur à remplacer un cardinal, qui fut un temps l'arbitre de l'Europe, par un simple citoyen qui n'a pour lui que ses études et son zèle.

Mes sentiments véritables sur ce qui peut regarder l'État et la religion, tout inutiles qu'ils sont, étaient bien connus en dernier lieu de feu M. le cardinal de Fleury. 11 m'a fait l'honneur de m'écrire, dans les derniers temps de sa vie, vingt lettres qui prouvent assez que le fond de mon cœur ne lui déplaisait pas. lia daigné faire passer jusqu'au

(1) Abandon nemenl. V. Lex.

(2) Désaveu facile île lu l'ucclle.

(il) L'Essai sur tes mœurs et l'esprit des nations. (4) Le Siècle rie T. unis XIV.

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