‹ Œuvres choissiesChapitre 218 sur 232 · ADVERBES DE NÉGATION · texte numérisé non relu

ADVERBES DE NÉGATION

Ne. — 1* Bossuet supprime ne dans les interrogations. « Cet amas suffit-il pas ? » (Passion.) Cf. « Ai-je pas réussi ? » (Molière, l'Étourdi^ IV, 5) ; 2" il supprime ne dans les phrases comparatives, même quand le premier membre de la comparaison est affirmatif. « Plutôt tout le monde sera renversé qail soit confondu dans ses espérances. » (Loi de Dieu.) « La reine sa mère ne l'aimait pas plus tendrement que faisait Anne d'Espagne. » (Madame) ; 3® Après douter — même quand la proposition principale n*est ni négative ni interrogative — et après prendre garde, Bossuet exprime ne, « Prenez garde surtout de n'écouter pas (d'écouter) avec mépris. » [Clèves) ; 4*> place de ne, voir Construction.

Non. — Bossuet emploie non plus dans le sens de pas plus. « Ils ne savaient non plus de nouvelles du monde que si un océan immense les en eût séparés. « (Saint Bernard,) Cf. « Il ne dort non plus que votre père. » (Racine, Plaideurs.)

Pas, point. — !• Bossuet emploie pas et point dans des cas où il nous paraît explétif, avec n/, aucun, rien, personne, ne que. « Ni la peine ni le repos ne sont pas encore où ils doivent être. » (Providence.) « Il ne lui est pas permis d'y paraître qu'à la suite de la sagesse. » {Parole de Dieu.) ajll n'était pas permis de rien entreprendre contre lui.» (Avert.aux JProtest.) Cf. « On ne veut pas rien faire ici qui vous déplaise. » (Racine, Plaideurs.) Vaugelas condamne tous ces emplois explétifs de pas et de point.

2» Par contre, Bossuet omet pas dans la locution non tant. « Encore qu'ils voient tous les jours non tant des pauvres et des misérables que la misère elle-même. » (Impénit. finale,)

3* Enfin, conformément à l'usage ancien, Bossuet supprime parfois pas et se contente de ne pour la négation. « Je ne daignerais seulement les écouter. « (Honneur.)

N. B. — Ces hésitations apparentes s'expliquent par l'histoire de la négation. La négation, jusqu'au seizième siècle, s'exprime par ne. Au seizième siècle on ajoute à ne, pour le renforcer, des mots comme mie (micam), pas (passum), point (punctum), qui ne sont pas des négations.

Employés avec ne, pas et point prennent la valeur négative, si bien que parfois ils suffisent à exprimer la négation, ne étant supprimé. Les règles qui régissent la négation sont fixées au début du dix-septième siècle, mais ne sMmposent déÛnitivement qu'après IbSO.

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