ADJECTIF
Forme. — Bossuet écrit toujours fol, fols, que l'adjectif précède ou suive le nom, ou qu'il soit employé ^omme nom ou comme attribut. « Me faire fol de moi-môme » (Vie Ùdchée). (Il écrit de même sol, pour sou, col pour cou, etc.). 11 est fidèle en cela à l'usage du seizième siècle.
Bossuet a écrit : « Est-ce donc si ^rand'chose que cette vie. » {Brièveté de la Vie.) On sait que grand est la forme primitive du féminin parce qu'il vient d'un adjectif latin qui n'avait qu'une forme pour le masculin et le féminin. L'apostrophe est donc abusive. Nous disons encore grand chose, mais dès que chose est déterminé nous disons grande. Bossuet est fidèle à l'ancien usage.
L'adjectif et le nom. — !• Bossuet emploie Tadjectif substantivement surtout dans les œuvres de jeunesse. « Quel est le victorieux dont le cœur... » (Saint Paul), « Anlonr des fortunés de la terre » {Dign. des Pauvres). Cf. « La lumière s'est levée au milieu des ténèbres pour les droits de cœur. » {Corn. Vep. et Comp.).
2» Parfois il emploie comme adjectifs des mots qui ne sont plus aujourd'hui que noms. « Quelque portion de cet esprit ouvrier » [Mort], Cf. la cheville ouvrière, « Style panégyrique » {(Saint François (d'Assise). Panégyrique est un véritable adjectif dont nous avons fait à tort un nom.
L'adjectif et l'adverbe. — Bossuet emploie l'adjectif adverbialement (parler haut, parler clair) e^ il emploie comme adjectifs des mots qui ne sont plus considérés que comme des adverbes. « On ne commet pas ordinairement la course aux plus vîtes » (Providence).
Place de l'adjectif qualificatif. — 1« Bossuet suivant l'usage du seizième siècle, place avant le nom certains adjectifs qu'on ne placera plus tard qu'après. « Si ceux-ci r>e rendent pas un assez publit témoignage à ma royauté o. (Ambition.)
8« Certains adjectifs qui ont deux sens suivant qu'ils sont placés avant ou après le nom, sont placés par Bossuet avant le nom tout en ayant le sens que nous leur donnons aujourd'hui quand ils sont après. Ex.: bon homme, brave homme, bonne vie, sacré nœud,* la seule pauvreté », (Saint Bernard.)
3» Malgré Vaugelas et l'Académie, Bossuet sépare parfois par le nom des adjectifs coordonnés. « C'était en vérité à Esdras une merveilleust entreprise et bien nouvelle dans le mond^ n (Hisl. Unit/erg.).
Degrés de signification. — !• Dans le superlatif relatif marqué par leplaSy le moins, même lorsqu'il indique le degré supérieur dune chose comparée avec elle-même, Bossuet fait accorder l'article avec l'adjectif, « Les archers anglais firent une décharge effroyable où la bataille était la plus épaisse. » {Hisl, de France,)
2* Comme les Latins il donne à un adjectif au positif la valeur d*uii supeilatif ou d*un comparatif. » Il serait long de démêler ce raisonnement. » (Providence,) (long = très long, trop long).
Adjectif démonstratif. — Bossuet omet l'adjectif démonstratif dans les mêmes cas que l'article. « Il faut donc expliquer ici le mystère de cet enveloppement el développement du Verbe. » (VI* Averl, Prolesl.),
Adjectif numéral. — - 1" Bossuet emploie l'ordinal là où nous mettons le cardinal. « La sentence en fut prononcée le neuvième juillet. (Variai,) ; 2° il emploie des adjectifs numéraux tombés depuis en désuétude, septante^ nonanle^ tiers (pour Vroisième) ; 3* il emploie l'adjectif numéral au neutre. « Le premier n'est tout au plus (la première chose).» (Ambition,)
Adjectif possessif — Malgré l'Académie, Bossuet supprime le possessif devant le second des noms unis par et, « Faisons l'homme à notre image et ressemblance. » (Politique.) C'est l'usage du seizième siècle.
Adjectif indéfini. — !• Aucun. -- A) Bossuet emploie aucun au pluriel. « Il n'y aura plus aucuns vestiges.» (Mort,) Cf. « Aucuns tourments n'ont pu empêcher les martyrs. » (Pascal.). BJ II emploie aucun dans le sens affirmatif de quelqu'un^ qui est le sens étymologique (aliquis unus), « Tant il craignait qu'on ne manquât à aucun (quelque) devoir. » {VAvert.)
2° Quelque, — A) Bossuet emploie quelque dans le sens de un.vi L'abandon est quelque espèce d'exil. » {Pentecôte), B) Quand il emploie la locution quelque chose il fait accorder, suivant l'usage du seizième siècle, les adjectifs ou les pronoms avec chose. « Venons à^quelque chose que le monde estime plus importante, » (Pentecôte.)
3» Tel. — A) Bossuet emploie tel seui^là où nous le ferions précéder de la préposition de : en tels cas. B) Il op'pose tel que à tel : « Tel que serait le crime, tel est l'attentat. » (Parole de Dieu,) Cf. ■ Telle qaune bergère aux plus beaux jours de fête... || Telle aimable en son air. » (BoiLEAu.) C) Bossuet emploie tel quel^ dans le style soutenu : « Nous, ministres tels quels de sa parole » (Pâques.)
4° Tout. — Bossuet fait accorder tout placé devant un adjectif et un nom. « Si nous sommes tout corps et toute matière. » (Mort.) « Des mouvements et des actions qui sont toutes artificielles. » Bossuet n'est pas d'accord ici avec Vaugelas ni avec l'Académie, ni avec l'usage général de son temps. Cependant Molière dit : « Vous êtes toute raison. » (Avare,)
Accord de l'adjectif. — Suivant l'usage du seizième siècle, quand un adjectif qualifie plusieurs noms, Bossuet le fait souvent accorder avec le dernier seulement. « Lui qui nous a été envoyé comme le centre de la réunion et réconciliation universelle. » (Ambition).
Complément de Tadjectif. — Très souvent chez Bossuet le com-
plément de Tadjectif est uni à l'adjectif par des prépositions autres que celles que nous employons aujourd'hui. (Voira la préposition.)