‹ Œuvres choissiesChapitre 29 sur 232 · Var : « Mais ne sentez-vous pas î · texte numérisé non relu

Var : « Mais ne sentez-vous pas î

dlsaipe tous cob fantômes, si minces et si délicats que noug ayons pu les figurer? Si vous la pressez davantage elquç vou^ lui demandiez oe que c'est, une voix s'élèvera * du centre de rftme : Je ne sai^ pas ce que c'est, mais néanmoins ce n'est pas celai Quelle force, quelle énergie, quelle secrète vertu sent en elle-même cette âme pour se corriger ^, pour se démentir elle-même et rejeter tout ce qu'elle penge ! Qui ne voit qu'il y a en elle un ^ ressort caché qui n'agit pas encore de toute sa force, et lequel *, quoiqu'il soit contraint, quoiqu'il n'ait pa§i son mouvement libre, fait bien voir par une certaine vir gueur qu'il n© tient pas tout entier à la matière, et qu'il est comme attaché par sa pointe à quelque principe pluç hauts?

Il est vrai, Chrétiens, je le confesse, nous ne ^outenon^? pas longtemps cette noble ardeur*^; l'âme se replonge bientôt dans sa matière. Elle a ses faiblesses et ses lan^ gueurs^ et permettez-moi de le dire, car je ne sais plui^ comment m'exprimer, elle a des grossièretés^ qui, si elle n'egt éclairée d'ailleurs, la forcent presque elle-même de douter de ce qu'elle est ^^, C'e^t pourquoi les sages du monde, voyant l'homme d'un côté si grand, de l'autre d méprisable, n'ont su i:ii que penser ni que dire** ; les uns** en feront un dieu, les autres en feront un rien ; les uns diront que la nature le chérit comme une mère et qu'elle en fait ses délices ; les autres, qu'elle l'expose ^^ comme une marâtre et qu'elle en fait son rebut; et un troisième, parti ne sachant plus que deviner touchant la cause de ce mélange *^, répondra qu'elle s'est jouée en unissant deux pièces qui n'ont nul rapport, et ainsi que, par une

It Var. ; « pronqncepa r^ sortira du foq^i ^e yo^r^ êfcrQ >!, -^ %- V^r, : « pour Qser rejeter tout ce qu'elle peqse ». — 3, Mpt ratqré ; % secret ». — 4. Le<?ue/. Gramgiaire : Pronom. — 5. Première rédaction : « qu'il dépend certainement d'un plus haut principe — d'un autre principe ». — 6. Soutenons. Lçx. -r 7. Phrase isiipprimée : a cep belles idées sepaissisent bientôt, et.,. » -r 8. Var, : « Elle a d^s faiblesses, elje % des langueurs ». — 9. Mot raturé : v incompréhensible ». Oros^i^r^tés. Lej. — 10. Var.: « qqi 1^ forcent presque elle-même de douter de ce qu'elle est, si elle nest éclairée d'ailleurs ».— 11. Mots 3uppriro^s : « d'une si étrange compositipn, Demandez aux philosophes pro^ne^ ce que c'est que l'homme ». — 1^. La même idée est développée longuement pa^r Pascal d^n^ X^airfti^n a^eç M. de Saci et dans l^n Pf/^sees, — 13. L'expose. Lex. — 14. Var, : •« d'un si grand mélange tf.

espèce de caprice, elle a formé ce: prodige qu'on appelle l'homme.

Vous jugez bien, Chrétiens, que ni les uns ni les autres n'ont donné au but, et qu'il n'y a plus que la foi qui puisse expliquer un si grand énigme^ Vous vous trompez, ô sages du siècle : l'homme n'est pas les délices de la nature, puisqu'elle l'outrage en tant de manières ; l'homme ne peut plus être son rebut, puisqu'il y a quelque chose en lui qui vaut mieux que la nature elle-même, je parle de la nature sensible. Maintenant, parler de caprice dans les ouvrages de Dieu 2, c'est blasphémer contre sa sagesse. Mais d'où vient donc une si étrange disproportion? Faut-il, Chrétiens, que je vous le dise, et ces masures mal assorties avec ces fondements si magnifiques, ne crient-elles pas assez haut que l'ouvrage ^ n'est pas en son entier ? Contemplez ce grand édifice, vous y verrez des marques d'une main divine ; mais l'inégalité de l'ouvrage vous fera bientôt remarquer ce que le péché a mêlé du sien. 0 Dieu! quel est ce mélange? J'ai peine à me reconnaître ; peu s'en faut que je ne m'écrie ^ avec le prophète : Hœccine est urbs perfecti decoriSj gaudium uniuersœ itrrœ^l Est-ce là cette Jérusalem ? est-ce là cette ville? est-ce là ce temple, V honneur, la joie de toute la terre? Et moi, je dis : Est-ce là cet homme fait à l'image de Dieu, le miracle de sa sagesse et le chef-d'œuvre de ses mains « ?

C'est lui-même, n'en doutez pas. D'où vient donc*^ cette discordance, et pourquoi vois-je ces parties si mal rapportées? C'est que l'homme ^a voulu bâtir à sa mode sur l'ouvrage de son Créateur, et il s'est éloigné du plan: ainsi, contre la régularité du premier dessin, l'immortel et le corruptible, le spirituel et le charnel, l'ange et la bête^ en un mot, se sont trouvés tout à coup unis. Voilà le mot de l'énigme, voilà le dégagement de tout Tem-

1. Enigme. Grammaire : Nom. — 2. Tâtonnements : « 11 n'est pas moins ridicule de soupçonner du caprice dans les — Quant au caprice — Et vous qui soupçonnez du caprice... » — 3. Var. : « rédifice ». — 4. Var. : «je suis prêt à m'écrier ». —5. Jerem., Thren., II, 15. —6. Rédactions diverses: « Est-ce là ce petit monde -- cette créature immortelle - faite à l'image de Dieu ? Est-ce là ce petit monde, est-ce là ce chef-d'œuvre de la main de Dieu?» — 7. Mots raturés: « Pourquoi donc toutes ces pièces — parties si mal rapportées ?» — 8. Le mot est de Pascal.

barras: la foi nous a rendus à nous-mêmes, et nos faiblesses honteuses ne peuvent plus nous cacher notre dignité naturelle *.

Mais, hélas! que nous profite * cette dignité? Quoique nos ruines respirent encoie quelque air de grandeur, nous n'en sommes pas moins accablés dessous ; notre ancienne immortalité ne sert qu'à nous rendre plus insupportable la tyrannie de la mort, et quoique nos âmes lui échappent, si cependant le péché les rend misérables, elles n'ont pas de quoi se vanter d'une éternité si onéreuse. Que dirons-nous, Chrétiens? que répondrons-nous à une plainte si pressante ? Jésus-Christ y répondra dans notre évangile. Il vient voir le Lazare décédé, il vient visiter la nature humaine qui gémit sous l'empire de la mort. Ha ! cette visite n'est pas sans cause : c'est l'ouvrier môme qui vient en personne pour reconnaître ce qui manque à son édifice ; c'est qu'il a dessein de le reformer suivant son premier modèle : secundum imaginem ejus qui creavit illum^,

0 âme remplie de crimes *, tu crains avec raison l'immortalité qui rendrait ta mort éternelle. Mais voici en }a personne de Jésus-Christ la résurrection et la vie: qui croit en lui ne meurt pas ^ ; qui croit en lui est déjà vivant d'une vie spirituelle et intérieure, vivant par la vie de la

1. On peut voir ici tout un curieux travail de rédaction. « De cette sorte, messieurs, on voit que tout se brouille et tout se démêle: tout se dément et tout s'établit; tout se choque et tout s'accorde; et c'est la lumière de la foi c[ui nous tire de ce labyrinthe. — Après qu'elle nous a si bien éclairés, et qu'elle nous a rendus à nous-mêmes, gardons-nous bien de nous méconnaître, et que nos faiblesses honteuses ne nous cachent pas notre dignité naturelle. Mais hélas! que nous profite cette dignité ? quel avantage?— Mais hélas! que nous profite cette dignité et que nous sert de comprendre que nos ruines respirent encore quelque air de grandeur, puisque nous n'en sommes pas moins accablés sous leur pesanteur ? — Quoique nos ruines respirent encore quelque air de grandeur, nous n'en sommes pas moins accablés dessous. Pour avoir été immortels, en sommes-nous moins la proie de la mort ? — Notre ancienne immortalité passée, -— notre immortalité ne nous garantit plus de la mort; et quoique nos âmes lui échappent, si le péché les rend misérables (malheureuses — les exclut de la vie heureuse), leur éternité — cette éternité leur est trop onéreuse — trop à charge — son éternité lui est trop onéreuse — trop à charge, et elle n'a -)as de quoi s'en glorifier. » Après tous ces tâtonnements, Bossuet a reait tout le passage comme dans le texte. — 2. Qae nous profite. Grammaire : Pronom. — 3. Coloss., III, 10. — 4. Var. : « d'âme^ etc. — accablée — remplie de péché »» -*6. Joan,^ XI* îè5| 86.

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grâce qui attire après elle l^ vie de la gloirçi, Mç^is le corps est cependant sujet à la mort^ 0 âme, console-toi. Si ce divin architecte qui a entrepris de te réparer, laisse tomber pièee à pièce ce vieux bâtiment de ton corps, c'est qu'il veut te le rendre en meilleur état, c'est qu'il veut le rebâtir dans un meilleur ordre; il entrer^t pour ^n peu de temps daub l'empire de la mort, mais il ne laissera rien entre ses mains, si ce n'est la mortalité.

Ne vous persuadez pas ^ qua nous devions regarder la corruption, selon les raisonnements de la médecine, comme une suite naturelle de la composition et du mélange. Il faut élever plus haut nos esprits, et croire, selon les principes du christianisme, que ce qui engage la chair à la nécessité d'être corrompue, c'est qu'elle est un attrait au mal, une source de mauvais désirs, enfin une chair de péché ^, comme parle le saint Apôtre. Une telle chair doit être détruite, je dis même dans les élus, parce qu'en cet état de chair de péché, elle ne mérite pas d'être réunie à une âme bienheureuse, ni d'entrer dans le royaume de Dieu : Cciro et sanguis regnum Dei possidere non passant *, Il faut donc qu'elle change sa première forme afin d'être renouvelée, et qu'elle perde tout son premier être pour en recevoir un second de la main de Dieu. Comme un vieux bâtiment irrégulier ^qu'on néglige de réparer ^, afln de le dresser de nouveau dans un plus bel ordre d'archi- . tecture ; ainsi cette chair toute déréglée par le péché et la convoitise Dieu la laisse tomber en. ruine, afin de la refaire à sa mode et selon le premier pjan de sa création : elle doit être réduite en poudre, parce qu'elle a servi au péché, etc.

Ne vois-tu pas le divin Jésus qui fait ouvrir le tombeau ? C'est le prince qui fait ouvrir la prison aux misérables captifs. Les corps morts qui sont enfermés dedans enten-dront un jour sa parole, et ils ressusciteront comme le Lazare ; ils ressusciteront mieux que le Lazare, parce qu'ils ressusciteront pour ne mourir plus, et que la mort,

1. Var. : « est toujours sujet à la corruption ». —2. Alinéa emprunté à un sermon sur VAssomplion, prêché 1 année d'avant aux Carmélites. — 3. Rom., VtU, 3. -- 4. I Cor,, XV, 50. — 5. Var. : «« qu'on laisse tomber pièce à pièce ».

dit le Saint-Esprit, sera noyée* dans Tabîme pour ne paraître jamais : Et mors ultra non erii ^.

Que crains-tu donc, âme chrétienne, dans I es approches * de la mort? Peut-être qu'en voyant tomber ta maison, tu appréhendes d'être sans retraite? Mais écoute le divin Apôtre : Nous savons^ nous savons, dit-il, nous ne sommes , pas induits à le croire par, des conjectures douteuses, mais nous le savons très assurément et avec une entière certitude, que si celte maison de terre et de boue dans laquelle nous habitons est détruite, nous avons une autre maison qui nous est préparée c^^ ciel^, 0 conduite miséricordieuse de Celui qui pourvoit à nos besoins ! Il a dessein, dit excellemment saint Jean Chrysostome^, de réparer la maison qu'il nous a donnée ; pendant qu'il la détruit et qu'il la renverse pour la refaire toute neuve ^, il est nécessaire que nous délogions ^. Et lui-même nous offre son palais; il nous donne un appartement pour nous faire attendre en repos l'entière réparation de notre aneien édifice*...

1. Var. : « précipitée ». — 2. Apoc, XXI, 4. — 3. Approches, Grammaire : Nom. — 4. II Cor., V, 1. — ô. Hom., in dîclum Aposl. : De Dotmitntibus. — 6. Var. : u la rebâtir ». — 7. Phrase supprimée : « Car que ferions-nous dans cette poudre (poussière)^ dans ce tumulte, dans cet embarras ?» — 8. Evidemment le sermon n'est pas fini. — Comparer tout ce discours avec la Mèdilalion sur la brièveié de la vie.

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