CHAPITRE V BOSSUET PRÉDICATEUR
Bossuet était absorbé par l'administration de son diocèse et par sa controverse avec les protestants, mais la cour n'oubliait pas sa grande réputation d'orateur. Dans les circonstances solennelles où on attendait une parole autorisée, c'est à lui qu'il était fait appel. C'est ainsi que Bossuet de 1681 à 1693 prononça les Oraisons funèbres de Marie-Thérèse, reine de France, d'Anne de Gonzaguè, princesse Palatine, de Michel Le Tellier, chancelier de France, et de Louis de Bourbon, prince de Condé. Dans ces Oraisons funèbres, Bossuet suit la règle qu'il s*est tracée et que nous avons vue appliquée dans les Oraisons funèbres d'Henriette de France et d'Henriette d'Angleterre: il fait l'éloge de son héros, mais il profite surtout des circonstances diverses d'une vie humaine pour donner à des hommes des leçons chrétiennes.
§ L — Oraison funèbre de Marie-Thérèse (1" septembre 1683).
Lè sujet. — Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, mariée en 1660 à Louis XIV, mourut en 1683, a l'âge de quarante-cinq ans. Elle n'avait eu aucune part aux affaires, le roi ayant toujours veillé à lui enlever toute influence politique. Sa vie avait été une vie de souffrance et d'abandon : elle avait ressenti vivement l'injure que lui faisait le roi par sa conduite; elle avait été éprouvée par la mort successive de cinq de ses enfants. Contre tant de douleur elle avait trouvé un refuge dans la charité et dans la piété.
Une telle vie faite de renoncement, d'humilité et de douceur, n'offrait pas une « illustre matière » pour une oraison funèbre. De plus, elle abondait en circonstances douloureuses que l'historien ne pouvait ni éviter ni traiter ouvertement. Bossuet sut montrer dans la simplicité de la reine une grandeur surnaturelle; et, sans rien dire de trop, il osa faire allusion aux humiliations que l'épouse avait subies : c'est dans cette hauteur chrétienne et dans cette franchise qu'est le mérite particulier de cette oraison funèbre^
GRAISON FUNEBRE
MARIE TERESE DAUSTRICHE,