‹ Œuvres choissiesChapitre 67 sur 232 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

L'homme est fait pour vivre en socfété,

P^ Proposition : Les hommes n'ont plus qu'une, même fin et un même objet, qui est Dieu. — « Écoute, Israël; le Seigneur notre Dieu est le seul Dieu. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ^ »

IP Proposition : Uamour de Dieu oblige les hommes à s'aimer les uns les autres. — Un docteur de la loi demanda à Jésus : « Maître, quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui répondit : « Le premier de tous les commandements est celui-ci : « Écoute, Israël ; le « Seigneur ton Dieu est le seul Dieu, et tu aimeras le ScIt « gneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, d^ « toute ta pensée et de toute ta force »: voilà le premier commandement. Et le second, qui lui est semblable, esj, celui-ci: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même^. > € En ces deux préceptes consiste toute la loi et les prophètes 3. »

Nous nous devons donc aimer ^ les uns les autres, parce que nous devons aimer tous ensemble le même Dieu, qui est notre Père commun, et son unité est notre lien. € Il n'y a qu'un seul Dieu, dit saint Paul^: si les autres compr; tent plusieurs dieux, il n'y en a pour nous qu'un seul, qui est le père d'où nous sortons tous, et nous sommes faits pour lui. »

S'il y a des peuples qui ne connaissent pas Dieu, il n'eu est pas moins pour cela le créateur, et il ne les a p^s moins faits à son image et ressemblance ^. Car il a dit en créant l'homme : « Faisons Thomme à uotrç image etres-

\. Dent., VI, 4, 5. — 2. Marc, XIL 29, 30, 31. —3. Matlh., XXU, 40. — 4 Noas nous devons aimer. Grammaire : ConslrucUon. -- 5. I Cor.^ ViH, 4, 5, 6. — 6. A son image et ressemblance. Grammaire ; Adjectif.

semblance * »; et un peu après : « Et Dieu créa rhommeà son image; il le créa à l'image de Dieu. »

Il le répète souvent, afin que nous entendions sur quel modèle nous sommes formés, et que nous aimions les uns dans les autres l'image de Dieu. C'est ce qui fait dire à Notre-Seigneur, que le précepte d'aimer le prochain est semblable à celui d'aimer Dieu ; parce qu'il est naturel que, qui aime Dieu, aime aussi pour l'amour de lui tout ce qui est fait à son image ; et ces deux obligations sont semblables.

Nous voyons aussi que quand Dieu défend d'attenter à la vie de l'homme, il en rend cette raison : «Je rechercherai la vie de l'homme de la main ^ de toutes les bêtes et de la main de l'homme. Quiconque répandra le sang humain, son sang sera répandu, parce que l'homme est fait à l'image de Dieu 3. »

Les bêtes sont en quelque sorte appelées, dans ce passage, au jugement de Dieu, pour y rendre compte du sang humain qu'elles auront répandu. Dieu parle ainsi pour faire trembler les hommes sanguinaires; et il est vrai, en un sens, que Dieu redemandera même aux animaux les hommes qu'ils auront dévorés, lorsqu'il les ressuscitera, malgré leur cruauté, dans le dernier jour.

III« Proposition : Tous les hommes sont frères. — Premièrement, ils sont tous enfants du même Dieu. « Vous êtes tous frères, dit le Fils de Dieu ^, et vous ne devez donner le nom de père à personne sur la terre, car vous n'avez qu'un seul père qui est dans les cieux. »

Ceux que nous appelons pères, et d'où nous sortons selon la chair, ne savent pas qui nous sommes; Dieu seul nous connaît de toute éternité, et c'est pourquoi Isaïe disait ^ : « Vous êtes notre vrai père; Abraham ne nous a pas connus, et Israël nous a ignorés; mais vous, Seigneur, vous êtes notre père et notre protecteur; votre nom est devant* tous les siècles. »

Secondement, Dieu a établi la fraternité des hommes en les faisant tous naître d'un seul, qui pour cela est leur

1. Ge/i., 1,26, 27. — 2. Bossuet ne recule pas devant la traduction littérale. — 3. Gen., IX, 5. 6. — 4. Mallh,, XXIII, 8, 9. — 5. Is., LXIII, 16. — 8. Devant. Grammaire : Préposition .

père commun et porte en lui-même l'image de la paternité de Dieu...

Ainsi le caractère d'amitié est parfait dans le genre humain, et les hommes, qui n'ont tous qu'un même père, doivent s'aimer comme frères. A Dieu ne plaise qu'on croie que les rois soient exempts de cette loi, ou qu'on craigne qu'elle ne diminue le respect qui leur est dû. Dieu marque distinctement que les rois qu'il donnera à son peuple « seront tirés du milieu de leurs frères ^ »; un peu après : « Ils ne s'élève^/^pt point au-dessus de leurs frères par un sentiment d'orgueil > ; et c'est à cette condition qu'il leur promet un long règne.

Les hommes ayant oublié leur fraternité, et les meurtres s'étant multipliés sur la terre, Dieu résolut de détruire tous les hommes *, à la réserve de Noé et de sa famille, par laquelle il répara ^ tout le genre humain, et voulut que dans ce renouvellement du monde nous eussions encore tous un même père.

Aussitôt après, il défend les meurtres, en avertissant les hommes qu'ils sont tous frères, descendus premièrement du même Adam, et ensuite du même Noé : < Je rechercherai, dit-il, la vie de l'homme de la main de l'homme et de la main de son frère *. »

IV® Proposition : Nul homme n'est étranger à un autre homme. — Notre-Seigneur, après avoir établi le précepte d'aimer son prochairu: interrogé par un docteur de la loi, qui était celui que nous devons tenir pour notre prochain, condamne l'erreur des Juifs, qui ne regardaient comme tels que ceux de leur nation. Il leur montre, par la parabole du Samaritain qui assiste le voyageur méprisé par un prêtre et par un lévite, que ce n'est pas sur la nation, mais sur l'humanité en général, que Tunion des hommes doit Stre fondée. « Un prêtre vit le voyageur blessé, et passa ; et un lévite passa près de lui et continua son chemin. Mais un Samaritain, le voyant, fut touché de compassion ^. » Il raconte avec quel soin il le secourut, et puis il dit au docteur : « Lequel

1. Deul.y XVII,15, 20. — 2. Gen., VI.— 3. Répara. Lex. - 4. Ge/i., IX, 6. g. Luc, X» 31, 33 «t sq.

de ces trois vous paraît être son prochain?» Et le docteur répondit : « Celui qui a eu pitié de lui. » Et Jésus lui dit : « Allez, et faites de même. >

Cette parabole nous apprend que nul homme n'est étranger à un autre homme, fût-il d'une nation autant . haïe dans la nôtre que les Samaritains Tétaient des Juifs.

V^ Proposition : Chaque homme doit avoir soin des autres hommes. — Si nous sommes tous frères, tous faits à l'image de Dieu et également ses enfants, tous une même race et un même sang, nous devons prendre soin les uns des autres: et ce n'est pas sans raison qu'il est écrit : « Dieu a chargé chaque homme d'avoir soin de son prochain^. » S'ils ne le font pas de bonne foi. Dieu en sera le vengeur; car, ajoute l'Ecclésiastique^, « nos voies sont toujours devant lui.^i ne peuvent être cachées à ses yeux. » Il faut donc secoiîrïr notre prochain, comme en devant rendre compte à Dieu qui nous voit.

11 n'y a que les parricides et les ennemis du genre humain qui disent comme Caïn ^. « Je ne sais où est mon frère; suis-je fait pour le garder? »

« N'avons-nous pas tous un même père ? n*est-ce pas un même Dieu qui nous a créés? pourquoi donc chacun de nous méprise-t-il son frère en violant le pacte de nos pères ^? »

VP Proposition : Uinîérêl même nous unit. — « Le frère, aidé de son frère, est comme une ville forte ^. » Voyez comme les forces se multiplient par la société et le secours mutuel.

« Il vaut mieux être deux ensemble que d'être seul; car on trouve une grande utilité dans cette union. Si l'un tombe, l'autre le soutient. Malheur à celui qui est seul : s'il tombe, il n'a personne pour le relever. Deux hommes reposés dans un même litrie réchauffent mutuellement. Quy a-t-il de plus froid qu'un homme seul? Si quelqu'un est trop fort contre un seul, deux pourront lui résister ; une corde à trois cordons est difficile à rompre^. »

On se console, on s'assiste, on se fortifie l'un l'autre.

i. Eccly XVII, 12. — 2. Ibid., XVII, 13. — 3. Gtn.. IV. 9. ~ 4. Mal .

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