B08SUET ET LE GALLICANISME
La question gallicane en 1681. — Il est difficile de définir le gallicanisme, parce qu'il a eu des formes trop diverses. D'une manière générale, c'est l'état d'esprit, plutôt que la doctrine, d'un grand nombre d'évéques, de prêtres et de légistes catholiques, qui prétendaient donner à l'Église de France une sorte d'autonomie en face du Pape. La question gallicane s'était posée avec âpreté au début du dix-septième siècle, elle renaissait en 1^1, à propos de la Régale.
Le pouvoir royal émettait la prétention d'étendre aux diocèses du Midi, jusqu'alors exempts, le droit de Régale, c'est-à-dire le droit pour le roi ûù percevoir les revenus des évêchés vacants. On prétendait même donner à cette mesure un effet rétroactif, dans les diocèses de Pamiers et d'Aleth, oii les évêques étaient intronisés depuis plus de trente ans. Les évèques, Pavillon et Caulet, connus pour leurs tendances jansénistes, résistèrent avec vigueur, ils furent soutenus par le pape Innocent XI, dont la sainteté et l'âpre té bien connues donnaient à la discussion avec le roi pluir d'importance encore.
Une partie de l'épiscopat, en particulier le peu scrupuleux archevêqtie de Paris, Harlay de Champvallon, était pour le roi contre ie Pape. Quelques-uns parmi les prélats ne repoussaient pas l'idée d'une rupture avec Rome. Colbert, qui connaissait cet état d'esprit et l'entretenait, poussait le roi à en profiter pour convoquer une assemblée du clergé, et pour proclamer l'indépendance de rÉgliâe de France. Le schisme paraissait imminent.
Ce que Bossuet pensait de la question gallicane. — C'est dans ces circonstances que l'Assemblée du clergé étant convoquée par le roi, Bossuet fut invité à prononcer le discours d'ouverture. Cette invitation «iirniliait aue Bossuet était considéré
comme le chef de Tépiscopat français, comme le docteur de l'Église de France.
Il était gallican de tradition et de doctrine, mais Texpérience lui avait appris la nécessité d'une autorité doctrinale pour maintenir la pureté de la foi et pour arrêter les hérésies. Gallican, il redoutait Tattribution au Pape du privilège de Vinfailli-billté personnelle ^ ; il jugeait suffisant d'accorder au Pape Vindéfectibilitéy qui consiste en ceci que le Pape, s'il se trompe, est corrigé par lui-même ou par son successeur. Mais, attaché à Tunité, il avait horreur d'une indépendance qui pourrait aller jusqu'au schisme. Il cherchait donc une conciliation entre ces deux tendances opposées, et il croyait qu'il suffisait, pour s'entendre, d'étouffer les querelles et de faire montre, à Paris comme à Rome, d'un grand désir de paix.
Rôle de Bossuet à l'Assemblée de 1681. — Le 9 novembre 1681 Bossuet prononça le discours, qu'on a appelé depuis Discours sur r Unité de V Église. On en trouvera le texte plus loin. L'orateur était embarrassé. Il affirma les droits de l'Eglise de France, il affirma la nécessité de l'unité, il fit appel à la bonne volonté de tous. A une assemblée passionnée, cette attitude parut obscure et contradictoire. Le roi et le Pape se trouvèrent également froissés. Mais, à la réflexion, chacun d'eux comprit que Bostejet avait été sage et que toute autre attitude que la sienne aurait définitivement compromis la paix.
Les gallicans irréductibles de l'assemblée ne furent pas convaincus par Bossuet et ils rédigèrent une déclaration offensante pour le Pape. C'est alors que Bossuet consentit à se charger d'une rédaction nouvelle. Il devait y faire entrer non sa doctrine propre, mais celle de l'Assemblée. De là sortirent les quatre articles de 1682, qui sont gallicans assurément, mais qui sont aussi romains que l'assemblée pouvait le tolérer. Les quatre articles furent très attaqués et Bossuet écrivit pour les défendre un ouvrage latin qui ne fut jamais achevé. Il finit même par trouver ce travail inutile et par traiter avec assez de dédain les quatre articles. On connaît son mot : Abeat Declaratio quo libuerit.
La vraie pensée de Bossuet sur toutes ces questions épineuses, c'est dans son sermon sur TUnité de VÉglise qu'il faut la chercher. Jusqu'à la fin de sa vie, il resta fidèle à la doctrine qu'il contient. Il écrivait à Mme d'Albert, le 26 septembre 1695 : « On n'a pas seulement songé à toucher le moins du monde
1. Le dogme dt rinfaiUibilité n'a été défini qu'en 1870, au concile du Vatican.