‹ Œuvres choissiesChapitre 164 sur 232 · DE CE QUI CONTENTE LES YEUX · texte numérisé non relu

DE CE QUI CONTENTE LES YEUX

... N'aimez donc point le monde, ni tout ce qui est dans A ce monde ; car tout y est plein de la concupiscence des yeux, qui est d'autant plus pernicieuse qu'elle est immense et insatiable. Ne dites point que tout ce bien que vous vous plaisez à avoir devant vos yeux soit à vous ; vous n'avez rien en vous-même de quoi le saisir et vous l'approprier ; vous ne savez pour qui vous le gardez ; il vous échappe malgré vous par cent manières différentes, ou par la rapine, ou par le feu, ou enfin et sans remède par la mort ; et il passera avec aussi peu de solidité, et une semblable illusion, à un possesseur inconnu, qui peut-être ne vous sera rien ; ou plutôrqui certainement ne vous sera rien, quand ce serait votre fils; puisqu'un mort n'a plus rien à soi, et que ce fils, pour qui vous avez tant travaillé, non seulement ne vous servira de rien dans ce séjour des morts où vous allez ; mais sur la terre, à peine se souviendra-t-il de vos soins, et croira avoir satisfait à tous ses devoirs, quand il aura fait semblant de vous pleurer quelques jours, et se sera paré d'un deuil très court. Et jamais vous ne vous dites à vous-même : Pour qui estce que je travaille^? Quoi, pour « un héritier dont je ne sais pas s'il sera fou ou sage ^ », et s'il ne dissipera pas

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