MADEMOISELLE CHERE
Saint- Ouen, 173t.
0 bel objet désiré
Du plus amoureux des hommes,
G mon aimable Chéré,
Que n'êtes-vous oîi nous sommes !
1. Lès éditeurs de Voltaire et même ceux de Piron ont commis, an snjex de celte Ép'tre, une singniiire erreur, qne je suis le premiei a signaler. Un* certaine EpVre à une J/Ue Ch... ayant été attribuée à Voltaire par le Journal Encyclopédique du mois de juin 1770 et dans une publication de Laus de Boissy, le Secrétaire du Parnasse, les éditeurs dont je parle se sont imaginé ïu'il s'agissait de l'Épître de Piron A i/Ue Chéré. Comme Voltaire avait pro-
426 ÉPITREîS
Jamais plus juste désir N'anima mon cœur sincère :
Les belles, faites pour plaire, Sont faites pour le plaisir; Et c'en est ici l'asile.
De ces plaisirs tant aimés.
La paix les tient renfermés Dans ce prieuré tranquille.
Hier, il en était plein :
J'en vois naître aujourd'hui mille Mille y renaîtront demain.
Je n'y ressens qu'un chagrin.
C'est que le temps soit mobile.
Et que son sable inhumain Trace déjà le chemin Qui nous ramène à la yille.
ksté très-viTement dans une lettre du 7 décembre 1770, adressée à Boissy, contre cette attribution qui lui avait été faite d'une Epître à une J/l'e Ch..., ils n'ont pas hésité à faire l'application des critiques de Voltaire à la pièce nème de Piron : ib n'ont pas pris garde que les mots , les expressions que relève Voltaire, ne s'y rencontrent nullement, comme cela saute aux yeux à une simple lecture. La première source de cette erreur qui fait Piron responsable de ce qu'il n'a jamais écrit parait être dans une note de Delaugle, éditeur de la Correspondance de Voltaire (1831). — Il restait toujours pour les curieux, et très-curieux, un point à éclaircir : de qui pouvait être cette Epilre à A/lle Ch..., aclrice de la Comédie de Mamcilte? Le tome premier du Secré (aire du Parnasse, qui manque à la Bibliothèque Impériale, et que la Bibliothèque de l'Arsenal possède, nous apprend par un errata et par une lettre même d'explication écrite par Boissy à M. de Voltaire, que l'auteur de cett« pièce, tonte marseillaise, est nn M. de Verlac de la Bastide.
Uécrirai-je ces plaisirs Que rappelle chaque aurore, Plus riants que les Zéphyrs, Quand ils vont caresser Flore?
Mais pourquoi les peindre? Hélas!
Un seul mot les rend croyables.
Et vante assez leurs appas.
Ils m'ont rendu supportables Des lieux où vous n'étiez pas.
Je veux toutefois les peindre.
Pour occuper mon loisir :
Y puissé-je réussir De manière à vous contraindre A venir vous éclaircir Par le propre témoignage Des beaux yeux qu'on désira !
Des plaisirs, en ce cas-là.
Parfait serait l'assemblage :
Les peigne alors qui pourra!
De quatre heureux personnages Que nous nous trouvons ici, Deux sont fous et deux sont sages Providence en tout ceci; Mélange qui. Dieu merci, Sans relâche nous ballotte.
Et nous promène à grands pas Du compas à la marotte.
De la marotte au compas.
Figurez-vous le tracas D'un quatrain de cette espèce.
Et voyez courir sans cesse La sagesse après les rats.
Les rats après la sagesse.
Tantôt les règles en jeu, Et tantôt les purs caprices.
Voilà quant aux gens du lieu; Voici quant à ses délices.
Sachez que premièrement Le prioral ermitage Consiste en un bâtiment Mal conçu pour l'ornement.
Très-bien conçu pour l'usage.
Tout s'y resserre ou s'étend Selon son juste mérite; C'est pour cela, dit l'ermite, ' Que le réfectoire est grand Et la chapelle petite.
Aussi l'heureux parasite, De la cave au galetas.
Voit cette sentence écrite :
« Courte messe et long repas. »
Rien ne manque aux délicats :
Table en entremets féconde.
Cave où le nectar abonde.
Et la glacière à deux pas;
Les lils lus meilleurs du monde;
Plume entre deux matelas,
Doux somme entre deux beaux draps;
Un calme dont rien n'approche :
Jamais le moindre Tracas
De carrosses ni de cloche :
Paix, bombance, liberté;
Liberté sans anicroche.
L'horloge, à la vérité.
Qui voudra nous le reproche !
Rarement est remonté.
Mais non pas le tournehroche.
Une autre félicité, Après Bénédicilé, C'est de voir, par la ronctre De notre salie à manger.
Cueillir dans le potager La fraise qui vient de naître; De voir la petite faux Moissonner, à notre vue, Là, de jeunes artichauts, Ici, la tendre laitue.
Le pourpier et l'estragon Qui, tout à l'heure, en salade.
Va piquer, près du dindon.
L'appétit le plus malade.
Du même endroit, nous voyons Venir l'innocence mênie , Lise, qui, sur des clayons, Nous apporte de la crème.
Blanche un peu plus que sa main.
Mais moins blanche que son sein.
Et que la perle enfantine D'un râtelier des plus nets. Que ne touchèrent jamais Capperon ni Carmeline',
C'est elle aussi qm, le soir.
En cent postiu-es gentilles (Où, sans jupe ni mouchoir.
Vous seriez charmante à voir), Dresse et redresse nos quilles :
Jeu tout des plus innocents, Où, pour aiguiser nos dents.
Quand la faim nous abandonne.
Nous nous exerçons un temps.
Avant que le souper sonne.
Le quiller est dans un bois Qui touche à la maisonnette, Bois d'une beauté complète.