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STYLE ET LA LANGUE DE BOSSUET

Couleur générale du style de Bossuet — Bossuet n'est pas un styliste, cest-à-dire qu'il ne se préoccupe pas de polir l'expression de sa pensée ; mais il est un écriv^ain de race et d'instinct, c'est-à-dire qu'il trouve l'expression qui convient le mieux à sa pensée. C'est ce qui explique qu'il prend tous les tons, solennel ou simple ou même ironique suivant le sujet qu'il traite.

Mais son style a cependant une couleur générale qui lui est propre. Il est oratoire et il est lyrique. Il est oratoire, c'est-à-dire que Bossuet songeant toujours à l'action, écrit pour démontrer quelque chose et donne à ses raisonnements une vigueur passionnée. Il est lyrique, parce que Bossuet a une imagination vive et un cœur d'une tendresse vibrante et qu'il renouvelle par là les grandes idées humaines qui fon| le fond de sa prédication, comme elles font la matière de toute poésie lyrique (1).

La langue de Bossuet. — Baquet a formé sa langue, vocabulaire et syntaxe, par la lecture des deux-antiquités profanes, de la Bible, des Pères, et des écrivains du seizième siècle, en particulier Amyot, Montaigne et Calvin. Il aimait ce vocabulaire du seizième siècle, si riche et ^i pittoresque, et cette phrase encore latine, encore libre d'allure, où il pouvait couler sa pensée tout à son aise. Sans doute, il voyait le travail qui s'opérait de son temps : Vaugelas, Thomas Corneille, Bouhours

(i) « Bossuet obéit à une émotion intérieure qui rythme et qui entraîne son raisonnement. Le ton est personnel et souvent impérieux comme celui d'un visionnaire . Il s'élève fréquemment à la méditation à la fois psychologique et mystique et alors il ressemble tout à fait à nos lyriques modernes. Il donne à ses développements une forme rythmique avec des refrains saissisants. » (Ch. M. DES Granges, Histoire de la Littérature française, Hatier, éditeur, p. 391.)

et bien d'autres devaient s'imposer même aux écrivains de génie, chasser de la langue un grand nombre de vieux mots et réduire la syntaxe sous la discipline d'une étroite grammaire. Bossuet résiste à ce mouvement comme ses contemporains, comme Corneille, La Fontaine et Molière. Mais les auteurs qui écrivent après 1680 se soumettent au joug. Bossuet, qui publie de 1680 à 1704 presque toutes ses œuvres, ne se soumet pas. Il garde le vocabulaire de son âge mûr ~ en abandonnant quelques mots trop archaïques — et il garde la syntaxe de 1660, malgré Vaugelas. Richelet et Thomas Corneille, malgré l'Académie qui, en 1694, a accepté les lois nouvelles et les a sanctionnées autorité. C'est le fait capital que j'ai essayé de mettre en évidence dans le Lexique et dans la Grammaire qui suivent (1).

(I) Pour rédiger cette grammaire et ce lexique, je me suis servi de la Syntaxe du dix-septième siècle de Haase, du Glossaire des classiques frart' çais de Huguet, du Dictionnaire deJuittré, des Lexiques de la Collection des Grands Ecrivains. En faiv-iie travaux de ce genre sur Bossuet ie n'avais que les observations tfrès brèves et assez confuses de l'abbe Lebarq {OÈuvres oratoires de Bossuet^ t. 1} et la thèse de M. Quilïacq sur la Syntaxe de Bossuet,

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