FI0URE8 DE ORAMMAIRB
Bossuet construit sa phrase d'une manière très libre ; en général il se préoccupe beaucoup plus du mouvement de l'idée que de la régularité grammaticale ; il écrit pour agir, comme s'il parlait, et il s'attache beaucoup plus à donner à l'expression une force persuasive qu'une élégance cadencée. Voici un exemple frappant de cette liberté de con»>
traction. « Un gentilhomme d'une race illustre, qui voit sa muson en crédit et ses proches dans les emplois importants, à qui sa naissance, son esprit, ses richesses promettent une belle fortune, à l'âge de vingtdeux ans, renoncer au monde au point que fit saint Bernard, vous seroble-t-il, chrétiens, que ce soit un effet médiocre de la toute-puissance divine ? « (Saint Bernard.)
Voici quelques exemples des figures les plus habituelles dans la langue de Bossuet :
AlliaDces de mots. — « Successeur de son martyre aussi bien que de son siège, r* {Église.) (^ Remplissant toutes les nations de son sang et de l'Evangile. » {Sainî Paul.)
Anacoluthes. — « Voyant enfin la mesure comble et qu'il ne restai^ plus. » {Passion.) Lorsqu'on le crut «o meilleur étal et que le duc d'Enghien était retourné. » {Condé.) « Ceux qui désirent la gloire, la gloire souvent leur est donnée. » {La Vallîère.) On pourrait citer de nombreux exemples analogues, changements de sujet, de temps, de mode, compléments de différente nature rattachés à un même verbe, phrases non liées, etc.
Syllepses. — On trouve chez Bossuet de nombreux exemples d'accord d'un mot non avec le mot auquel il se rapporte, mais avec l'idée évoquée par ce mot. « Douze pêcheurs entreprennent de convertir le monde si opposé aux lois qu'ils avaient à leur prescrire. » {Hist. Univ.)
Pléonasmes. — !• Du pronom personnel sujet. « Celui qui s'attache au tout... il trouve. » {Providence.) ; 2» du pronom complément. « De celte vérité qui est si connue, le docte saint Jean Chrysostome en a tiré cette conséquence. » (Honneur) ; 3» de l'adverbe. « Où l'arbre sera tombé, il y demeurera. » (Mort.)
Ellipses. — 1« De l'adjectif, o Marchez avec une sainte liberté et confiance. » (Lellres) ; 2* du pronom démonstratif. « Le caractère du royaume de Jésus-Christ est le même que (que celai que) Jésus-Christ a donné au royaume... » (Variai.) ; 3' du verbe. « Il consentit de traiter d'égal avec l'archiduc quoique frère de l'empereur (quoique ce dernier fût rère de). » (Condé); A'* de la préposition. « Quoi plus ? « (Mort.) « Une liberté entière de faire et ne faire pas. » {Avert. Protest.)
Remarque. — La plupart de ces figures sont des latinismes : Bossuet se contente de transporter en français la construction latine.
LEXIQUE
Abimer. — Endommager, ruiner. « Maux qui sont capables d'abîmer l'Etat. » {Lettre au Roi.) • Un procès, une saison cruelle, une taxe qui vous abime. >* (Massillon, Visitation.)
Aceident. —-Terme de philosophie qui désigne les qualités qui n'existent pas par elles-mêmes, mais uniquement dans une substance, «Ni l'édifice n'est plus solide que le fondement^ ni l'accident attaché à l'être plus réel que l'être même. » (Madame,)
Accommodé. — Riche, à Taise.
€ Un homme accommodé dans le siècle. » (Saint hrançois d'Assise.) Cf. « C'est un gentilhomme qui est noble, doux, posé, sage et fort accommodé. » (Molière, A vare^ I, 7.) Accommodé est vieilli dans ce sens.
Accompli. — Participe passé du verbe accomplir ^ complété, achevé. « La France le vit alors accompli par ces derniers traits. » (Condé.) D'ordinaire accompli est adjectif.
K Le modèle d'un roi accompli. »
[Hist. Uniu.^lhJk.)
Accomplir. — Achever, complé-
ter. « Il va donc... portant partout
sur lui-même la croix de Jésus et accomplissant ses souffrances. »
(Saint Paul.)
Action. — Contenance, tenue.
« Cet âge... n'est presque jamais dans une action composée. » {Saint Bernard.) « Action, dit Furetjère se dit des gestes, du mouvement du corps et de l'ardeur avec laquelle on prononce et on fait quelque chose : un étourdi n'a point d'action, de contenance arrêtée. »
Cf. «.Vos regards, vos pas, votre action, et votre ajustement ont je ne sais quel air de qualité qui enchante les gens. » (Molière, Cri' tique d^ l'École de Femmes,) Bossuet emploie aussi le mot action dans le sens de discours, u Comme j'ai dit en cette action « (Médit. ^ 1648.)
Admirer. — Signifie souvent au dix-septième siècle regarder avec étonnement. Il est ainsi employé par Bossuet dans le sermon sur les Démons. » Admirer de voir. »
Ailleurs, il signifie regarder avec admiration : « c'est d'abord de n'admirer rien. « {Providence.) a Admirons ici la piété de la reine. » (Heine d'Angleté)
Affecter. — Se dit pour marquer la recherche des honneurs, des dignités. « Affecter la royauté, la tyrannie, le premier rang. » (Académie.) « N'affectons r^^ ■ -''imiter la voix de Dieu. » {Part,.^ > '^) Cf.
« Quel droit as-tu reçu o ^enseigner, de prédire, de porter l'encensoir, et d'affecter l'empire ? »
(Voltaire, Mahomet.) On voit que le mot a conservé son sens au dixhuitième siècle.)
Affligé. — Abattu, accablé de maux (Afflictas.) « Seize années de douceur pour cette église affligée. »
« L'empire affligé se reposa sous Vespasien. » (Hist. Univers., 1, 10.)
Affluonco. — Richesse, abondance de toutes choses. « D'un côté, la joie, Vaffluence, » (Dignité des Pauvres.) Cf. « Cette afflaence, ce crédit, cette autorité... voilà ce que Dieu abandonne indifféremment au vice et au libertinage. »
(BouRDALOUE, Pensécs,)
Aliéner. — Ecarter, rendre hostile. « Vous avez aliéné leur esprit. » {Impénit. Finale.) « Par ses fureurs déplacées, elle aliène l'esprit de son fils. » (Diderot, Ess, sur Claude.) On voit que le mot a gardé son sens au dix-huitième siècle.
Amas. — Action d*amasser, terme du commencement du dixseptième siècle. «Biens dontTamas ne lui a coûté aucunes peines. »
{Ambition.) Cf. •' Borne tous tes désirs à ce qu'il faut faire || Ne les porte plus trop vers l'amas du savoir. » (Corneille, Imitation, 2.)
Amateur. — Adjectif : qui est passionné pour. « Accordons aux fols amateurs du siècle. » (Saint Bernard.) Cf. « profanes amateurs de spectacles frivoles. » (Racine, Esf/ier, Prologue.)
Amusement. — Ce qui fait perdre le temps. « Les grâces et les plaisirs ne sont qu'un dangereux
amusement, » {Madame.) Cf. « Moi je l'attends ici pour moins d'amusèment \\ Et je vais lui donner le bonjour seulement. » (Molière, Tartuffe, I, 3.)
Amuser. — Arrêter inutilement faire perdre le temps. » {Académie^ 1694.) a Si au lieu de diviser les armées et de les amuser. 9 {Reine d^Anglet.) Cf. « Amusez-vous du moins à débattre avec vous. (Corneille, Nicomède, V, 5.) « Tous ces désirs de changement qui vous amusent vous amuseront jusquau lit de la mort. « (Massillon, Petit nombre des Elus.)
Apetisser. — Rendre plus petit « Une lumière changeante qui...
allonge, apetisse^ augmente, diminue cette ombre qui me suit. »
{Vie cachée.) CL «Cadeaux, festins, bienfaits. i| Apelissaient les fonds de l'ambassade. » (La Fontaine, Belphégor,) — Ce verbe est peu usité après le dix-septième siècle; il a été remplacé par rapetisser.
Appât ou appas. — (Bossuet écrit apas). Appas est le pluriel de appât. Amorce, ce qui attire [ad pastum). « Il est malaisé de n'^re pas surpris par cet appas. » (Honneur.) « Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par Vappât de la liberté. »
(Reine dAnglet.) Cf. « Mais perdez cette erreur dont Yappât vous amorce. » (Boileau, Épit., 10.)
Appareil. — Pansement, remède. « Le premier appareil qui a donné le (commencement à la guérison. » (Ambition.) Cf. « Souffrir sans murmure est le seul appareil qui peut'guérirrennui.» (Malherbe, IV, 2.)
Applaudissement. ~ Approbation, louange accordée avec éclat. « Les choses qui ont parmi nous Vapplaudissemen t et la vogue. »
(Saint Bernard. (Cf. « Opinions
LEXIQUE
reçues avec applaudissement. «(Pascal, Prc/. Vide,)
Appliquer. — Attacher fortemeot à quelque chose. « S'app/iquant de cette sorte à la Providence. » (Providence.) « Un désir...
Quand on le sait appliquer. » (Ambition ) Cf « Est-ce une femme... plus appliquée à sa famille et à ses affaires. » (La Bruyère, 3.)
Appréhender. — Craindre.
« C'est pour nous qu'il appréhende. i> (Ambition.) Cf. « Qui n'appréhende rien présume trop de soi. » (Corneille, Polyeucte^ II, 6.) Bossuet emploie aussi quelquefois appréhender au sens latin de saisir (apprehendere). » Il a voulu appréhenier\a nature humaine, n (Bonté et rigueur de Dieu.)
Artisan. — Artiste. «Il savait parler à chacun selon ses talents...
A ïarlisan, de ses inventions. »
(Condé.) Cf. « Il y a des artisans ou des habiles dont l'esprit est aussi vaste que l'art ou la science qu'ils professent. » (La Bruyère, I.)
Assignation. — Affectation d'un fonds au paiement d'une dette.
« Dieu donne des assignations aux nécessiteux sur le superflu des opulents. » {Dignité des Pauvres.) Signifie d'ordinaire rendez-vous.
« Je ne sais point par où l'on a pu soupçonner |1 Celte assignation qu'on m'avait su donner. » (Molière, Ecole des Femmes.)
Assurément. — Avec assurance, avec fermeté. « Vous disiez autrefois si assurément. » (Passion.) Cf. a Qui marche assurément n'a point peur de tomber. » (Corneille, Polyeucte, II, 6.)
Assurer... (s ). — Ecarter toute peur. « Les uns après les autres, je les joins, tâchant de m'assurer. » (Brièveté de la vie.) Cf. « Un oracle ni*a$sure, «n songe me travaille. »
(Corneille, Horace, IV, 4.) « O bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore. »» (Racine, Eslher, 11,1.) S assurer que, locution très usitée au dix-septième siècle, signifie :
être certain que.
Attaciie. — Lien qui retienll'e»prit et le cœur, le plus souvent pris dans un mauvais sens : rompez vos attaches. A très souvent le sens d'attachement : « Détrompons les hommes de cette attache furieuse. ». (Ambition.) Cf. « D'ailleurs pour cet enfant leur attache ^est visible. (Racine, Athalie, 3.)
Attaclier. — Parfois dans le sens de faire dépendre de. « Attacher aux richesses tout ce qu'il y a d'honorable. » (Saint François d'Assise,) Cf. « Rome n'attache pas le grade à la noblesse. » (Corneille, Sertorius, II, 2.)
Attenter.— Entreprendre. (Bossuet l'emploie souvent activement):
« Je t'ai convaincue d'attenter sur l'intégrité de la vertu.» (Honneur.) « Ce prince qui attente de lancer la foudre. » (Parole de Dieu.) «Jusqu'à cette fatale prison, il n'avait pas seulement songé qu'on pût rien attenter contre l'État. » (Condé.) Cf. « Il n'attentera rien tant qu'il craindra pour lui. » (Corneille, Nicomède^ V, 5.)
Audience. — Le mot a deux sens : !• action d'écouter. « Sire»
elle est digne de votre audience. » (Mort.) Cf. « Je n'ai pu gagner un moment d'audience. » (Corneille, C/d, V, 6) ; 2» l'auditoire. « Des rencontres que l'honnêteté ne me permet pas de dire en cette audience. » (Saint Bernard.) Cf. « Ce n'est point cette indécence qu'il faut représenter devant une au»
dience respectable. » (Voltairb> Ep. Dédie, de Zadig.) On voit que ce mot a encore ce sens au dix*huitième siècle.
AYancer («*).— Se pousser dans les emplois, dans les charges qui donnent moyen de s'enrichir : »
Cet homme s'est fort avancé k la cour. » (FuRETiÈRE.) « Lcs exemples de ceux qui s'avancent. » {Ambition.) Cf. « Un homme d'un petit génie peut vouloir s'avancer. »> (La Bruyère.)
Avaneé. — Développé trop vite, épanoui trop tôt {maturalus.) a On appréhenda qu'elle n'eût le sort des choses avancées. » (Condé.)
Avare. — Avide, au sens latin (avaras) « praeler tandem nullius avari » {Ep. Pis.^ 163.) « Préférer la simplicité d'une vie particulière aux soucis et aux chagrins des avares. » {Madame.) Cf. « L'ambitieux ou si l'on veut l'avare s'en va par voie et par chemin. » (La Fontaine, Fables, YII, 12.)
Aventure. ~ Ce qui arrive ; sens général employé dans le style noble. « Renouvelez vos attentions pour voir la suite de cettd aventure. » {Saint Paul.) Cf. « Nous autres bénissons nolœ heureuse aventure || A-lIons à nos martyrs donner la sépulture. » (Corneille Pçlyeuctey Y, 6.)
Avoir. — Posséder, être maître de, a encore au dix-septième siècle toute la force du sens latin habere. « Cette puissance royale qu'elle avait pour le bien des autres. » {Reine d'Anglet.) « Les grands rois eurent bientôt après les honneurs divins, rf {ffist. Univ., II, 2.)
Balaiteor. — Tenir en équilibre. « Dont il se sert pour balancer les choses humaines. * {Marie-Théwtse.) Cf. Laissez à ma main, le soin de balancer \% cl^tin des humains » (Voltaire, Tancrèd-e.) Ne
se dit plus qu'au sens propre et physique, mais se disait encore au sens figuré au dix-huitième siècle.
Bénin. — !• Dqux, humain.
« Vous donc qui donnez aux juges ces regards bénins, ces oreilles attentives. » (Le Tellier.) 2" Favorable, bienfaisant (en paalant des choses). « Ces fleuves bénins qui coulent tranquillement et toujours. » (Méditations.) Cf. « Un astre plus6enm vient d éclaircir tes jours. » (Corneille, Théodore, V, 3.)
Bienséance. — Ce qui conv vient, ce qui sied : « Il était de la bienséance qu'il liât société avec ses semblables. » Bienséance, au dix-septième siècle, signiiie souvent ce qui convient, c'est-à-dire ce qui est commode utile, avantageux. « Cette maison meublée est à ma bienséance. » (Mouère, Etourdi, V. 1.)
Bout. — (Dans l'expressionpou^ser à bout), l'endroit du précipice et de la ruine. « Poussons à bout la gloire humaine. « {Condé.) Cf.
« Poussons à bout l'ingrat. «(Racine, Bajazet, IV, 4.) L'expression a perdu toute sa force.
Brisure. — Partie brisée. « Il guérit en un mom'ent toutes ses brisures » {Clèves.)
Captiver. - Faire ou retenir captif, tt II a captivé tout entendement sous l'obéissance de Jésus- Christ. >) {Saint Paul.)ii Nous ne soupirons pas quand on captive la maîtresse même, la raison. (Ambition.) » Cf. M Dans la prise de ce vaisseau il y a quinze prisonniers qui ont été captivés. >» (Furetière.) « Cessez indignes fers, de captiver un roi. » (Cobneillç, Médée, V, 5.)
LEXIQUE
Capîioer n'est plus employé dans ce sens ; il signifie séduire, gagner, sens qu'il avail déjà aussi au dix-septième siècle.
Caractère.— Marque.emiSreinte au sens étymologique (yapàoaeiv graver.) « Il y mit la bonté comme le propre caractère de la nature divine. » {Condé.) «« Faut-il que sur le front d'un profane aduUère || Brille de la vertu le sacré carac-' tère. » {Racine, Phèdre, IV, 2.)
Casuol. — Qui est soumis au hasard, aux accidents. « L'événement en est casuel. » {Impénil. Finale.) « Les choses morales si compliquées, si casuelles. >» (Fonte- NELLE, Bernouilli.)
Chagrin. — Humeur chagrine qui se tourmente ef engendre l'esprit de malveillance et d'opposition. « Il permet à l'esprit de séduction de répandre partout un chagrin superbe. » (Reine dAnglel.) Cf. « J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre. » (Racine, Phèdre, I, 3.) « Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre. » (Molière, Misanthrope, I, 1.)
Charger — Attaquer avec impétuosité. « Quelques-uns furent chargés au corps de garde. » {Hist ) Cf. « Ces paysans chargèrent les bourgeois de pierres et de bâtons. »
(Vertot, Histoire des Révolutions romaines, X, 10.
Charme. — (Charmer, charmant.) Ce mot a conservé quelque chose de son sens latin {Carmen, enchantement magique.) « Ce qui se fait par art magique pour produire un effet extraordinaire. »
(Académie.) « De toutes les passions^ la plus charmante c'est l'espérance. » (Saint Bernard.) « Ce grand Dieu avait préparé un charme innocent au roi d'Angleterre. »
(Reine d'Anglet.) « Comme il eut aper(}u que le plaisir de dogma-
tiser était le charme qui possédait les esprits. » (Ibid.) Cf. « Il se tait, et ces mots semblent être des charmes \\ Même aux six combattants, ils arrachent les armes. »
(Corneille, Horace, III, 2.)
Chef. — Tête. « Membres d'un c/ïe/* immortel. » (Pâques.) Cf. « Immolez donc le chef que les ans vont ravir || Et conservez pour vous le bras qui peut servir. » (Corneille, Cid, II, 8.)
Citoyen. -- Concitoyen. « A la
vue de ses citoyens. » (Condé.) Cf.
« Savez-vous qui peut être un de vos citoyens \\ Qui retourne en ces lieux avec beaucoup de biens. »
(Molière, Ecole des Femmes, I, 4.)
Civilité. — Bonnes manières à l'égard d'autrui, de ses concitoyens (cives.) » Bernard qui avait la civilité comme naturelle. » (Saint Bernard.) Cf. • La politesse flatte les vices des autres, la civilité nous empêche de mettre les nôtres au jour. » (Montesquieu, Esprit des Lois, XlXj 16.) Etymologiquement, la civilité est ce qui préside aux relations entre citoyens, la politesse est la qualité de ceux qui ont été polis par l'éducation, la courtoisie est le savoir-faire de ceux qui ont fréquenté les cours.
Cœur. — 1» La pensée intime»
les dispositions secrètes. « David que Dieu trouva selon son cœur. »
(Hist. Univ., II, 3.) Cf. « Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur || On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. » (Molière, Misanthrope, l, 1) ; 2* l'affection, la tendresse. « Les deux princesses ne furent qu'un même cœur.^t (Clèves); 3" là personne qui éprouve elle-même ces sentiments. « Avezvous un secret important, versezle hardiment dans ce noble cœur. »
(Madame.) Cf. « Toutefois aux grands cceurs donnez quelque f»v-
blesse. « (Boileau, Art. Poél.) ; 4« courage. « Ils ne voulaient pas qu'on s'y prît d'une manière à lui faire perdre cœur, » (Variations.) Cf. tt Rodrigue as-tu du cœur ? »
(Corneille, Cid, 1) ; 5» générosité, fierté d'âme et de sentiments.» Issue de cette race, son grand cœur a surpassé sa naissance. » [Reine d'Anglet.) « Au travers des périls, un grand cœur se fait jour. » (Raci»E, Andromaque, III, 1.)
Comble. ~ Ce qui est au-dessus des bords d'une mesure déjà pleine,, et au figuré, le dernier degré, le plus haut point. De là l'expression mettre le comble. Bossuet dit de préférence ajouter le comble, ce qui est plus juste. « Le cruel Néron qui ajoutera le comble à ses crimes. » [Saint Paul.)
Commerce. — 1^ Relations amicales ou simplement mondaines.
« C'est une vertu de commerce. »
[honneur.) Cï « ... Le silence perpétuel qui serait une chose pire dans le commerce que les discours inutiles. » (La Bruyère, 5) ; S» circulation et échange. « Ce peu de matière... qui doit être éternellement dans le commerce. » [Mort.)
Commettre. — !• Confier [commiltere.) « Dans trois fonctions importantes du ministère qui lui est commis. » (Saint Paul.) Cf. « Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis. » (Corneille, Cinna, IV, 3) ; 2» exposer, compromettre. « Sans commettre l'autorité du roi. » [Reine d'Anglet.) Cf. « C'est un trésor trop cher pour oser le commettre. (Racine, Phèdre, III, 3) ;3« préposer à.
« Les souverains qu'il a commis pour régir ses peuples. » [Purification.) Cf. « Je vous commets au soin de nettoyer partout. » (Molière, Avare, III, 1) ; 4" commettre deux personnes ou deux choses l'une avec l'autre, les brouiller, les opposer. « Tu t'abuses, Marcion, de
commettre ainsi la justice avec la bonté comme si elle lui était opposée. » [Bonté et rig. de Dieu.) Cf.
« Qu'eussé-je fait, PoUux, en cette extrémité || Qui commettait ma vie avec ma loyauté. » (Corneille, Médée, I, 1) ; 5» se commettre, se confier et s'exposer. — Au premier sens, on peut rattacher commission, « Si le Seigneur ne leur a pas donné de commission, n [Parole de Dieu.)
Commode. — D'humeur facile et aimable (commodus). « Admirant dans un si grand prince une amitié si commode. » (Condé.)
^Communion. — Croyance uniforme de plusieurs personnes qui les unit dans une même Eglise.
« Ils avaient blâmé les mauvaises mœurs sans rompre la communion. »
[Saint Bernard.) Cf. « Pour les fidèles qui sont dans la communion de l'Eglise. « (Pascal, Prov.^ 16.)
Composer. — Mettre dans un ordre et une attitude convenables componere.) « Cet âge... n'est presque jamais dans une action corn" posée.n [Saint Bernard.) « Si nous donnons ce moment de la vie présente à composer nos mœurs. » (Ambition.) Bossuet dit d'un cheval trop ardent qui se modère : « Il se compose. ^^ [Méditation.) Cf. « Tâchez de vous composer par étude. » (Molière, Fourberies de Scapin, I.)
Comprend|*e. — Au sens latin (comprehendere). Saisir. « Où avonsnous pu comprendre cette éternité. » [Mort.)
Concert. — Action de concerter, de disposer les moyens pour arriver à un but. « Une entreprise dont le succès paraît infaillible, tant le concert en est juste. » [Reine d'Anglet.) Cf. M Mais surtout qu'un concert unanime et parfait |i De nos vastes desseins assure en tout
LEXIQUE
reffet. » (Voltaire, Calilina, II, 6.) Le sens de ce mot s'est conservé au dix-huitième siècle.
Concourir. — Se rencontrer et se joindre pour une opinion ou ane action. « Je vois les sages concourir à ce sentiment. » {Reine d'Anglet.) Cf. « Au milieu de tant de gens concourant à leur plaire. »
(Rousseau, Emile, IV).
Conduite. — !• Action de conduire. « Se rendre dignes instruments de la conduite supérieure. »
(Providence.) Cf. w II se fait remet-, tre entre les mains la garde d'Héraclius et sa conduite au supplice.
(Corneille, Examen d'Héraclius) ; 2° direction, règles et méthode de direction. « Notre grand Dieu nous donne une autre conduite. » (Ambition.) «Il ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier de peur... qu'il ne marche sans règle et sans conduite. >> {Madame); au pluriel conduites^ règles par lesquelles un homme est conduit, desseins de celui qui le conduit.
« Entrons dans une profonde considération des conduites de Dieu sur elle. » {Madame.) Cf. « J'honore plus que jamais les conduites de la Providence. » (Sévigné.)
Confldomnionl;. — En confidence. « C'est ce qu'il écrit confidemmenl, » (Variations,) Cf. « Je vous en ai parlé tantôt confldemmenl. » (Corneille, Sertorius, IV.)
Confondre.— Accabler et brouiller l'esprit. « La multitude des objets ne le confond pas. » (Condé.) Cf. « La Trinité confond notre petitesse, accable nos sens. » (Chateaubriand, Génie du Christianisme^ I, 4.) On voit que le sens de ce mot est resté.
Connaître. — Dans la langue du dix-septième siècle, a des sens très divers : savoir, comprendre^ connaître^ distinguer^ admettre. Bos-
suet emploie connaître dans le sens très énergique de : avoir pleine connaissance de la nature, des caractères, des ressources d'un homme ou d'une chose. « Un roi qui sait se connaître. » (Reine d'Anglet.) « Ces deux grands rois se connaissent. » (Madame.) « Vous hommes qu'il a éclairés de sa connaissance. » (Providence.) C'est-à-dire, vous qui savez ce qu'il est.
Consacrer. — Vouer à Dieu et par suite purifier par cette destination sacrée. « Si la piété n'avait comme consacré ses autres vertus. » (Condé,) Cf. « Pour consacrer ses travaux apostoliques par le mérite de l'obéissance. »(Fléchier, Panégyriques.)
Conseil. — Dessein formé avec réflexion (consilium), d'où parfois résolution, parfois calcul. « Il ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil. »
(Reine d'Anglet.) Cf. « Paul-Emile avait près de soixante ans, mais l'âge n'avait fait que lui ajouter une maturité de conseil et de prudence. »» (Rollin, Histoire Ancienne.) Au pluriel, s'applique aux résolutions calculées, et aux principes qui les dictent, en particulier du roi ou des grands. Appliqué à Dieu, il ^signifie les desseins secrets. « Etudier les consens de la divine Providence. » {Reine d'AngleU)
Conséquences. — Conclusions.
« Tant il est sûr dans ses conséquences. » (Condé.) Très rare, employé absolument ; d'ordinaire, il est complément direct. Cf. « On tire de leur conduite des conséquences admirables. » (Pascal, Provinciéiles.)
Considération. — !• Circonspection, prudence. « Les châtiments étaient ordonnés avec grande considération. » (Hist, Univers.) ; 2* action d'étudier avec soin. « Si
nous voulons discuter les choses dans une considération plus subtile. » {Mort.) Cf. « Tout ce qui tombe sous la considération des géomètres. » (Pascal, Géométrie) ; 3» estime dont on jouit. « Leurs richesses les mettent en considération dans le monde. » (Saint François d'Assise.) Cf. h Cet habit me met en considération, » (Molière, Don Jaan, III, 1.)
Considérer. — Estimer. « O grandeur humaine, je ne vois rien en toi que je considère. » [Mort.) Cf. « Je t'ai considéré plus que tu ne mérites. » (Corneille, Po/i/eucfc, V, 2.) Ailleurs considérer signifie regarder avec soin.
Consommor. — On a longtemps confondu consommer et consumer. Aujourd'hui consommer signifie employer ou achever, consumer signifie détruire. Au dixseptième siècle, d'après M. Huguet {Petit glossaire des classiques français) consommer signifie détruire et, consumer signifie employer ou achever. L'affirmation n'est pas exacte ; il y a confusion de deux sens. Bossuet emploie consommer dans le sens d'achever. « Commencer la félicité avant que de la consommer. » {Ambition.) « La lumière consommée de la gloire. » Cf.
* On va achever et consommer la démonstration. » (Pascal, Géométrie.)
Constant. — 1* Certain. Bossuet emploie constant dans ce sens. « Il n'y aura aucun fait qui ne soit constant. » ( Variations .) Cf. K II faut tenir pour constant que cette proposition est vraie. * (Descartes, Discours de la méthode) ; 2» régulier, persévérant. « Les jours se succèdent avec des révolutions si constantes. » {Loi de Dieu.)
Consulter. — l"* Réfléchir avant d'agir. « Vous consultez trop long-
temps. »> {Pâques,) Cf. « Je n'ai point consulté pour suivre mon devoir. » (Corneille, Horace, II, 3) ; 2° consulter une chose, délibérer sur une chose. « Pendant que les médecins consultent l'état de sa maladie. {Impénit . finale.) Cf. « Huyghens consultait à M. de l'Hospital ses difficultés sur le calcul différentiel. » {Fonlenelle .) Bossuet écrit aussi dans le même sens consulter sur et consulter de.
Contention. — !• Effort. « Ce n'est point la véhémente contention qui l'a fait descendre. » {Parole de Dieu.) Cf. « Ne croyez pas qu'il faille se donner beaucoup de contention afin de prier Dieu. » (FÉ- NELON, XVII, 323) ; 2"» dispute.
« Voilà ce qu'il dit pour s'excuser après la rupture ouverte. Mais durant la contention, il alléguait une excuse plus vraisemblable. »
{Variations, I, 23.) Cf. « Ils font de la vérité un sujet de contention et de vaine philosophie. » (Massillon, Av. Epiphanie.)
Contentieux. — Animé de l'esprit de discussion, de polémique « Cet ouvrage qui pourrait paraître contentieux. » {Variations. Préf ) Cf. « Cherchez hors de cette sainte unité, vous n'y trouverez que des cœurs contentieux. « (Fénelon, Lelt. sur l'Autorité de l'Église.)
Contexture. — Tissure de parties formant un tout. « Je me suis souvent étonné d'une si étrange contexture. » {Impénit. finale), c'està-dire de la réunion de parties si dissemblables.
Convenable. — Conforme, qui convient à. « Dieu donne... des enseignements convenables aux saintes dispositionsde ceux qui écoutent. »
{Profession de Mlle de la Vallière.) Cf. « Obligés à une restitution convenable à leur négligence. » (Flé- CHIER, Sermons, II, 271). Cet emploi d^€Onoenable est de la langue
LEXIQUE
du seizième siècle. « Opinions et espérances convenables k noire mortel appétit. » (Montaigne, II.)
Converser. "— Vivre avec {conversari). »< Ce Jésus qui a conversé avec les apôtres. » [Saint Paul.) Cf."Nous ne conu«rso/ïs plus qu'avec des ours affreux. » (La Fontaine, Fables, XI, 7.)
Correspondance. — Réciprocité de iîentiments. « Unir a notre assemblée avec une fidèle correspondance. » (Unité de VÉglise.) Cf.
« C'était à qui vivrait avec lui dans une parfaite correspondance. » (La Fontaine, Psyché^ I.)
Couché. — Mis par écrit (du latin collocare). « Il y en eut une (proposition) couchée en ces termes. »
(Variations, 1.) Cf. « J'aurais regret d'être obligé d'écrire et de vous voir couché dans mon procèsverbal. » (Molière, Tartuffe, V, 4.)
Courage. — Cœur. « L'abondance amollirait les courages. »
(Dignité des pauvres.) « Calma les courages émus. » (Condé.) Cf. « Homère aux grands exploits anima les courages. » (Boileau, Art poétique, IV ) 2^ L'ensemble des sentiments qui constituent le caractère, l'esprit (voir ce mot). « Noble animal, fait pour être conduit de Dieu, et le porter, pour ainsi dire, c'est là ton courage, c'est là ta noblesse. »
(Médidations).
Couleur. — Prétexte, apparence. « S'ils se plaignent c'est avec quelque couleur de justice. »
(Dignité des Pauvres.) Cf. « J'inventai des couleurs, j'armai la calomnie. » (Racine, Esther^ II, 1.)
Créance. ~ Croyance, foi, opinion. « Notre créance. » (Catéchisme Paul Ferri.) Cf. « Quand les vices nous quittent, nous nous flattons de la créance que c'est nous qui les quittons. » (La Kochefou- CAULD, Maximes, 192.)
Creux. — Fond. « Du creux de leur tombeau sortira cette voix. »
Cf. « Quand Maurice peut tout du creuxdeson cercueil. «(Corneille, Héraclius, I, 3.)
Curieux. — Est adjectif et signifie désireux de, attentif à. Il est aussi nom et il désigne un amateur, un collectionneur. « Certains tableaux que l'on montre dans /es bibliothèques des cur/eux. » (Prov.) Cf. « J'ai reçu l'autre semaine dixhuit cents livres de ce curieux pour les deux grands tableaux. » (Régn., Rel. Imp.)
Davantage. — « Se met au commencement d'une période pour servir de liaison et de transition et signifie en outre, de plus. » Fu- RETiÈRE. '( Davantage quelle apparence de quitter le monde dans un âge. » (Saint Bernard.) Bossuet a souvent employé ce mot qui a vieilli dans ce sens. Cependantt Paul-Louis Courrier qui affectait l'archaïsme a dit : « Les Mages résolurent de se rendre amis Poréxarpe parce qu'il avait tout sujet de haïr Cambyse, davantage était homme grandement estimé des Perses. »
Débris. ~ Destruction, ruine.
« Ce débris inévitable des choses humaines. » (Madame.) Cf. « Ajax, à l'âme impatiente. || De boucs g\ de moutons fît un vaste débris. * (La Fontaine, Fables, XI, 3.)
Découverte. — Action de découvrir etde faire connaître. « Elles attendent que Dieu fasse la a'ecouverte de ses enfants. » (Féliciié det Saints.) Les dictionnaires ne citent pas d'autre exemple de ce mol employé de cette manière.
Décharge. — Soulagement, allégement. « Vous travaillez à votre décharge. ^^ {Dignité des Paavres.)CÎ.
« Il faut craindre de faire de la confession une décharge de cœur sans se corriger. » (Fénelon.)
Défaut. — 1*» Ce qui manque, donc l'endroit faible. «. Lesgrandes fortunes ne prennent pas plaisir qu'on remarque leur défaut.y>{Morl . ) Cf. M Fuyez un ennemi qui sait votre défaut. » (Corneille, Polyeucte, I, 1); 2° imperfection morale. « Elle étudiait ses défauts. •> (Madame.)
Déférer. — Porter devant une juridiction. « Les évêques déféraient tout à l'autorité de Bernard. » {Saint Bernard.) « Les rois déféraient au peuple le jugement souverain. {Hist. Univ.., III, 6.) Cf.
« Pourquoi donc au Sénat ne pas me déférer? (Voltaire, Calilina, Ih 3.)
Dégagement. — Action de dégager, de retirer, de débrouiller.
« Voilà le dégagement de tout l'embarras. » {Mort.) Littré ne donne pas d'exemples de cet emploi.
dégager (sa parole). — Faire la cbose promise. « Il faut dégager sa parole. » {Honneur.) Cf. « Vous même dégagez la foi de vos oracles. » (Racine, Iphigénie, V, 2.)
Dégrader. — Faire descendre de son rang {de gradu). « On se rabaisse sans se dégrader. « {Reine d'Angleterre.) « Un gentilhomme sans cœur se dégrade. »{Hisl. Univ.) Cf. « Quelle hauteur dans ces fiers républicains qui dégradent ainsi sur-le champ un roi malheureux. »
(RoLLiN, Histoire Ancienne.)
Degré. — A aussi le sens de dignité, et des grades quiy mènent.
« Autantqu'il respectait leur dcpré, autant a-t-il quelquefois repris leur personne. » {Saint Bernard.) Cf.
« Vous voyez donc, mon père, que
le degré éminent où senties papes ne les exempte pas de la surprise. »
(Pascal, Provinciales, XVIII.)
Délecter. — Faire pleinement savourer un plaisir. « Les prédicateurs doivent rechercher . ou une harmonie qui délecte. * {Parole de Dieu.) Mot très employé au seizième siècle. « C'est le plaisir où il se délectait. » (Marot, III, 307.)
Délicat. — Les divers sens de délicatesse, notamment /*acz7e à blesser. « Des yeux si délicats ne serontils pas offensés. » {Mort.) Cf. « Et plus l'amour est fort, plus il est délicat. » (CoRNEitLE, Poésies diverses.)
Délicatesse. — Mot employé par Bossuet avec des sens très divers : 1* circonspection scrupuleuse. « Quelle doit être la délicatesse d'un chrétien sur le plaisir des louanges. » {Honneur); 2" susceptibilité. « L'amour de la liberté poussé jusqu'à une délicatesse insupportable. » {Hist, Univ,, III, 6) ; 3" finesse de langage. « Saint Paul est trop grave... pour rechercher ces délicatesses, » {Saint Paul) ; 4« raffinement. « Des délicatesses d'orgueil qui n'ont point de nom. »
{Ambition.) Dans ce sens délicat, « Et des yeux si délicats ne serontils pas offensés ? » {Mort) ; 5° recherche dans la nourriture. « Elle fuit les délicatesses exquises de la table du favori. » {Ambition); 6° arguties. « Toutes ces subtilités et délicatesses de l'école. » {Instruct, Paslor. de M. de Cambrai.)
Délicieux. — Signifie parfois ami des délices, de la volupté (sens du seizième siècle.) « O croix !...
notre siècle délicieux ne peut souffrir votre dureté. >» {Saint Paul.) Cf. « A cette fin qu'ils se châtiassent eux-mêmes en se déportant d'être superflus, somptueux et délicieux » (Amyot, Cal.)
LEXIQUE
Dèmansealflon. — Envie cuisante de faire une chose. « Une démangeaison d innover. » {Reine d'Anglet.) Cf. « 11 faut qu'un galant homme ait toujours grand empire Il Sur les démangeaisons qui lui viennent d'écrire. » (Mouère, Misanthrope, I, 2.)
Dèmêlor (se). — Devenir clair.
« Que ces vérités se démêlent et s'éclaircissent dans mon esprit. »
{Condé.) Cf. « Je crois maintenant concevoir les maximes de gouvernement que vous m'avez expliquées; d'abord elles me paraissaient comme un songe, mais peu à peu, elles se démêlent dans mon esprit. » (FÉNELON, Télémaquct XXIV.)
Dénier. — !• Refuser. « Dénier l'adoration. » {Honneur.) Cf. « Le ciel m'a dénié cette philosophie. »
(Molière, Femmes Savantes, IV, 2) ; 2» nier. « Les Grecs, les Jacobites...
à qui il ne dénie pas qu'il n'ait accordé le salut. » {Avert,) Cf. « Philotas dénia le crime. » (Vaugelas.)
Dénoncer. — Annoncer, déclarer (denanliare). « Il dénonce à Jérusalem sa chute prochaine. »
(Hist. Univ.) Furetière dit : « On dit proverbialement : je vous dis et je vous dénonce que je vais faire une telle chose, pour dire : je vous déclare. » Cf. « Il me dénonce expressément cette volonté despotique. » (Voltaire, Lettres.)
Déplaisir. — Douleur d'esprit, afQiction. « Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent point sous la pourpre? »» {Marie-Thérèse.) Cf.
« Ce coup est un peu rude à l'esprit le plus fort ; Il Et je doute comment vous portez cette mort. || — Sire, avec déplaisir, mais avec patience. >»
(Corneille, Horace, V, 2.)
Déposer. — Mettre en dépôt.
« Donner la parole autrement que
ne l'a déposée entre les mains de son Eglise le céleste prédicateur. »
{Parole de Dieu.) « Rien ne vous ravira ce que vous aurez déposé en ses mains divines. » {Madame.) Cf. « Le cultivateur s'est vu forcé de déposer ses récoltes dans les magasins du gouvernement. » (Hay-