‹ Œuvres choissiesChapitre 165 sur 232 · EccL, V, 16, 18. ~ « EccL, IV · texte numérisé non relu

EccL, V, 16, 18. ~ « EccL, IV

tout en un moment*?* Et y a-t-il rien de plus vain?» s'écrie le Sage 2. Qu'y a-t-il de plus insensé, que de se tant tourmenter pour se repaître de vent? Que vous servent tant de fatigues et tant de soucis, que vous a causé ^ le soin d'entasser et de conserver tant de richesses ? Vous n'en emporterez rien, et « vous sortirez de ce monde comme vous y êtes entré, nu et pauvre* ». Que reste-t-il à ce mauvais riche de s'être habillé de pourpre, et d'avoir orné sa maison d'une manière convenable à un si grand luxe? Il est dans les flammes éternelles; pour tout trésor, il a les trésors de colère et de vengeance, qu'il s'est amassés par sa vanité. «Vous vous amassez, dit saint Paul, des trésors de colère pour le jour de la vengeance ^. »

Par conséquent, encore un coup, n'aimez point le monde ; n'en aimez point la pompe et le vain éclat, qui ne fait que tromper les yeux ; n'en aimez point les spectacles, ni les théâtres, où Ton ne songe qu'à vous faire entrer dans les passions d'autrui, à vous intéresser dans ses vengeances et dans ses folles amours. Et quel plaisir y prendriez-vous si l'on ne réveillait les vôtres ? Pourquoi versez-vous des larmes sur les malheurs de celui dont les amours sont trompées, ou l'ambition frustrée de ce qu'elle souhaitait? Pourquoi sortez-vous content du rassasiement de ces passions dans les autres, si ce n'est parce que vous croyez que l'on est heureux ou malheureux pour ces choses ? Vous dites donc avec le monde : « Ceux qui ont ces biens sont heureux » : Bealum dixerunl populum cui hœc sunt. Et comment, dans ce sentiment, pouvez-vous dire: « Ceuxlà sont heureux dont le Seigneur est le Dieu » : Beaius populus cujus Dominus Deus ejus^"!

Voulez-vous voir un spectacle digne de vos yeux, chantez avec David : « Je verrai vos cieux, qui sont les œuvres de vos doigts ; la lune et les étoiles que vous avez fondées ^. » Écoutez Jésus-Christ, qui vous dit : « Considérez les lis des champs, et ces fleurs qui passent du matin au soir ; je vous le dis en vérité, Salomon, dans toute sa gloire >, et avec ce beau « diadème dont sa mère a orné

1. Prov., XXVII, ÎO. — î. EccL, II, 19. — 3. Grammaire : Participe. -« 4. EccL, V, 14, 15. — 5. Rom., II, 5. — 6. Psalm., GXLIV, 16 - 7. Psalm., VIII. 4.

sa tôte, n'est pas si richement paré qu'une des ces fleurs^ ». Voyez ces riches tapis dont la terre commence à se couvrir dans le printemps. Que tout est petit à comparaison de ces grands ouvrages de Dieu ! On y voit la simplicité avec la grandeur, l'abondance, la profusion, d'inépuisables richesses qui n'ont coûté qu'une parole, qu'une parole soutient. Tant de beaux objets ne se montrent et n'attirent vos regards que pour les porter à leur auteur incomparablement plus beau. «Car si les hommes, ravis de la beauté du soleil et de toute la nature, en ont été transportés jusqu'à en i^aire des dieux ; comment n'ontils pas pensé de combien doit être plus beau celui qui les a faits, et qui est le père de la beauté^ ! »

Voulez-vous orner quelque chose digne de vos soins^ ornez le temple de Dieu, et dites encore avec David : € Seigneur, j'ai aimé la beauté et l'ornement de votre maison, et la gloire du lieu où vous habitez ^. » Et de là que conclut-il ? « Ne perdez point mon âme avec les impies », car j'ai aimé les vrais ornements, et ne me suis point avec eux laissé séduire à un vain éclat.

Les hommes étalent leurs filles pour être un spectacle de vanité, et l'objet de la cupidité publique, et « les parent comme on fait un temple '*». Ils transportent les ornements, que votre temple devrait avoir seul, à ces cadavres ornés, à ces sépulcres blanchis; et il semble qu'ils aient entrepris de les faire adorer en votre place. Ils nourrissent leur vanité- et celle des autres. Us remplissent les autres filles de jalousie, les hommes de convoitise ; tout par conséquent d'erreur et de corruption. 0 fidèles, ô enfants de Dieu, désabusez-vous de ces fausses concupiscences. Pourquoi tournez-vous vos nécessités en vanités ? Vous avez besoin d'une maison comme d'une défense nécessaire contre les injures de l'air : c'est une faiblesse. Vous avez besoin de nourriture, pour réparer vos forces qui se perdent et se dissipent à chaque moment; autre faiblesse. Vous avez besoin d'un lit pour vous reposer dans votre accablement

1. Matth,, VI, 28. - 2. Sap., XIII, 3. - 3. Psalm., XXV, 8. - 4. Psalm,.

et VOUS y livrer au sommeil qui lie et eiafBevelit votre raison : autre faiblesse déplorable. Vous faites de tous ces témoins et de tous ces monuments de votre faiblesse un spectacle à votre vanité; et il semble que vous vouliez triompher de Finfîrmité qui vous environne de toutes parts; pendant que tout le reste des hommes s'enorgueillit de ses besoins, et qu'il semble vouloir orner ses misères pour se les cacher à soi-même, toi du moins, ô chrétien, ô disciple de la vérité, retire tes yeux de ces illusions,

Chap. XVI

LES EFFETS DE l'ORGUEIL

... Arrêtons-nous un moment sur chacun de ces vices, que saint Paul ne fait qu^e nommer ; et nous verrons combien s'étend Tempire de l'orgueil. On en voit les derniers excès dan« les guerres, dans tout leur appareil sanguinaire, dans tous leurs funestes effets, c'est-à-dire dans tous les ravages et dans toutes les désolations qu'elles causent dans le genre humain, puisque dans tout cela il ne s'agit que d'assouvir le désir de domination et la gloire dont les premières têtes du genre humain sont enivrées. Les sectes et les hérésies font encore mieux voir cet esprit d'orgueil ; puisque c'est là uniquement ce qui anime ceux qui, pour se faire un nom parmi les hommes, les arrachent à Dieu, à Jésus-Christ, à son Église, pour se faire des disciples qui portent le leur. Et si nous voulons entendre la malignité de l'orgueil dans des vices plus com-rriuns, il ne faut que s'attacher un moment à l'envie, et à sa fille la médisance, pour voir tous les hommes pleins de venin et de haine mutuelle, qui fait changer la langue en arme offensive, plus tranchante qu'une épée, et portant plus loin qu'une flèche, pour désoler tout ce qui se présente. Tout cela vient de ce que chacun, épris de soi-même, veut tout mettre à ses pieds, et s'établir une damnable supériorité, en dénigrant tout le genre humain. Voilà le premier effet de l'orgueil, et ce qu il fait paraître au dehors.

11 entre dans toutes les passions, et donne aux autres concupiscences, plus grossières et plus chai^nelles, je ne

sais quoi qui les pousse à rextrémité. Voyez-moi cette femme, dans sa superbe beauté, dans son ostentation, dans sa parure. Elle veut vaincre, elle veut être adorée comme une déesse du genre humain. Mais elle se rend premièrement à elle-même cette adoration; elle est ellemême son idole; et c'est après s'être adorée et admirée elle-même qu'elle veut tout soumettre à son empire. Jézabel, vaincue et prise, s'imagine encore désarmer son vainqueur, ea se montrant par ses fenêtres avec son fard. Une Cléopâtre croit porter dans ses yeux et sur son visage de quoi abattre à ses pieds les conquérants; et, accoutumée à de semblables victoires, elle ne trouve plus de secours que dans la mort, quand elles lui manquent. Tous les siècles portent de ces fameuses beautés, que le Sage nous décrit par ces paroles : Elle a renversé un nombre infini de gens percés de ses traits; toutes ses blessures sont mortelles, et les plus forts sont tombés sous ses coups ^. Ainsi la gloire se mêle dans la concupiscence de la chair. Les hommes, comme les femmes, se piquent d'être vainqueurs. « C'est un opprobre parmi les Assyriens, si une femme se moque d'un homme en se sauvant de ses mains ^. »

Quelle nation n'est pas assyrienne de ce côté-là ? Où ne se glorifie-t-on pas de ces damnables victoires? où ne célèbre-t-on pas ces insignes corrupteurs de la pudeur, qui font gloire de tendre des pièges si sûrs que nulle vertu n'échappe à leurs mains impures ? La gloire se môle donc dans les désirs mensuels ; et on imagine une certaine excellence d'un coté à se faire désirer, et de l'autre à corrompre, ou, comme parle l'Écriture, à humilier un sexe infirme.

Chap. XVII

FAIBLESSE ORGUEILLEUSE d'uN HOMME OUI AIME LES LOUAN- GES, COMPARÉE AVEC CELLE D'UNE FEMME QUI VEUT SE CROIRE BELLE.

Mon Dieu, que je considère un peu de temps sous vos yeux la faiblesse de l'orgueil et la vaine délectation des

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