‹ Œuvres choissiesChapitre 187 sur 232 · I. — Dessein en général de cet ouvrage · texte numérisé non relu

I. — Dessein en général de cet ouvrage

Si l'on croyait, en lisant le titre de ce livre, que je voulusse y donner des règles pour tous les états d'oraison, ou des moyens pour y arriver et s'y bien conduire, on m'attribuerait un dessein trop vaste, et qui aussi est bien éloigné de ma pensée. 11 faut se souvenir de l'occasion qui m'a engagé à traiter cette matière dans une Ordonnance et Instruction pastorale, et qui m'a fait promettre un traité plus ample sur un sujet si importante J'ai voulu exposer les excès de ceux qui abusent de l'oraison, pour jeter les âmes, sous prétexte de perfection, dans des sentiments et dans des pratiques contraires à TÉvangile, et dans une cessation de plusieurs actes expressément commandés de' Dieu et essentiels à la piété. Je les ai marqués dans l'instruction pastorale autant que la brièveté d'un discours de cette nature le pouvait permettre, et il s'agit maintenant de les explique:^ plus à fond.

Il faudra aussi faire voir que les erreurs que l'on entreprend de combattre ne sont pas des erreurs imaginaires^ mais qu'elles sont véritablement contenues dans un grand nombre de livres qu'on trouve entre les mains de tout le monde, et qu'on lit d'autant plus qu'ils sont ordinairement fort petits.

1. Cf. Instruction pastorale sur les étals d'oraison du 16 avril 1695. Bossuet s'exprime en ces termes : « Pour déraciner tout le doute qui pourrait rester sur cette matière, avec la grâce de Dieu nous prendrons soin de vous procurer le plus tôt qu'il sera possible une instruction plus ample... en suivant les règles et les pratiques des saints docteurs, nous tâcherons de donner des bornes à la théologie peu correcte, et aux expressions et exagérations irrégulières de certains mystiques inconsidérés ou même présomptueux; lesquelles nous pouvons ranger avec les profanes nouveautés de langage que saint Paul défend (IT/m., VI, 90). »

Dans un temps où chacun se mêle de dogmatiser sur Toraison, et où il n'y a presque point de directeur qui n'entreprenne d'en donner des règles par son propre esprit à ses pénitents et à ses pénitentes, celui qui doit traiter un si grand sujet, et que l'obligation de son ministère jointe aux besoins de l'Église obligent à s'expliquer sur cette matière, doit aussi, avant toutes choses, demander à Dieu son esprit de discernement et d'intelligence pour démêler le vrai d'avec le faux, et le certain ou le sûr d'avec le suspect et le dangereux. C'est ce que j'ai tâché de faire en toute simplicité, et je me confie en Notre-Seigneur, qu'il aura reçu mes vœux d^as son sanctuaire...

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