‹ Œuvres choissiesChapitre 24 sur 232 · Bossuet orateur, p · texte numérisé non relu

Bossuet orateur, p

I^OTicE. — Bossuet a repris ce sermon en lfi65 pour le carême de Saint- Thomas-du-Louvre et y a apporté quelques légères retouches. La présence du prince de Condé n'était pas attendue, et Bossuet dut improviser son compliment qui est d'un tour très heureux et plein de dignité. Gandar remarque l'aisance de tout ce discours qui dut être composé très vite.

Analyse. — Bossuet fait son procès à l'honneur du monde devant le tribunal de Jésus-Christ. 11 l'accuse de flatter la vertu pour la corrompre — de déguiser le vice pour lui donner le crédit — d'attribuer aux hommes ce qui appartient a Dieu.

Premier point. — Les louanges corrompent la vertu. La vraie vertu chrétienne ne songe pas à attirer les regards, elle se méfie de la vaine gloire et de l'amour-propre et même des louanges qui sont méritées et qu'on n'a pas recherchées.

Deuxième point. — Le vice grossier n'a pas de crédit dans le monde. Mais l'honneur du monde déguise le vice et le monde respecte le vice déguisé sous les apparences de la vertu.

Troisième point. — Tout bien appartient à Dieu et Thomme n'a rien de lui-même. Attribuer un bien à un homme par la louange c'est commettre envers Dieu un vol, péché plus grave encore qu'une désobéissance.

Dicite fllias Sion : Ecce rex tuus venit liai mansuetus.

Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui fait son entrée, plein de bonté et de douceur. (Paroles du prophète Zacharie rapportées dans l'évangile de ce jour, en saint Math., XXI, 5.)

Parmi toutes les grandeurs du monde, il n*y a rien de si éclatant qu'un jour de triomphe; et j*ai appris de Tertullien que ces illustres triomphateurs de l'ancienne Rome marchaient au Capitole avec tant de gloire, que, de peur qu'étant éblouis d'une telle magnificence, ils ne s'élevassent enfin au-dessus de la condition humaine, un esclave qui les suivait avait charge ^ de les avertir qu'ils étaient hommes : Respice posl le, hominem memenîo îe. Ils ne se fâchaient pas de ce reproche : Celait là, dit Tertullien, le plus grand sujet de leur joie, de se voir environnés de tant de gloire, que l'on avait sujet de craindre pour eux qu'ils n'oubliassent quils étaient mortels. Hoc magis gaudet lanta se gloria coruscare, ut illi admonitio conditionis suas -sit necessaria ^.

Le triomphe de mon Sauveur est bien éloigné de cette pompe; et quand je vois le malheui^eux équipage ^ avec

1. Avait charge. Grammaire: Article. — 2. Apolog. XXXIII. — 3. Equipage. Lex.

lequel il entre dans Jérusalem, au lieu de Tavertir qu'il est homme, je trouverais bien plus à propos, Chrétiens, de le faire souvenir qu'il est Dieu. Il semble en effet qu'il Ta oublié. Le prophète et l'évangéliste concourent à nous montrer ce roi d'Israël monté, disent-ils, sur une ânesse^ sedens super asinam ^. Ha! Chrétiens, qui n'en rougirait? Est-ce là une entrée royale? Est-ce là un appareil de triomphe? Est-ce ainsi, ô Fils de David, que vous montez au trône ^ de vos ancêtres et prenez- possession de leur couronne ?

Toutefois arrêtons 3, mes Frères, et ne précipitons pas notre jugement. Ce roi, que tout le peuple honore aujourd'hui par ces cris de réjouissance, ne vient pas pour s'élever au-dessus des hommes par Téclat d'une vaine pompe, mais plutôt pour fouler auxpieds les grandeurs humaines; et les sceptres rejetés, l'honneur méprisé, toute la gloire du monde anéantie, font ^ le plus grand ornement de son triomphe. Donc, pour admirer cette entrée, accoutumonsnous avant toutes choses à la modestie et aux abaissements glorieux de Thumilité chrétienne, et tâchons de prendre ces sentiments aux pieds de la plus humble des créatures, en disant : Ave.

Aujourd'hui que notre monarque fait son entrée dans Jérusalem au milieu des applaudissements de tout le peuple, et que, parmi cette pompe de peu de durée, l'Église commence à s'occuper dans la pensée^de sa Passion, je me sens pressé, Chrétiens, de mettre aux pieds de notre Sauveur quelqu'un de ses ennemis capitaux, pour honorer tout ensemble et son triomphe et sa croix. Je n'ai pas de peine à choisir celui qui doit servir à ce spectacle : et le mystère ^ d'ignominie que nous commençons de célébrer ^ et cette magnificence d'un jour que nous verrons tout d'un coup changée en un mépris si outrageux, me persuadent facilement que ce doit être l'honneur du monde.

L'honneur du monde, mes Frères, c'est cette grande

1. L'âne est en Orient un « animal, noble » ; mais il est le symbole de la douceur; Jésus en entrant à Jérusalem sur un âne voulait apparaître en roi pacifique. — 2. Monter au trône. Grammaire : Préposition. — 3. Arrêtons. Grammaire : Verbe. — 4. Grammaire : Construction. — 5. S'occuper dans. Grammaire : Préposition. — 6. Mystère. Lex. — 7. Commençons de célébrer. Grammaire : Verbe.

?4 iBOSSUÈt

statue que Nabuchodonosor veut que Ton adore. Elle est d'une hauteur prodigieuse, alliludine cubiîorum sexaglnta, parce que;riejr\ ne paraît plus élevé que Thonneur du mon(|e. Elle ,est toute d'or, dit rÉcriture *■ : Fecil sîaiuam auream, parce que rien ne semble plus éclatant. Toutes d^s langues elious les peuples adorent celte statue, Omnes tribus et linguœ adoraverunt statuam auream '-; tout le monde sacrifie à. l'honneur, etces fifres, et ces trompettes, et ces hautbois, et ces tambours qui résonnent autour de la statue, n'est-ce pas le bruit de la renommée ? Ne sont-ce pas les applaudissenients et les cris de joie qui composent ce que les hommes appellent la gloire? C'est donc, Messieurs, cette grande et superbe idole que je veux abattre aujourd'hui aux pieds du Sauveur. Je ne me contente pas. Chrétiens, de lui refuser de l'encens avec les trois enfants de Babylone 3, ni de lui dénier l'adoration que tous les peuples lui rendent : je veux faire tomber sur cette idole le foudre * de la vérité évangélique; je veux l'abattre tout de son long devant la croix de mon Sauveur; je veux la briser et la mettre en pièces, et en faire un sacrifice à Jésus-Christ crucifié, avec le secours de sa grâce.

Parais donc ici, ô honneur du monde, vain fantôme des ambitieux et chimère des esprits superbes ; je t'appelle à un tribunal où ta condamnation est bien assurée. Ce n'est pas devant les Césars et les princes, ce n'est pas devant les héros et les capitaines que je t'oblige de comparaître "' : comnie ils ont tous été tes adorateurs, ils prononceraient à ton avantage. Je t'appelle à un jugement où préside un roi couronné d'épines, que Ton a revêtu de pourpre pour le tourner en ridicule, que l'on a attaché à une croix pour en faire ^ un spectacle d'ignominie : c'est à cetribu^al que je te défère, c'est devant ce roi que je t'accuse. De, quels crimes l'accuserai-je? Chrétiens, je vous le. yajs dire"^. Voici trois crimes capitaux dont j'accuse

rhonnéur du monde; je vous prie de les bien entendre^

1. Daniel, III, 1- — 2. Daniel, III, 7. — 3. Ananias, Misaël et Azarias cf. Daniel, III) furent jetés dans la fournaise pour avoir refusé d'adorer la statue de Nabuchodonosor. — 4. Poudre, Grammaire : Nom. — 5. Oblige- de comparailre. Grammaire : Verbe «»- *• ^^our en faire. Grammaire : Pronom. —7. Je vous le vais dire. Gramiïiatre : Construction. — $. Entendre. Lex

SERMOxN SUR l'hoNNEUR DU MOxNDE 7K

Je Taccuse premièrement de flatter la vertu et de la corrompre; secondement de déguiser le vice et de lui donner du crt^dil ; enfin, pour comble de ses attenta.ts, (l'attribuer aux hommes ce qui appartient à Dieu et de les enrichir, sll pouvait'*, de ses dépouilles. Voilà les troià chefs principaux sur lesquels je prétends, Messieurs, qu'on fasse le procès à Thonneur du monde. Dieu me veuille aider par sa grâce à potirsuiVre vivement une accusation sî importante, et à soutenir les opprobres et l'ignominie de la croix contre rorgùeil des hommes mondains!

PREMIER POINT

... Je compare la vertu chrétienne à une fille chaste et pudique, éïevée dans la maison paternelle dans une retenue incroyable. On ne la mène point aux théâtres, on ne la produit point dans les assemblées; elle garde le logis et travaille sous les yeux de son Père, qui est Dieu, qui se plaît à la regarder dans ce secret 2, charmé, ravi principalement de sa retenue, vicie in abscondilo^, qui lui destinant un époux (c'est Jésus-Christ), veut qu'elle lui donne un cœur pur et qui n'ait point été corrompu par d'autres affections ; qui lui prépare un jour ^ de grandes louanges, et qui ne veut pas, en attendanjt', qu'elle se laisse gâter par celles des hommes, ' ni cajoler par leurs douceurs. C'est pourquoi elle fuit leurs compagnies, elle aime son secret et sa solitude. 0ue si elle paraît quelquefois, comme un si grand éclat ne peut pas demeurer toujours caché, il n'y a que sa simplicité qui la rende recommandable : elle ne veut point attirer les yeux ; tous ceux qui admirent sa beauté, elle les avertit par sa modestie de glorifier son Père céleste, glorificenl Paîrem^. Voilà quelle est la vertu chrétienne ^, c'est ainsi qu^elle est élevée : y a-t-il rien de plus sage ni de plus modeste ?

Que fait ici la vaine gloire? Cette impudente, dit saint Jean Chrysostome '^, vient. Messieurs, corrompre cette bonne éducation. Elle entreprend de prostituer sa pudeur.

1. S'il pouvait. Grammaire : Verbe. — 2. Secret. Lex. — 3. Malth., VI 18. — 4. Lui prépare un Jour. Grammaire : Aduerbe. ^ b. Matth.y V, 16: •^6. Voilà quelle est la vertu. Grammaire : Adjectif ^ ^.JIofniL in Matlh,

76 TifBSPf BOSSUET

Au lieu qu'elle n'était faite que pour Dieu, elle la tire de sa maison, elle lui apprend à rechercher les yeux des hommes : A thalamo paîerno eam educit, cumque paler jubeal eam ne sinislrsè quidem apparere, noîis ignolisqiie et obviis quibuscumque passim se ipsam oslenîat ; elle lui enseigne à se farder, à se contrefaire pour arrêter les spectateurs. Ainsi celle fille si sage esl sollicilée par celle impiidenle à des amours déshonnêles. Sic a lena corruplissima ad turpes hominum amores impellilur. Vive Dieu ^ ! infâme, cette innocente se gâterait entre tes mains. O Jésus crucifié! voilà le crime que je vous défère : jugez aujourd'hui la vaine gloire ; condamnez aujourd'hui l'honneur du monde qui entreprend de corrompre la vertu, qui ose bien la vouloir vendre, et encore la vendre à si vil prix, pour des louanges; jugez, jugez, ô Seigneur, et condamnez en dernier ressort un crime si noir et si honteux 2.

Et pour vous, mes chers Frères, vous qui, écoutant cette accusation, apprenez qu'il y a une corruptrice qui s'efforce de ruiner tout ce qu'il y a de vertu en vous, au nom de Dieu, veillez sur vous-mêmes I au nom de Dieu, prenez garde de ne point faire votre justice devant les hommes pour en être vus et admirés ! Allendile, dit-il; prenez garde ! Cet ennemi dont je vous parle ne viendra pas vous attaquer ouvertement ; il se glisse comme un serpent, il se coule sous des fleurs et de la verdure, il s'avance à l'ombre de la vertu pour faire mourir la vertu même : Allendite, altendile: Prenez garde! Haï qu'il est difficile aux hommes de mépriser la louange des hommes! Étant nés pour la société, nous sommes nés en quelque sorte les uns pour les autres ; et, par conséquent, qu'il est dangereux que nous ne nous laissions trop chatouiller aux louanges que nous donnent nos semblables !

Saint Augustin, Messieurs, nous représente excellemment ce péril dans le second livre qu'il a fait du sermon de Notre-Seigneur sur la montagne. Recle vivere, etc. 3, //

1. Vive Dieu. Grammaire : Constraclion. — 2. <- Prenons la peinture de celle courtisane effrontée et de cette jeune fille pudique... Ces divers passages ont tous à peu près le même caractère: quelque chose de facile et d'aimable, une familiarité insinuante, la grcce unie à l'onction et, au besoin, cette véhémence qui décide et qui entraîne la persuasion. » CGandar, Bosêuel orateur, 34.) — 3i De Serni. Doni. in monte, lib. II, n. 1

esl 1res pernicieux de mal uiurc. De bien vivre mainlenanl el ne vouloir pas que ceux qui nous voient nous en louent c'est se déclarer leur ennemi, parce que les choses humaines ne sont Jamais en un étal plus pitoyable que lorsque la bonne vie Tiesl pas estimée. Jusquesici, Messieurs, la louange n'a rien que de beau; mais voyez la suite de ces paroles : Ué! donc, dit ce grand docteur, si les hom.mes ne vous louent pas quand vous faites bien, ils sont dans une grande erreur ; el s'ils vous louenîy vous èles vous-même dans un cjrand péril : Si ergo inter quos vivis te recte vivenlem non taudave^ - ^int, illi in errore sunt ; si aatem laudaverint, tu in periculo. Vous êtes en effet dans un grand péril, parce que votre amour-propre vous fait aimer naturellement le bruit des louanges, et que votre cœur s'enfle ^ sans y penser en les entendant ; mais vous êtes encore dans un grand péril, parce que non seulement Famour de vous-même, mais encore la charité de vos frères ^ vous oblige quelquefois, dit saint Augustin, à approuver les louanges que l'on vous donne. Vous faites une grande aumône, vous obligez le public par quelque service considérable : ne vouloir pas qu'on vous loue de cette action, c'est vouloir qu'on soit aveugle ou méconnaissant ^ ; la charité ne le permet pas. Vous devez donc souhaiter pour l'amour des autres qu'on loue les bonnes œuvres que Dieu fait en vous. Qui doute que vous ne le deviez, puisque vous devez désirer leur bien ? Mais ce que vous devez désirer pour eux, vous devez le craindre pour vous-même; et c'est là qu'est le grand péril, en ce que, devant désirer et craindre la même chose par différents motifs. Chrétiens, qu'il est dangereux que vous ne preniez aisément le change ; qu'en pensant regarder les a^utres, vous ne vous arrêtiez en vousmêmes! Attendue : Prenez garde à vous ! 0 justes, voici votre péril ; prenez garde que, dans les œuvres de votre justice ^, les louanges du monde ne vous plaisent trop et qu'elles ne corrompent en vous la vertu.

Et ne me dites pas que vous sentez bien en vous-mêmes que vous ne recherchez pas les louanges, que ce n'est pas

i. Votre cœur s'e/ï /7e. Grammaire : Verbe.— 2. La charilé de vo<i frères. Urammaire ; Nom. — 3. Méconnaissant. Lex. —4. Justice. Lex.

Tamour de la vaine gloire qui vous a fait entreprendre cette œuvre excellente. Je veux bien le croire sur votre parole ; mais sachez que ce n*est pas là tout votre péril. // est assez aisé, dit saint Augustin, de se passer des louanges quand on les refuse ^, mais qu'il est difficile de ne s'y plaire pas quand on les donne ! Et si cuiquam facile est laude carere dum denegatur, difficile est ea non delectari cum offertur ^. Lorsque les louanges se présentent comme d'elles-mêmes, et que, venant ainsi de bonne grâce, je ne sais quoi nous dit dans le cœur que nous les méritons d'autant plus que nous les avons moins recherchées, mes Frères, qu'il est malaisé de n'être pas surpris par cet appât ^ ! '

Mais peut-être que vous croyez que ce n'est pas aussi ^ un si grand crime, que de se laisser charmer par ces douceurs innocentes. Qu'entends-je, Chrétiens? que me ditesvous? Quoi! vous n'avez pas encore compris combien l'amour des louanges est contraire à l'amour de la vertu? Si vous n'en avez pas cru l'Évangile, au moins croyez-en le monde même. Ne voyez-vous pas par expérience qu'il refuse les véritables louanges à ceux qui les recherchent avec trop d'ardeur? Pourquoi cela, Messieurs, si ce n'est par un certain sentiment que celui qui aime tant les louanges, n'aime pas assez la vertu, qu'il la met au rang des biens que la seule opinion fait valoir,' ou du moins qu'il n'en a pas l'estime qu'il doit, puisqu'il ne juge pas qu'elle lui suffise? Ainsi l'empressement qu'il a pour l'honneur fait croire qu'il n'aime pas la vertu, et ensuite le fait paraître indigne de l'honneur. Que si le monde même le croit de la sorte ^, quelle doit être la délicatesse ^ d'un chrétien sur le plaisir des louanges ? Tremblez, tremblez, Fidèles, et craignez -cet ennemi qui vous flatte; ne croyez pas que ce soit assez de ne rechercher pas les louanges : le monde même en a honte, les idolâtres mêmes de l'honneur n'osent pas témoigner qu'ils le recherchent. Le chrétien, mes Frères, doit aller plus

1. Quand les autres nous les refusent. — 2. Epist., XXII, 8. — 3. Appât. Lex. — 4. Aussi, non jilus. Grammaire : Adverbe, —5. Le croit de la sorlei Gaammsiïre : Construction, -r.-^'i.i^élicatesée^h^x..

loin ; c'est une vérité de l'Évangile. Le Fils de Dieu lui apprend que, bien loin de le rechercher, il ne doit pas le recevoir quand on lui offre ^ Ce n'est pas moi qui le dis ; qu'il écoute parler Jésus-Christ lui-même. 11 ne se contente pas dq nous dire : Je ne recherche pas la gloire des hommes; mais il dit : Je ne reçois pas la gloire de$ hommes, Clarilalem ab hominibiis non accipio ^. Et si vous trouvez peut-être que ce passage n'est pas assez décisif, en voici un autre qui est plus pressant: Clari/lca me tu, Paler^ ; 0 Père, que ce soit vous qui me glorifiiez, que ce soit vous, et non pas les hommes. Et s'il vous reste encore quelque doute, voici qui ne souffre point de réplique : Quomodo vos poleslis credere, qui gloriam ab inviçem accipiliSy et gloriam quœ a solo Deo est non quœrilis'^'l Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez de la gloire les uns des autres, et ne recherchez pas la gloire qui est de Dieu seul ? Ce n'est pas un crime médiocre ^ puisqu'il vous empêche de croire.

Mais remarquez bien cette opposition : vous recevez la gloire qui vient des hommes, vous ne recherchez pas la gloire qui vient de Dieu. N'est-ce pas nous dire manifestement : Celle-ci doit être désirée, celle-là ne doit pas môme être reçue; il faut rechercher celle-ci quand pn ne l'a pas, et refuser l'autre quand on la donne. — Doctrine de FÉvangile, que tu es sévère! Quoi! il faut au milieu des louanges étouffer cette complaisance secrète qui flatte le cœur si doucement I Défendez-nous, ô Seigneur, de rechercher cet encens; mais comment le refuser quand on nous le donne? — Non, dit-il, ne recevez pas la gloire des hommes. •— Mais, puis-je m'empêcher de la recevoir? Puis-je contraindre la langue de ceux qui veulent parler en ma faveur? — Laisse-les discourir à leur fantaisie ; mais ne laisse pas de dire toujours avec Jésus- Christ : Clarilalem non accipio. Non, non, je ne reçois pas la gloire des hommes, c'est-à-dire je ne la reçois pas en paiement, je ne me repais pas de cette fumée : Clarifica me tu, Pater, Que ce soit vous, ô Père céleste ! qui me glo-

1. On lai offre. Grammaire : Pronom. — 2. Joan ^^ 41. —3. Ibid.^ XVII, 5.-4. Joan., V, 44. — 5. Médiocre. Lex.

rifiiez îYdiine gloire, qui sollicites mon cœur à écouter tes flatteries, je connais le danger où tu me veux mettre * ; tu veux me donner les yeux des hommes, mais c'est pour m'ôter les yeux de Dieu ; tu feins de vouloir me récompenser, mais c'est pour me faire perdre ma récompense. Je l'attends d'un bras plus puissant et d'une main plus opulente; corruptrice de la vertu, je ne reçois point tes fausses douceurs : ni tes applaudissements, ni ta vaine pompe ne peuvent pas payer mes travaux. In Domino laudabilur anima mea ; audianl mansueli et lœîenliir ^ : Mon âme sera louée en Noire-Seigneur ; que les gens de bien Venlendenî el s'en réjouissent. Je t'ai convaincue devant Jésus-Christ d'attenter sur^ l'intégrité ^ de la vertu, c'est assez pour obtenir ta condamnation; mais je veux te convaincre encore de vouloir donner du crédit au vice: c'est ma seconde partie.

SECOND POINT

Le second chet de l'accusation que j'intente contre l'honneur du monde, c'est de vouloir donner du crédit au vice en le déguisant aux yeux des hommes. Pour justifier cette accusation, je pose d'abord ce premier principe, que tous ceux qui sont dominés par l'honneur du monde sont toujours infailliblement vicieux. Il m'est bien aisé de vous en convaincre. Le vice, dit saint Thomas^, vient d'un jugement déréglé : or je soutiens qu'il n'y a rien de plus déréglé que le jugement de ceux de qui nous parlons, puisque se proposant l'honneur pour leur but, il s'ensuit qu'ils le préfèrent à la vertu môme. Et jugez quel égarement! La vertu est un don de Dieu, et c'est de tous ses dons le plus précieux; l'honneur est un présent des hommes, encore n'est-ce pas le plus grand. Et vous préférez, ô superbe aveugle, ce médiocre présent des hommes à ce que Dieu donne de plus précieux ! N'est-ce pas avoir le jugement plus que déréglé ? N'y a-t-il pas du trouble et du

1. Où lame veux mellre. Grammaire : Conslniclion. — 2. Psa/., XXXIII, 3. —3. Attenter sur. Grammaire : Verbe. — 4. Intégrité. Lex. — 5. Sum., th., ^ 2œ, q. LUI, art. 6.

renversement? Premièrement, ô honneur du monde, tues convaincu et tu es convaincu sans réplique que tu ne peux eni^endrer que des vicieux.

Mais il faut reirarquer en second lieu que les vicieux qu'il engendre ne sont pas de ces vicieux abandonnés à toute sorte d'infamies. Un Achab, une Jézabel dans l'histoire sainte, un Néron, un Domitien, un Héliogabale dans la profane, c'est folie de leur vouloir donner^ de la gloire : honorer les vices qui ne sont que vices, qui montrent toute leur laideur sans avoir la moindre teinture d'honnêteté, cela ne se peut. Les choses humaines ne sont pas encore si désespérées; les vices que l'honneur du monde couronne sont des vices plus honnêtes; ou plutôt, pour parler plus correctement (car quelle honnêteté dans les vices?), ce sont des vices plus spécieux, il y a quelque apparence de la vertu; l'honneur, qui était destiné pour la servir, sait de quelle sorte elle s'habille, et il lui dérobe quelques-uns de ses ornements pour en parer le vice qu'il veut établir • dans le monde. De quelle sorte cela se fait, quoiqu'il ' soit assez connu par expérience, je veux le rechercher jusqu'à l'origine, et développer tout au long ce mystère d'iniquité.

Pour cela, remarquez. Messieurs, qu'il y a deux sortes de vertus. L'une est la véritable et la chrétienne, sévère, constante, inflexible, toujours attachée à ses règles et incapable de s'en détourner pour quoi que ce soit. Ce n'est pas là la vertu du monde : il l'honore en passant, il lui donne quelques louanges pour la forme; mais il ne la pousse pas dans les grands emplois. Elle n'est pas propre aux affaires, il faut quelque chose de plus souple pour ménager "^ la faveur des hommes ; d'ailleurs elle est trop sérieuse et trop retirée; et si elle ne s'embarque dans le monde par quelque intrigue, veut-elle qu'on l'aille chercher 5 dans son cabinet? Ne parlez pas au monde de cette vertu.

Il s'en fait une autre à sa mode, plus accommodante et plus douce : une vertu ajustée, non point à la règle

1. Leur vouloir donner. Grammaire : Construction. — 2. Etablir. Lex.— 3. Quoiqu'il soit connu. Grammaire : Pronom. — 4. Ménager. Lex. — 5. Qu'on faille cner&h0r. Grammaire : Construction.

(elle serait trop austère), mais à Topinion, à l'humeur des hommes. C'est une vertu de commerce^; elle prendra bien garde de ne manquer. pas toujours de parole, mais il y aura des occasions où. elle ne sera point scrupuleuse et saura bien faire sa cour aux dépens d'autrui C'est la vertu des sages mondains, c'est-à-dire c'est la vertu de ceux qui n'en ont point, ou plutôt c'est le masque spécieux sous lequel ils cachent leurs vices. Saûl donne sa fille Michol à David : il Ta promise à celui qui tuerait le géant Goliath, il faut satisfaire le public et dégager ~ sa parole; mais il saura bien dans l'occasion trouver des prétextes pour la lui ôter ^. Il chasse les sorciers et les devins de toiite l'étendue de son royaume ; mais lui-même, qui les bannit en public, les consultera en secret dans la nécessité de ses affaires^. Jéhu ayant détruit la maison d'Achab, suivant le commandement du Seigneur, fait un sacrifice au Dieu vivant de Fidple de Baal et de son temple; et de ses prêtres et de ses prophètes, il n'en laissa pas, dit TÉcriture, un seul en vie ^. Voilà une belle action : mais il marcha néanmoins, dit l'Écriture, dans toutes le$ voies de Jéroboam; il conserys. les veaux d'or que ce prince impie avait élevés : Apeccalis Jéroboam... qui peccare fecil Israël ^, non recessit. Pourquoi ne les détruisait-il pas aussi bien que Baal et son temple? C'est ,que cela nuisait à ses affaires, et il se souvenait de cette malheureuse politique de Jéroboam : Si je laisse aller les peuples^ en Jérusalem^ pour sacrifier à Dieu dans son temple, ils retourneront aux rois de Juda, qui sont leurs légitimes seigneurs. Je leur bâtirai ici un autel; je leur donnerai des dieux qu'ils adorent sans sortir de n\on royaume et mettre ma couronne en péril.

Telle est^ Messieurs, la vertu du monde ; ,vertu trompeuse et falsifiée, qui n'a que la couleur et l'apparence. Pourquoi l'a-t-on inventée, puisqu'on veut être vicieux sans restriction? Cest à cause, dit saint Chrysostome,

1. Commerce. Lex. — 2. Déqaqer. Lex. —3. I Reg.. XXVIII, 27; XVII, 25 ; XXV, 44. — 4. I Reg., XXVIII, 3, 8. La nécessité de ses affaires. Gramr maire : Aom. — 5. IV Reg., X,i7, 25-27. — 6v IV Re^., X, 29. — 7. Les peuples. Lex. —8. En Jérusalem. Grammaire : Prépositron

SERMON SUR L HONNEUR DU MOxNDE 83

Hom. 2 sur les Actes, que le mal ne peut subsister tout seul : il cÈf ou Irop malin ou trop faible, il faitr^/juil soïi soutenu par quelque bieri, il faut qu'il ait quelque oniemènî ou quelque ombre db la vertu ^, Qu'un homme fasse p^ofes-^ sion de tromper, il ne trompera personne : îqiVe ée volciir tiiè ses compagnons pour les voler, on le fuira comme une bote farouche. De tels vicieux n'ont pas de crédit^ mais il leur eét liî'en aisé de s'en acquérir: pour cela, Il n'est pas fiéeësêaire qu'ils s'e couvrent du masque dé la vertu ni du fard de l'hypocrisie; le vice peut paraître vice, et pourvu qu'il y ait un peu de mélange, c'est asséï pour hii attirer l'honneur du monde. Je veux bien qiiè vous me démentiez, si je ne dis pas la vérité.

Cet homme s'est enrichi par des concussions épouvantables, et il vit dans une avarice sordide : tout le monde le méprise. Mais il tient bonne table à ses mines*, a la ville et à la campagne: cela paraît libéralité, c'est un fort honnête homme, il fait belle dépense du bien d'autrui. Et volis, [vous] vdus'vengez par un assassinat: c'est une action indigne et honteuse; mais c'a été par un beau combat*: quoique les lois vous condamnent, quoique l'Église vous excommunie, il y a quelque monti^e ^ de courage, le monde vous applaudit et vous couronne malgré les lois et l'Église. Enfin y a-t-il aucun vice que l'honneur du monde ne mette en crédit, si peu qu'il ait soin de se contrefaire? L'impudicité môme, c'est-à-dire l'infamie et la honte môme, que l'on appelle brutalité quand elle court ouvertement à la débauche, si peu qu'elle s'étudie à se ménager^, à se couvrir des belles couleurs de fidélité, de discrétion, de douceur, de persévérance, ne va-t-elle pas la têfè levée? Ne semble-t-elle pas digne des

1. Homil in Ad. Aposl., II, n. 5. — 2. A ses mines. Ce passage a provoqué de nombreuses explications. Voici les principales : // tient bonne table, à ses mines., des représentations de parade où il fait l'honnête homme (Rébelliau); — // tient bonne table à ses raines, à sa ruine (Lebarq); — il tient bonne table à ses convives (A. Croiset); — // tient bonne mine à ses tables, il fait le magnifique (Rébelliau) ; ^ il tient bonne table^ à ses mimes, à ceux qui 1 amusent, etc. Le mot mines paraît avoir été écrit «)ar distraction. Dix lignes plus haut. Bossuet avait écrit mine, puis il lui à substitué le mot couleur ; le mot mine est revenu ici sous sa plume à ta place du mot jiuste.'S. t-. Variante ; vous avez. {ait. un Ijeaij j|uel.< — 4 Montre. Lex. -^b. Se. ménager, Le^. . - \- / T: ,' ; ^Vi- ':> '^^ * 'V ■ .

héros? Ne perd-elle pas son nom d'impudicité pour s'appeler politesse et galanterie? Hé quoi ! cette légère teinture a imposé ^ si facilement aux yeux des hommes ! Ne fallait-il que ce peu de mélange pour faire changer de nom aux choses et mériter de l'honneur à ce qui est en effet^ si digne d'opprobre? Non, il n'en faut pas davantage. Je m'en étonnais au commencement ; mais ma surprise est bientôt cessée^, après que j'ai médité que ceux qui ne se connaissent point en pierreries sont trompés par le moindre éclat, et que le monde se connaît si peu en vertu, que la moindre apparence éblouit sa vue : de sorte qu'il n'est rien de si aisé à l'honneur du monde que de donnei^du crédit au vice.

Cependant le pécheur triomphe à son aise et jouit de la réputation publique. Que s'il est troublé en sa conscience par les reproches qu'elle lui fait [et] se dénie à lui-même l'honneur que tout le monde lui donne à l'envi, voici un prompt remède à ce mal. Accourez ici, troupe de flatteurs, venez en foule à sa table, venez faire retentir à ses oreilles le bruit de sa réputation si bien établie : voici le dernier effort de l'honneur pour donner du crédit au vice. Après avoir trompé tout le monde, il faut que le pécheur s'admire lui-même. Car ces flatteurs industrieux, âmes vénales et prostituées, savent qu'il y a en lui un flatteur secret qui ne cesse de lui applaudir^ au dedans : ces flatteurs qui sont au dehors s'accordent avec celui qui parle au dedans et qui a le secret de se faire entendre à toute heure ; ils étudient ses sentiments et le prennent si dextrement^ par son faible, qu'ils le font demeurer d'accord de tout ce qu'ils disent. Ce pécheur ne se regarde plus dans sa conscience, où il voit trop clairement sa laideur; il n'aime que ce miroir qui le flatte, et, pour parler avec saint Grégoire, s' oubliant de ce quil est ^ en luii même, il se va chercher dans les discours des autres et s'imagine être tel que la flatterie le représente : Oblilus sui in voces se spargit aliénas, talemque se crédit qualem se

1, A imposé. Grammaire : Verbe. — 2. En effet. Grammaire : Adverbe. — 3. Cessé. Grammaire : Verbe. — 4 Lui applaudir. Grammaire : Prépo^ Bilion. — 5. Dexlrement. Lex. — 6. S'oabliant de. Grammaire : Préposition

foris audilK Certainement Dieu s'en ven^^era, et voici quelle sera sa vengeance: il fera taire tous les flatteurs et il abandonnera le pécheur superbe aux reproches de sa conscience.

Jugez, jugez, Seigneur, l'honneur du monde, qui fait que le vice plaît aux autres, qui fait même cjue le vice se plaît à lui-même. Vous le ferez, je le sais bien. Il viendra le jour de son jugement. En ce jour il arrivera ce que dit le prophète Isaïe^: Cessauit gaudium îympanorum, qiiievil sonilus lœlanliiim, conlicuiî dulcedo ciîharœ. Enfin il est cessé 3, le bruit de ces applaudissements; ils se sont tus, et ils sont devenus muets, ceux qui semblaient si joyeux en célébrant vos louanges et dont les continuelles acclamations faisaient résonner à vos oreilles une musique si agréable. Quel sera ce changement, Chrétiens ; et combien se trouveront étonnés^ ces hommes accoutumés aux louangeS; lorsqu'il n'y aura plus pour eux de flatteurs! L'Époux paraîtra inopinément, les cinq vierges^ qui ont de l'huile viendront avec leurs lampes allumées ; leurs bonnes œuvres brilleront devant Dieu et devant les hommes ; et Jésus, en qui elles mettaient toute leur gloire, commencera à les louer devant son Père céleste. Que ferez-vous alors, vierges folles, qui n'avez point d'huile et qui en demandez slu^ autres, à qui^ il n'est point dû de louanges et qui en voulez avoir d'empruntées ? En vain vous vous écrierez : Donnez-nous de voire huile, Date nobis de oleo vestro,; nous désirons aussi des louanges, nous voudrions bien aussi être célébrées par cette bouche divine qui vous loue avec tant de force. Et il vous sera répondu : Qui êtes-vous? On ne vous connaît pas, Nescio vos. — Mais je suis cet homme si chéri auquel tout le grand monde applaudissait, et qui était si bien reçu dans toutes les compagnies. — On ne sait pas ici qui vous êtes; et on se moquera de vous en disant : Ile, ite polius ad vendenles, el emile vobis : Allez, allez-vous-en à vos flatteurs, à ces âmes mercenaires qui vendent des louanges

1. Pastoral., II part., cap. VI. — -2. Isaïe, XXIV, 8. — 3. Est cessé. Grammaire : Verbe. — 4. Etonnés. Lex. — 5. Allusion à la Parabole des vierges sages et des vierges folles, Mallh., XXV, 1-12. — 6. A qui, vous, vierges, folles, à qui, etc.

aux fous, et qui vous ont autrefois tant donné d*encens ; qu'ils vous en vendent encore I Quoi ! ils ne parlent plus en votre faveur ! Au contraire, se voyant justement damnés pour avoir autorisé vos crimes, ils s'élèvent maintenant contre vous. Vous-mêpfie, qui étiez le premier de tous vos flatteurs, vous détestez votre vie, vous maudissez toutes vos actions ; toute la honte de vos perfidies, toute l'injustice de vos rapines, toute Tinfamie de vos adultères sera éternellement devant vos yeux. Qu'est donc devenu cet honneur du monde qui palliait si bien tous vos crimes? Il s'en est allé en fumée. 0 ! que ton règne, était court, ô honneur du monde ! Que je me moque de ta vaine pompe ^t de ton triomphe d\m jour! Que tu sais mal déguiser les vices, puisque tu ne peux empêcher qu'ils ne soient bientôt reconnus à ce tribunal devant lequel je t'accuse ! Après avoir poursuivi mon accusation, je demande maintenant sentence. Tu n'auras point de faveur en ce jugement, parce que, outre que tes crimes sont inexcusables, tu as encore entrepris sur les droits de celui qui y préside, pour en revêtir ses créatures : c'est ma dernière partie...

COMPLIMENT AU GRAND CONDÉi

Le jour que Monsieur le Prince ^ me vint entendre, je parlais du mépris de l'honneur du monde, et sur cela, après avoir fait ma division, je lui dis qu'à la vérité je ne serais pas sans appréhension de condamner devant lui la gloire du monde dont je le voyais si environné, n'était que je savais qu'autant qu'il avait de grandes qualités pour la mériter, autant^ avait-il de lumières pour en connaître le faible; qu'il fût grand prince, grand génie, grand capitaine, digne de tous ces titres et grand par-dessus tous ces titres, je le reconnaissais avec les autres, mais que toutes ces grandeurs qui avaient tant d'éclat devant les hommes, devaient être anéanties' devant Dieu ; que je ne pouvais cependant m'empêcher de lui dire que je voyais toute 1^ France réjouie de recevoir tout ensemble la paix

1. Note autographe ajoutée plus tard par Bossuet à son manuscrit. — 2. Condé.— 3. Autant que... autant^ latinisme. Grammaire : Construction

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