‹ Œuvres choissiesChapitre 66 sur 232 · Le sens. Lex. — î. I Timoth,, VI · texte numérisé non relu

Le sens. Lex. — î. I Timoth,, VI

pirait au peuple romain un amour immense de la liberté, il ne songeait pas qu'il jetait dans les esprits le principe de cette licence effrénée, par laquelle la tyrannie qu'il voulait détruire devait être un jour rétablie, plus dure que sous les Tarquins. Quand les Césars flattaient les soldats, ils n'avaient pas dessein de donner des maîtres à leurs sucesseurs et à Tempire. En un mot, il n'y a point de puissance humaine qui ne serve malgré elle à d'autres desseins que les siens. Dieu seul sait tout réduire à sa volonté. C'est pourquoi tout est surprenant, à ne regarder que les causes particulières, et néanmoins tout s'avance avec une suite réglée. Ce discours vous le fait entendre ; et pour ne plus parler des autres empires, vous voyez par combien de conseils imprévus, mais toutefois suivis en eux-mêmes, la fortune ie Rome a été menée depuis Romulus jusqu'à CharlcmaQ-ne.

{Commencé en i678, revu en i693y publié en 1109.)

Histoire du livre. — Ce livre fut ébauché en 1678 et en 1679 pour l'éducation du Dauphin : un cours de philosophie de l'histoire devait être complété, de l'avis de Bossuet, par un cours de politique. Ces leçons ne furent pas publiées et restèrent à l'état d'ébauche. En 1693. Bossuet les reprit pour les mettre au point et les publier: elles devaient servir à l'éducation du duc de Bourgogne, fils du Dauphin et élève de Fénelon^ La querelle du Quiétisme survenant brouilla Bossuet et Fénelan et arrêta la Politique.

Bossuet y revint en 1700 ; mais il mourut sans avoir achevé son œuvre. Son neveu la publia en 1709. La part de l'abbé Bossuet dans cette œuvre, en particulier dans les cinq derniers livres, est considérable Seuls, les six premiers livres paraissent être entièrement de l'évêque de Meaux. Nous ne publierons des extraits que de ces six premiers livres.

Origine du livre. — M. Lanson dans son édition des Œuvres diverse* de Bossuet, établit que Bossuet n'a pas créé le genre et que bien d'autrès avant lui, catholiques ou protestants, Français on Espagnols,' avaient eu l'idée de chercher toute une politique dans la Bible. Mais Bossuet n'avait pas besoin de cette excitation littéraire ; il était poussé

Î>ar sa foi ; un cnrétien comme lui était convaincu que la religion devait ui donner la solution de tous les problèmes, même sociaux et politiques.

Ce qui le déterminait à traiter ces questions, c'étaient les nécessités du moment. Les événements politiques de France et d'Angleterre dont (quelques-uns étaient des révolutions, avaient posé les questions politiques. De nombreux théoriciens en avaient écrit, que Bossuet connaissait, Locke, Hobbes, Spinoza, Grotius. Par eux et par ceux qui les lisaient, des idées que Bossuet jugeait subversives se répandaient dans le public : il était urgent de mettre le futur roi de France en carde contre ces idées et de l'affermir dans la véritable doctrine chrétienne que la Bible nous fournit. De là le cours et le livre de Bossuet.

Analyse du livre. — « L'exposition est divisée en livres, articles, propositions. Pour parvenir à la constitution de la monarchie française que doit régir un jour le Dauphin son élève, Bossuet part des notions les plus générales et les plus simples : des principes de la société parmi les nommes. Ce sera son premier livre. Ces principes dépendent d'une vérité première : l homme est fait pour vivre en société. Ce sera l'article premier du premier livre. De cette vérité sortiront la société civile, le gouvernement, les lois, le sentiment de l'humanité (le sentiment cosmopolite du siècle suivant) l'amour de la patrie. Ce principe que Ihomme est fait pour vivre en société se rattache à son tour à une notion antérieure : Les hommes n'ont qu'une même fin et un même objet, qui est Dieu. Ce sera 3a première proposition de l'article premier. Car c'est la notion évidente (pour Bossuet), avant laquelle il n'y arien. De là découleront la chanté réciproque, la fraternité universelle, le devoir de s'entr'aider, la communauté même d'intérêts, qui sont les fondements et les moyens essentiels de la société humaine.

« Ayant ainsi établi les principes de la société, Bossuet passera aux origines et à la nature de l'autorité : des principes du premier livre résultera, sans exclure aucune forme de gouvernement, la supériorité de la monarchie héréditaire de mâle en mâle et d'aîné en aine. Les livres III, IV, V expliqueront la nature et les propriétés de l'autorité royale. Le livre VI développera les devoirs des sujets envers le prince, les livres VII et VIII les devoirs du prince envers les sujets. Dans les livres IX et X

3S0 BOSSUEt

seront traités les secours de la royauté^ guerre, finances, impôts, conseils, choix des ministres, agents et conseillers. On voit comment nous aurons passé constamment du plus simple au plus composé, tirant sans c^^se dçs vérilés déjà établies la solution des problèmes ultérieurement posés, et faisant, a chaque livre, entrer dans les problèmes certaines données nouvelles qui les rendent plus complexes (1). »

Caractère 4\i livre- — - 1* Si nous en croyons le titre, tonte la politique de 3ossuet serait tirée de l'Ecriture Sainte. 11 n'est pas vraisemblable Que ia politique du peuple juif puisse contenir tout le développement aes idées qui sont appliquées chez les peuples modernes. En réalité, Bossuet, après avoir lu la Bible, les théoriciens profanes depuis Aristpte jusqu'à Locke, après avoir considéré l'histoire, après avoir réfléchi avec devant les yeux cet idéal qu'était pour lui la monarchie de Loui^ XIV, ^ établi un système politique. Quand il l'expose en détail il chercha dans la Bible les citations qui semblent venir le confirmer. Il lui donne aipsi aux yeux des croyants plus de solidité et un caractère quasi officiel.

2° La politique dip Bossuet est ce qu'elle devait être, la politique d'un prêtre du dix-septième siècle qui a(i-*^ire avec sincérité Louis XIV. La nionarchie est la forme idéale de gouvernement et la meilleure monarchie est la monarchie absolue. Cependant Bossuet nous apparaît p^ir places fort ia.dépendant : il admet la légitimité de toutes les formes de gouvernement, pourvu qu'elles durent, et il établit en principe qu'il t9ut respecter Je gouvernement du pays où l'on se trouve. Dans le cinquièn^e «Avertissement aux protestants », Bossuet se montrera moins large sur ce point, et poussé par les nécessités de la polémique, il rejettera le système qui met dans le peuple l'origine du pouvoir.

S"» Partisfi^n de la monarchie absolue, Bossuet trouve le n^oyen de sauvegarder les droits du peuple, et sinon ses droits, du nioins sa sécurité et son bonheur. Il in-.iste. en elîel, comme il lavait déjà fait dans sa prédicçition ^ur les devoirs des rois. Le roi est soumis à la raison ; et si personne ne p^ut le contraindre à obéir à ce maître impérieux, la raison l'y contraindra d'elle-n^ème : quand on va contre la raison, on va toujours à sa perle. Le roi est soumis à Dieu, de qui il tient son autorité et à qui il doit rendre conipte de toutes ses actions. La raison et Dieu limitent le pouvoir du roi et garantissent le bonheur du peuple. En revanche — c'est dans le cinquième «^ Avertissement aux protestants » que Bossuet complète sa pensée — le peuple n'a pas le droit de se révolter contre le roi, même quand il oublie ses obligations et qu'il devient tyran. Il doit attendre de la raison et de Dieu la vengeance qui n^ peut manquer de venir.

En somn^e, la Po/z7zçue reconnaît au roi un pouvoir absolu, mais elle lui marque ses devoirs avec rigueur : l'autorité royale n'est pas le caprice du roi, la volonté du roi. elle est plutôt l'obéissance du roi à ces deux maîtres qui sont seuls les vrais souverains : la Raison et Dieu.

Page 1