Resp. ad. Baid. Int, opusc, Calv
car, quoiqu'il fût un des orateurs des plus vifs de som siècle, loin de faire jamais semblant de se piquer d'éloquence, il prenait plaisir de dire qu'il était un pauvre moine, nourri dans l'obscurité et dans l'école, et qui ne savait point Tart de discourir. Mais Calvin, blessé sur ca\ point, ne se peut tenir; et, aux dépeng de sa modestie, j1 faut qu'il dise que personne ne s'explique plus précisément ^ ni ne raisonne plus fortement que lui.
LXXXI. L'éloquence de Calvin. — Donnons-lui doni\ puisqu'il le veut tant, cette gloire d'avoir aussi bien écrit qu'homme de son siècle ; mettons-le même, si l'on veut, au-dessus de Luther ; car encore que Luther eût quelque chose de plus original et de plus vif, Calvin, inférieur par le génie, semblait l'avoir emporté par l'étude. Luther triomphait de vive voix ; mais la plume de Calvin était plus correcte, surtout en latin ^ ; et son style, qui était plus triste ^, était aussi plus suivi et plus châtié. Ils excellaient l'un et l'autre à parler la langue de leur pays ; l'un et l'autre étaient d'une véhémence extraordinaire ; l'un et rau.tre, par leur talent, se sont fait beaucoup de disciples et d'admirateurs ; l'un et l'autre, enflés de ce succès, ont cru pouvoir s'élever au-dessus des Pères ; l'un et l'autre n'ont pu souffrir qu'on les contredît ; et leur éloquence n'a été en rien plus féconde qu'en injures.
LXXXI I. // esî aussi violent et plus aigre que Luther. — Ceux qui ont rougi de celles que l'arrogance de Luther lui a fait écrire ne seront" pas moins étonnés des excès de Calvin. Ses adversaires ne sont jamais que des fripons, des fols, des méchants, des ivrognes, des furieux, des enragés, des bêtes, des taureaux, des ânes, des chiens, des pourceaux; et le beau style de Calvin est souillé de toutes ces ordures à chaque page. Catholiques et luthériens, rien n'est épargné. L'école de Westphale, selon lui,
1. Précisément. Lex. — 2. Bossuet en juge ainsi et avec raison, sur les sermons en français, sur les lettres et sur les éditions de rinslitution chrétienne qui ont suivi la première édition. Celle-ci, en revanche, est égale ou supérieure à tout ce que Calvin a écrit en latin, même au point de vue de la correction de la langue (Strowski). — 3. Le stvle triste est celui qui manque d'élégance, de souplesse, et de cette allégresse que
donne une imagination riante. Le contraire du style trisle, c'est par
exemple le style de Montaigne.
est une « puante étable à pourceaux». La cène des luthériens est presque toujours appelée unecènede « Cyclopes, où on voit une barbarie digne des Sycthes : » s'il dît souvent que le diable pousse les papistes, il répète cent et cent fois qu'il a fasciné les luthériens, et « qu'il ne peut pas comprendre pourquoi ils s'attaquent à lui plus violemment qu'à tous les autres ; si ce n'est que Satan, dont ils sont les vils esclaves, les anime d'autant plus contre lui qu'il voit ses travaux plus utiles que les leurs au bien de l'Église. » Ceux qu'il traite de cette sorte sont les premiers et les plus célèbres des luthériens. Au milieu de ces injures il vante encore sa douceur, et, après avoir rempli son livre de ce qu'on peut imaginer non seulement de plus aigre, mais encore de plus atroce, il croit en être quitte en disant « qu'il avait tellement été sans fiel lorsqu'il écrivait ces injures que lui-même, en relisant son ouvrage, était demeuré tout étonné que tant de paroles dures lui fussent échappées sans amertume. C'est, dit-il, l'indignité de la chose qui lui a fourni toute seule les^ injures qu'il a dites ; et il en a supprimé beaucoup d'autres qui lui venaient à la bouche. Après tout, il n'est pas fâché que ces stupides aient enfin senti les piqûres », et il espère qu'elles serviront à les guérir. Il veut bien pourtant avouer qu'il en a dit plus qu'il ne voulait, et que le remède qu'il a appliqué au mal « était un peu trop violent >. Mais après ce modeste aveu, il s'emporte plus que jamais ; et tout en disant : « M'entends-tu bien, chien ? M'entends-tu, frénétique ? M'entends-tu bien, grosse bête ?» il ajoute « qu'il est bien aise que les injures dont on Taccable demeurent sans réponse ».
§ IV. — « Défense de l'Histoire des Variations» (1691) et € Avertissements aux Protestants » (1689-4691).
Le succès de VHisloire des Variations fut immense et les protestants furent étourdis par le coup. Cependant les réfutations apparurent bientôt. Il était facile de contester un grand nombre de détails ; c'est ce que firent Basnage et Burnet qui écrivirent une histoire de la Réforme très différente de celle de Bossuet. Bossuet leur répondit en 1691 par sa Défense de r Histoire des Variations.
Le ministre Jurieu prit une autre attitude. Au lieu de contester les variations protestantes, il affirma que ces variations étaient une conséquence du libre examen. Elles prouvaient le libéralisme de la Réforme, qui admettait l'indépendance des consciences individuelles, et en particulier, en matière polititique comme en matière religieuse, la souveraineté du peuple.
Il ne s'agissait donc plus pour Bossuet de décrire et de prouver les variations protestantes ; il fallait revenir à une controverse d'idées et réfuter des doctrines. C'est ce qu'il lit dans les six Avertissements aux Protestants sur les lettresdu ministre Jurieu contre VHistoire des Variations, publiés de 1689 à