‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 183 sur 221 · MADAME DE BOULLONGNE · texte numérisé non relu

MADAME DE BOULLONGNE

Qui se plaignait de l'insomnie, et ne pourait s'endormir, qu'un iirre à la main; — en lui enroyant une lanterne de nuit et de chevet.

Vous VOUS plaignez, belle Uranie, Et ne vous plaignez pas pour rien :

C'est un grand mal que l'insomnie, Car le sommeil est un grand bien.

Par le secours de la lecture.

Vous espérez vous en tirer; Mais vous ne pouvez ignorer Que lire, pendant qu'elle dure.

Ne sert qu'à la faire durer. Avouez que votre esprit l'aime.

Et, sans vous en apercevoir.

Que vous l'entretenez vous-même Par la démangeaison extrême Que vous avez de tout savoir, Ue tout savoir 1 et pourquoi faire î Qu'auriez-vous plus qu'auparavant?

ÉPITRES 43o

Quoi que sache le plus savant, Vous savez mieux : vous savez plaire.

Plus d'une qui, sur ce grand point, N'aura jamais, n'eut et n'a point L'honneur d'être votre pareille, Fière de ses simples attraits, Vit satisfaite à moins de frais.

N'a d'autre souci qui l'éveille Que celui d'avoir le teint frais.

L'œil brillant, la bouche vermeille.

Et, pour cela, ne lit jamais.

Dîne, soupe, se couche en paix.

Et dort sur l'une et l'autre oreille.

Mais puisqu'enfin c'est votre goût.

Qu'aux champs, à la ville, partout.

Sans lire vous ne sauriez vivre.

Et que, sur le chevet, surtout, A la main il vous faut un livre.

Pour mettre à profit les instants Que le sommeil tarde à se rendre.

Où, tandis qu'il est chez vos gens, Vous vous ennuyez à l'attendre, Je ne m'oserais plus répandre En un trop long raisonnement.

Et je soumets mon sentiment A la raison qui vous gouverne.

Lisez. Que j'ose seulement,

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Moi, petit esprit subalterne.

En présentant celte lanterne, Hasarder un petit conseil.

Qui, si vous cherchez le sommeil, N'est rien moins qu'une baliverne.

Attendant l'effet du pavot, Gardez-vous au moins d'un Voltaire, D'un Montesquieu, d'un Tannevot S De tel autre qui peut trop plaire :

C'est moins remède que venin, Morphée étant, quand on l'appelle Avec tels appeaux à la main, Un vrai chien de Jean de Nivelle.

De Nivelle ^, plutôt, lisez Les vers anathématisés :

1, On est à bon droit étonné de trouver le nom d'un Tannevot en pareille compagnie. Cela devait étoimer les lecteurs même au dix-huitième siècle. Mais l'Épître est adressée à M^c de Boullongne, et il faut savoir que Tannevot était le premier commis de M. de Boullongne, contrôleur général des finance::. Tout ainsi s'explique , et Piron , en plus d'une circonstance , avait pu av\.i.f à se '.ouer de lui. Ce M. Tannevot, d'ailleurs, n'est pas un littérateur tout à fait inconnu : il avait fait des tragédies, des poésies diverses, un épitliaiame poui Mgr le Dauphin, des chansons contre les philosophes; il appartenait au parti dévot. Il était membre des Académies de Nancy et des Arcades de Rome. Quand Piron se convertit et fît en vers sa palinodie publique, M. Tannevot le félicita par une lettre qui est imprimée.

2. Nivelle de La Chaussée, connu peur avoir introduit au théâtre la comédie larmoyante, genre le plus antipathique aux vieux rieurs gaulois^

Lisez quelque pièce nouvelle Qu'a fait réussir la CUiiron; Quelque semblabie bagatelle Que vend Duchesne au quarteron ; Quelque essai d'une Muse obscure, Débutante dans le Mercure, Ou bien quelque autre rogaton :

Vous dormirez, je vous l'assure.

MADAME DE TENGIN

En lui envoyant une chaise percée '.

Femme au-dessus de bien des hommes Du siècle héroïque où nous sommes, Femme digne, tout d'une voix, Qu'on la célèbre d'âge en âge,

1. Ce genre de plaisanterie est de soi assez répugnant; nos pères en usaient beaaccup : le dix-huitième siècle en était déjà fort dégoiité, mais Piron retardait en cela sur son siècle. Il se souvenait trop du théâtre de la Foire, même lorsqu'il n'y était plus. Le jublic des petits théâtres aimait et demandait alors de cp.s plaisanteries plus sales que salées, que le public des mêmes

Comme ayant eu tout à la fois Esprit, beauté, grâces, courage, Goût et sentiment délicat; Femme forte que rien n'étonne, Ni n'enorgueillit ni n'abat; Femme, au besoin, homme d'État, Et, s'il le fallait, Amazone ; Je voudrais bien, en vérité.

Ne vous pas moins offrir qu'un trône De vous mille fois mérité; Mais on en sait la rareté !

Et nous voyons, loin qu'il en vaque.

Que pour un ..., en voilà deux *, Se prenant l'un l'autre aux cheveux.

Pour s'asseoir où fut assis Jacque.

Donc, au lieu d'un siège éminent Qui branle ou craque à tout moment.

Je vous en offre un bas mais stable.

Plus nécessaire assurément.

Plus utile et plus agréable.

Où vous aurez ceci de doux.

théâtres ne supporterait pas aujourd'hui. Un manuscrit de Collé , cité par Barbier, dans le Dictionnaire des Ouvrages anonymes, attribue à Piron une parade qui se trouve dans le Théâtre des Boulevards ou Recueil de Parades (1756); elle est intitulée le Marchand de m... Passons vite.

1 . C'était le temps de la descente du Drinte Charles - Edouard en Ecosse (août 1745).

Qu'à la barbe, au nez des jaloux.

Vous y serez en paix profonde, Et que, si le tonnerre gronde.

Ce ne sera que dessus vous.

Différence encore infinie :

Cet autre, posté vis-à-vis Du monde et de la calomnie.

Guindé sur la cérémonie.

Environné de noirs soucis, Adossé contre l'insomnie.

Altère la santé Souvent; Celui-ci, calme, salutaire.

Loin de l'altérer, au contraire.

L'entretient sans cesse ou la rend.

Du reste, assise en souveraine.

Sur ce siège des plus décents.

Donnez- vous un plaisir de reine; Étendez-y votre domaine Sur ce peuple affamé d'encens Que désaltère l'Hippocrène.

Que messieurs les beaux esprits-nés Soient ou flétris ou condamnés A ce tribunal redoutable Auquel ils seront ajournés.

Comme ils le sont à votre table.

A l'aise et d'un œil équitable,

Là, VOUS jugerez sans appel Les vers de messieurs tel et tel.

Gardez les bons, par privilège ; Et pour ceux dont vous direz : Fi ! Laissez-les, en quittant le siège.

Où vous aurez trouvé ceux-ci *.

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