‹ Œuvres choissiesChapitre 27 sur 232 · CHAPITRE III LE CARÊME DV LOUVRE (tG · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LE CARÊME DV LOUVRE (tG

Avant de publier le carême du Louvre, l'abbé Lebarq, le savant historien de Bossuet orateur, fait quelques observations qu'il faut citer ici :

« En suivant avec simplicité, dans la chaire des Minimes, les évangiles des dimanches, îBossuet avait d'abord placé le chrétien en face de ses invisibles ennemis ; puis il avait successivement rappelé l'autorité de Jésus- Christ pour nous enseigner : le danger des rechutes ; la mesure à laquelle doit se restreindre la préoccupation des intérêts prés-ents ; Timpossibililé de rien objecter ie valable aux charitables reproches du Sauveur; la condamnation du faux honneur du monde; les mystères de la Passion et de la Résurrection... Dans ces on-^e discours véhéments, rudes parfois, toujours gonflés de raisons déci^ sives et tranchantes, pas un mot qui ne fût à recueillir pour cet auditoire mêlé, où des chrétiens de toute condition, souvent plus chrétiens de nom que de fait, se pressaient et s'agitaient même un peu bruyamment autour de la chaire...

« ... Aux Carmélites, Bossuet eut aussi des vérités pour tous. Telle est la richesse du fond liturgique qu'on peut aisément y revenir à plusieurs reprises, sans s'engager en des redites. Malgré la communauté d'origine, les sujets diffèrent toujours d'un carême à l'autre pour le déttiil, assez souvent dans l'ensemble. La raison de ces différences doit être cherchée principalement dans le caractère différent des auditoires...

« ... Les discours prêches au Louvre sont aussi des œuvres nouvelles, même lorsqu'ils reviennent sur un sujet déjà traité devant d'autres auditoires. •>

C'est le grand effort oratoire de Bossuet. Conscient des difficultés, mais convaincu de sa force oratoire et de l'autorité religieuse qui est en lui, Bossuet, pour parler au roi et à la cour, fait appel à toutes les ressources de son esprit et de son cœur. Il

a trente-cinq ans; il est plein de jeunesse, mais il a maîtrisé sa fougue. Au même moment, les grands écrivains disciplinés donnent ou préparent leurs chefs-d'œuvre. Il s'élève à la hauteur des plus grands dans ses discours sur la Providence, sur l'Ambition, sur la Mort, sur le Mauvais Biche.

Bossuet avait en face de lui Louis XIV. Le jeune roi, fier de sa puissance, aimait peu la vérité, quand elle le blessait, et il attendait des hommages. Bossuet admire Louis XIV, et il aime le roi il ne manque pas à l'occasion de lui adresser ces compliments pompeux que la sincérité rendait éloquents et dont il était impossible de se dispenser. Mais le prédicateur dit ce qu'il a à dire ; il parle des devoirs des rois ; il rappelle à Louis XIV que les pauvres meurent de faim à la porte du Louvre, et il ose faire des allusions nombreuses et pressantes à une intrigue dont toute la cour s'entretenait.

Louise de La Vallière, à peine sortie de l'adolescence, était au début d'une liaison avec le roi, liaison encore secrète, du moins hors de la cour, qui devait plus tard, après la mort de la reine mère, causer tant de scandale. Émue par la forte parole de Bossuet, la chrétienne La Vallière comprit le danger de la situation, et un jour de ce carême de 1662 elle s'échappa de là cour pour se réfugier dans un couvent. Louis XIV, averti de son départ, se mit à sa poursuite, la rejoignit et la ramena. Cette aventure était connue de Bossuet et des courtisans. Le prédicateur sait qu'il peut exciter la colère du roi, mais il n'hésite pas à répéter des adjurations comme celle-ci :

« Je veux arracher ce cœur de tous les plaisirs qui l'enchantent, de toutes les créatures qui le captivent. O Dieu ! quelle violence d'arracher un cœur de ce qu'il aime 1 II en gémit amèrement ; mais quoique la victime se plaigne et se débatte devant les autels, il n'en faut pas moins achever le sacrifice du Dieu vivant. Que je t'égorge devant Dieu, ô cœur profane, pour mettre en ta place un cœur chrétien 1 — Eh quoi ! ne me permettrez-vous pas encore un soupir, encore une complaisance ? — Nul soupir, nulle complaisance que pour Jésus-Christ et par Jésus-Christ. »

Les sermons du carême du Louvre sont des chefs-d'œuvre d'éloquence courageuse.

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