CE QUI S*EST PASSÉ AVEC M. DE CHALONS, M. TRONSON ET MOI
Nous regardions comme le plus grand de tous les malheurs qu'elle eût pour défenseur M. de Fénelon. Son esprit, son éloquence, sa vertu, la place qu'il occupait et celles qui lui étaient destinées, nous engagaient aux derniers efforts pour le ramener... M. l'archevêquede Cambrai en parlait très diversement durant le temps de nos examens. Il nous a souvent épouvanté, en nous disant à deux et à trois ensemble, qu'il avait plus appris d'elle que de tous les docteurs (a) : d'Autres fois il nous consolait, en disant que, loin d'approa'\er ses livres, il était prêt à les condamner, pour peu qu'on le jugeât nécessaire. Je ne doutai non plus de son retour sur ce point que sur les autres ; et ne cherchant autre chose que de ramener à fond un homme d'esprit, d'une manière d'autant plus sincère qu'elle serait plus douce et moins forcée, je souhaitais qu'il revînt de lui-même comme d'un court éblouissement ; et nous crûmes tous qu'il fallait attendre à lui proposer l'expresse condamnation des livres de cette femme dans un temps qui ne lui ferait aucune peine (6). Voilà ces impitoyables, ces envieux de la gloire de M. l'archevêque de Cambrai, ces gens qui l'ont voulu perdre, qui ont poussé si avant leur rigueur, que le récit n'en trouverait point de croyance parmi les hommes. Qu'on nous marque du moins un temps où cette manie nous ait pu prendre. On pourra bien nous reprocher trop de ménagement, trop de douceur, trop de condescendance. Qu'il soit ainsi, je le veux: et, pour ne parler que de moi seul, que j'aie poussé trop avant la confiance, l'amour de la paix, et cette bénigne charité qui ne veut pas soupçonner le mal jusqu'ici tout au moins, il demeurera pour certain que
A. « J*ai dit d'elle que je Favais trouvée fort expérimentée dans les choses intérieures. Voilà tout ce que j'ai dit d'elle. J'ai dit de moi que j'avais plus appris en ces matières en examinant cette personne qu'en raisonnant avec les docteurs. Mais j'ai toujours dit qu'elle était très ignorante, et qu'il fallait seulement examiner si elle était aussi unie à Dieu Qu'elle me l'avait paru. » {Bép., p. 59) — B. »< J'avoue que la hauteur avec laquelle il me voulait flétrir par ce spectacle en paraissant me vouloir justifier, me paraissait une raison décisive pour ne pas faire ce qu'il voulait. » (Rép., p. 60.}
63*i BOSSUET
M. l'archevêque de Cambrai s'est désuni le premier d'avec ses confrères pour soutenir contre eux Mme Guyon.