BOSSUET DIRECTEUR DE CONSCIENCE
latez vos voies sous mes yeux, livrant toujours votre cœur au saint époux qui vous presse. Je le prie d'être avec vous, ma fille.
A Meaux, ce 29 mai 1696.
Vous avez trop présumé, ma fille, quand vous avez cru pouvoir, sans Fobéissance, pratiquer des austérités ; je vous les défends. Les pressements ^ du dedans, quand ils vont à exécuter quelque chose au dehors, sont de droit soumis à Tobéissance : ne pensez pas à vous en affranchir.
Si je passe à Jouarre, en allant à Rebaîs, le lundi de la Pentecôte, ce sera comme un éclair ; ainsi, n'attendez pas ce passage pour vous déterminer sur votre retraite : commencez-la la veille de l'Ascension de grand matin, puisque c'est de ce mystère que dépendait la descente du Saint- Esprit, à condition que le jour du Saint-Sacrement, vous ferez une petite récollection. Laissez-vous pousser à bout sur tous les versets que vous me marquez, quelque effrayantes que soient les vérités que vous y voyez. Écrivez vos vues principales, et me les envoyez ; je les brûlerai ou je les garderai selon que Dieu voudra.
Je sais qu'il veut que vous demeuriez unies, Mme d'Albert et vous, d'une manière entièrement surnaturelle : faites-le donc, et rendez-lui tous les services que ses maux demandent. Rendez le change à l'Époux céleste ; si son amour est insatiable, que le vôtre le soit aussi : plus il vous demande, plus il lui faut demander ; point de bornes de côté et d'autre.
Lisez les vers ^ tant que vous voudrez ; j'ai des raisons pour ne vouloir pas qu'on en donne des copies à qui que ce soit. Je veux bien que vous les fassiez voir à celles que vous me marquez. Notre-Seigneur soit avec vous.
A Meaux, ce 9 avril 1702.
Assurez-vous, ma fille,que jene perdrai jamais le soin de votre conduite. La peine que j'ai à écrire est la seule
1. Pressement. Lez. — 2. Les vers que Bossuet écrivait et ne destinait pas au public.
cause qui retient mes lettres, qui ne vous manqueront pourtant pas dans le besoin. C'est la peine qui vous fait croire que j'abandonne le soin de votre âme, je n'en ai jamais eu la pensée, et je ne manque, ce me semble, en rien aux choses essentielles.
Vous pouvez faire sans scrupule et sans hésiter ce qui sera nécessaire pour votre santé, par Tavis du médecin et par votre propre expérience; je vous l'ai déjà écrit, et il faut, ma fîUe, s'en tenir là :1e divin époux l'aura agréable.
Pour vous voir dans ce jubilé, je ne vois pas que je le puisse, je ne suis guère e|i ^*at de faire d'autres voyages que ceux qui sont indispensables et d'obligation précise. Assurez-vous S cependant, que la bonne volonté ne manquera jamais et que votre âme ne cessera de m'étre chère devant Dieu comme la mienne. Je donnerai ordre qu'on vous envoie, par la première commodité, nos méditations et prières sur le jubilé.
Je suis bien aise, ma fille, d'avoir à vous dire que je suis très content de M. votre fils, qui fait les choses avec soin, avec affection et avec adresse. Je vous assure de très bonne foi que je le trouve très honnête homme, très capable et que je serai ravi de lui fajre plaisir en toutes choses. Notre-Seigneur soit avec vous, ma fille.