‹ Œuvres choissiesChapitre 189 sur 232 · Bonàv., etc.. q. 2, ad. 2. — 2. Strom., lib TV · texte numérisé non relu

Bonàv., etc.. q. 2, ad. 2. — 2. Strom., lib TV

INSTRUCTION SUR LES ÉTATS d'oRAISON 617

fecHonnante, et de cet amour jouissant, d'attacher Tâme à Dieu plus qu'à elle-même; personne ne s'est jamais confessé, ni ne se confessera jamais d'avoir rapporté à soi-même comme à sa dernière fin Tamour où Ton aime Dieu souverainement comme son éternelle récompense: ces péchés sont inconnus aux confesseurs, et ne subsistent que dans les idées de quelques spirituels^ dont il faudra en son lieu expliquer bénignement la bonne intention ; mais non pas laisser jamais ébranler cette immuable vérité de la foi : que Famour souverain de Dieu animé par le motif du moins subordonné de la récompense, pour ne pas entrer plus avant dans la question, est un vrai amour de charité, qui croissant^s^comme il doit faire avec ce motif, peut devenir un pur ^t parfait amour.

Et quant à ces abstractions et suppositions impossibles, dont nous avons tant parlé, nous en parlerons encore pour faire voir en premier lieu, « qu'il ne faut pas permettre aux âmes peinées d'acquiescer à leur désespoir et à leur damnation apparente ; mais avec S. François de Sales les assurer que Dieu ne les abandonnera pas >; ainsi qu'il est porté dans l'article 31 parmi les 34^. Nous exposerons à fond les conseils de S. François de Sales : et en même temps nous montrerons, que c'est une erreur d'employer ces suppositions impossibles, pour séparer les motifs de l'amour les uns d'avec les autres. On dit, par exemple : on aimerait Dieu, quand par impossible il faudrait Taimer sans récompense ; donc la récompense n'est pas un^ raison d'aimer, et l'amour parfait exclut ce motif. C'est une erreur semblable à celle-ci : on aimerait Dieu, quand par impossible il ne serait pas créateur, puisque la création ne rend pas sa nature plus excellente : donc il faut exclure le motif de la création, lorsqu'on veut aimer purement. De même, on aimerait Dieu, et on l'aimerait souverainement, quand il ne nous aurait pas donné pour Sauveur son Fils unique : donc cette parole du Sauveur, Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils u/i/gue,n'estpasunmotif d'amour; donc c'est d'un amour

1. Spirituels. Lex. — 5. Allusign aux trente-quatre ariiclea contanuÀ dam VOrdonnance de Bossuet sur Uê état$ d^praisom

$lê BOSSUET

imparfait, et qui n'est pas de charité, que parle S. Jean, lorsqu'il dit : Aimons Dieu, parce qu'il nous a aimés le premiePy qu'il a envoyé son Fils, pour être le Sauveur du monde^, donc ce parce que, de S. Jean n'exprime pas un motif du vrai et parfait amour : donc ce doux nom de Jésus, qui réjouit le Ciel et la terre, ne nous est pas proposé, comme un moyen et une raison de toucher les cœurs : et Tamour pur et parfait exclut ce motif 2. Tout cela que serait-ce autre chose, que de vains raisonnements, qui tendraient à Textinction de la piété ?

Si Ton voulait pousser à bout la subtilité, et s'abandonner à son génie, il ne fa^udrait que dire encore : on aimerait Dieu souverainement, quand on ne songerait pas à la volonté par laquelle il a disposé de nous et de toutes choses. Car, en faisant abstraction de ce rapport, sans lequel Dieu pouvait être, puisqu'il pouvait être sans rien créer, il ne laisserait pas d'être souverainement aimable : donc la conformité de notre volonté à celle de Dieu n'est pas le motif de l'amour et du pur amour, et il n'y a qu'à se perdre abstractivement dans l'excellence de l'être divin. Ainsi les motifs de l'amour s'évanouiront l'un après l'autre ; et à force de vouloir affiner l'amour, il se perdra entre nos mains ^. N'en disons pas davantage, de peur de faire insensiblement le livre dont nous voulons seulement donner le plan.

J'ai déjà comme ouvert l'entrée à cette doctrine ; mais je me vois obligé de la mettre avec la grâce de Dieu dans la dernière évidence : et pour mieux assurer la foi des fidèles, je m'unirai aux colonnes de l'Église, c'est-à-dire sans affectation, à quelques-uns des principaux d'entre les évêques, comme feront volontiers, j'ose l'assurer, ceux qui se proposent d'écrire sur cette matière*...

1. Joan., III, 16. — 2. I Joan., IV, 10, 19. — 3. Notez la finesse et le pittoresque de cette expression. — 4. Ces derniers mots visent probablement Fénçlon qui ne prit pas la môme précaution que Bossuet.

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