BOSSUET ÉVÊQUE DB MEAUX
avait usé les ornements sacerdotaux. Il donnait une attention spéciale aux couvents de femmes: des abbesses,fières de leur nom et de leur dignité, s'étaient mises en révolte ouverte contre leur évêque; Bossuet les rangea à l'obéissance avec une vigueur toute militaire; puis, la règle une fois établie, il fut le plus paternel des maîtres. Il adressait à ses diocésains de nombreuses lettres pastorales; désireux de donner à leur instruction religieuse et à leur piété des bases solides, il publia en 1687 un catéchisme et, quelques années plus tard, un recueil de prières.
L'évêque de Meauz dans l'intimité. — - Mme Cornuau, qui fut en relations avec Bossuet depuis l'année 1681, publia, après la mort de l'évêque, les lettres qu^^.lle avait reçues de lui. Elle écrivit pour ces lettres une intrbtruction où elle nous fait connaître Bossuet intime. Voici un passage de cette introduction :
...Il n'avait pas un moindre amour pour tout ce qui tendait à publier son corps pour ne songer qu'à son âme ; c'était par ce motif qu'il prêtait si peu d'attention à tout ce qui pouvait incommoder. Car quoiqu'il voulût qu'on eût un soin raisonnable de sa santé, il y avait bien des choses, à ce qu'il disait, où il ne fallait pas être si attentif : il poussait cela trop loin par rapport à lui. Cette personne lui parlait une fois de ses dispositions dans un endroit assez petit, parce qu'il faisait un temps froid ; comme il y faisait une fumée épouvantable, parce qu'il y avait grand feu, elle se trouva mal et lui demanda la permission de se retirer. Ce prélat lui dit avec une espèce d'étonnement : « Qu'avez-vous donc, ma fille ? » Elle lui répondit avec le même étonnement : « Eh quoi 1 Monseigneur, ne voyezvous pas cette horrible fumée ? — Ah I lui dit-il, il est vrai, il eu fait beaucoup; mais je vous avoue, ma fille, que je ne la voyais pas et que je la sentais encore moins dans un sens. Dieu me fait la grâce que rien ne m'incommode, le soleil, le vent, la pluie, tout est bon. »
Un jour, cette même personne se promenant avec ce prélat, il vint tout à coup une pluie terrible : il y avait dans le jardin assez de monde, comme prêtres, religieux, et autres. Tout le monde se mit à courir pour gagner la maison, et on lui dit en passant : « Eh quoi. Monseigneur, vous n'allez pas plus vite I » Il répondit avec un air très sérieux; « Il n'est pas de la gravité d'un prélat de courir» ; et il alla toujours à petits pas. La pluie donnant cependant avec force, il s'aperçut que cette per sonne était inquiète de le voir tout mouillé ; mais il lui dit avec un air content : « Ma fille, ne vous inquiétez point : Celui qui a envoyé cette pluie saura bien me f^antir de toute inoommo-
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dite » ; et M ne laissait pas pendant ce temps de parler à cette personne avec autant d'attention que s*il eût été très à son aise, et il revint trouver la compagnie avec un air de joie qui était charmant, en disant : « Nous avons été mouillés un peu plus que vous; mais nous ne sommes point si las, car nous n'avons point couru. »
Cette personne ne saurait aussi passer sous silence son amour pour les prières de la nuit : il aurait souhaité que tout le monde eût eu du goût pour ces saintes veilles. Il disait quelquefois à cette personne qu'il était obligé à ses ouvrages, qui souvent dans la nuit le réveillaient plusieurs fois ; et que, comme il se levait aussitôt qu'il lui venait quelque pensée, cela lui donnait occasion dé parler -un peu au sa4nt époux. Ce sainl prélat disait que Tâme était bien' plus disposée à écouter Dieu et à obtenir ses grâces dans le silence de la nuit. Il en avait donné un grand goût à cette personne, et lui avait donné les mêmes pratiques, mais entre Dieu et elle, car c'était des choses où il voulait du secret.